Belgique : le Roi rejette la démission du premier ministre Yves Leterme

A trois jours de sa fête nationale, la Belgique se donne un nouveau sursis avec la remise en selle par le Roi Albert II du premier ministre, Yves Leterme. C’est une sortie de crise temporaire pour un pays qui se déchire sur son avenir. Trois émissaires ont été nommés par le Roi afin de proposer une énième relance institutionnelle entre Flamands et francophones.

A trois jours de sa fête nationale, la Belgique se donne un nouveau sursis avec la remise en selle par le Roi Albert II du premier ministre, Yves Leterme. C’est une sortie de crise temporaire pour un pays qui se déchire sur son avenir. Trois émissaires ont été nommés par le Roi afin de proposer une énième relance institutionnelle entre Flamands et francophones.

L’avenir politique de la Belgique est revenu sur le devant de la scène, lundi 14 juillet. Un peu plus de quatre mois après la formation de son gouvernement, le premier ministre belge avait en effet présenté sa démission au Roi, estimant qu’il ne pouvait mener à bien son mandat, en particulier sur la réforme de l’État. Dans un communiqué, M. Leterme a indiqué que «les visions opposées entre les communautés concernant le nécessaire nouvel équilibre à créer dans notre construction étatique sont aujourd’hui inconciliables.»

Pourtant, jeudi 17 juillet, le Roi a refusé la démission du premier ministre et  indiqué son souhait de voir relancer un gouvernement axé sur les politiques socio-économiques. Trois médiateurs du Roi ont également été chargés de déminer la question de la réforme de l’État.

L’expiration du délai imparti à la réforme de l’État

La démission de M. Leterme procédait des exigences des partis flamands CD&V et N-VA sur les réformes institutionnelles. Ces derniers avaient fixé au 15 juillet la date butoir pour des avancées concrètes sur la refonte des institutions belges, plus précisément sur la redistribution des pouvoirs de l’État au profit des régions. Estimant que les engagements n’étaient pas tenus, les partis flamands, travaillés par de forts courants nationalistes, ont décidé de ne plus soutenir le premier ministre du Royaume.

Cette nouvelle crise politique belge – c’est la troisième démission de M. Leterme depuis les élections de juin 2007 – suscite plus que jamais des interrogations quant à la pérennité de la Belgique.

Quels horizons pour Bruxelles et la Belgique?

La question du statut de la région Bruxelles-Capitale est également au cœur de nombreuses polémiques. A 80% francophone, Bruxelles est situé géographiquement en Flandres. C’est aussi la capitale de la région flamande.

Dans le cadre de la réforme institutionnelle, l’idée avancée par les partis francophones d’une continuité territoriale entre Bruxelles et la Wallonie autour de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, aujourd’hui en partie flamand, n’est pas acceptée par les partis flamands. En effet, le CD&V et la N-VA souhaitent pour leur part scinder l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde afin de protéger l’homogénéité linguistique de leur région.

L’avenir de Bruxelles, qui abrite le siège de nombreuses institutions européennes, est suivi de près par l’Union européenne. En effet, le futur statut de la capitale belge pourrait faire l’objet de débats lors de la prochaine série de pourparlers institutionnels belges.

Un rattachement à la France envisageable?

L’hypothèse d’un éclatement de la Belgique est un scénario qui interpelle la France. A mesure que la crise institutionnelle belge persiste, un rapprochement entre la Belgique francophone et la France est parfois évoqué.

Pour preuve, la proposition de juristes belges et français, réunis autour de l’homme politique belge Daniel Ducarme et de son groupe de réflexion «Energies réformatrices». Ces derniers ont rendu public, le 2 juillet 2008, un document de travail intitulé «Loi organique portant statut d’autonomie de la Belgique française».

Objectif affiché du projet : créer un outil juridique permettant d’envisager un possible rattachement de la Belgique francophone à la France. Ce projet de loi prévoit notamment (article 1) que «la Belgique française comprenne la région wallonne, la région de Bruxelles-Capitale, les communes de l’arrondissement de Hal-Vilvorde, et des provinces flamandes dont la population a décidé, par référendum, de rejoindre la Belgique française.» Selon ce projet, la France deviendrait compétente sur la «Belgique française» en matière de nationalité, de justice, de politique étrangère, de défense, d’immigration…(article 14).

Est-il légitime de penser à un rattachement de la Belgique francophone à la France? Dans un sondage du 21 juin dernier, le quotidien Le Soir indiquait que 21% des Wallons n’étaient pas insensibles à la perspective d’un rapprochement avec leur voisin français…