Berlin qualifie la proposition de Macron d’augmenter la dette commune de l’UE de « diversion »
L’Allemagne s’est opposée à l’appel lancé par Emmanuel Macron à l’UE pour qu’elle émette davantage de dette commune, illustrant les profondes divisions entre les deux plus grandes économies du bloc à l’approche du sommet sur la compétitivité qui réunira les dirigeants européens cette semaine.
La proposition du président de la République « détourne l’attention » de ce qui est réellement en jeu, a confié un haut diplomate allemand aux journalistes. « Ce dont nous avons vraiment besoin aujourd’hui, ce sont des réformes structurelles de grande envergure et, bien sûr, l’achèvement du marché unique. »
La France est un fervent partisan de la dette commune de l’UE pour combler le déficit d’investissement criant de l’Europe et de relancer l’économie du bloc, qui peine à rivaliser avec les États-Unis et la Chine.
Lors d’un entretien publié mardi 10 février, Emmanuel Macron a également suggéré que la dette commune pourrait contribuer à remettre en cause la domination du dollar américain, alors que les attaques de Donald Trump contre l’indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed) incitent les investisseurs à rechercher des « actifs sûrs » alternatifs aux bons du Trésor américain.
« Le marché mondial […] a de plus en plus peur du billet vert américain », a affirmé le président. « Il cherche des alternatives. Offrons-lui de la dette européenne. »
Les anciens Premiers ministres italiens Enrico Letta et Mario Draghi — auteurs de rapports sur la compétitivité de l’Union et le marché unique et qui s’adresseront tous deux aux dirigeants de l’UE lors d’un sommet informel jeudi 12 février — ont également proposé de financer des investissements clés par une dette commune dans leurs rapports 2024 sur l’économie de l’UE.
Mais l’idée se heurte à une forte résistance de la part des pays « frugaux » du Nord, notamment les Pays-Bas et l’Allemagne. Ils font valoir que les déficits budgétaires nationaux sont déjà trop élevés et que le précédent plan d’emprunt commun de 577 milliards d’euros destiné à la relance post-Covid n’a pas encore été remboursé.
L’UE a néanmoins eu recours à la dette commune récemment, avec un prêt de 90 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine.
Menace sur le prochain budget européen
Sur le plan budgétaire, l’Allemagne, premier contributeur au budget européen, menace de réduire le prochain plan de dépenses septennal (2028-2034) si celui-ci n’est pas recentré sur la compétitivité et la défense, plutôt que sur les subventions agricoles et régionales.
« Nous espérons que les États membres qui réclament aujourd’hui de nouveaux financements participeront également à ces efforts de réforme », a indiqué le diplomate allemand.
La France, de son côté, se bat pour maintenir les subventions agricoles au niveau actuel et s’oppose à certaines réformes.
Les remboursements des prêts Covid devant peser sur le prochain budget de l’UE à hauteur de 24 milliards d’euros par an, « nous avons en réalité peu de marge de manœuvre […] et la dette européenne n’est pas gratuite », a insisté le diplomate.