Belgique : démission de la secrétaire d’État à l’Égalité sur fond de controverse

La secrétaire d’État à l’Égalité et à la Diversité, Sarah Schlitz, a annoncé sa démission mercredi à la suite d’une controverse sur l’utilisation de son logo dans des communications d’évènements subventionnés par des fonds publics.

Euractiv.com
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La secrétaire d’État à l’Égalité des genres, à l’Égalité des chances et à la Diversité, Sarah Schlitz. [<a href="https://sarahschlitz.be/bio/" target="_blank" rel="noopener">Site web de Sarah Schlitz</a>]

La secrétaire d’État à l’Égalité des genres, à l’Égalité des chances et à la Diversité, Sarah Schlitz, a annoncé sa démission mercredi (26 avril) à la suite d’une controverse sur l’utilisation de son logo dans des communications d’évènements subventionnés par des fonds publics.

La semaine dernière, elle s’est retrouvée dans la tourmente pour avoir apposé son logo personnel, où figurent son nom et son prénom, sur des publications et des communications relatives à des évènements organisés par des associations qu’elle subventionne.

La promotion personnelle n’étant pas autorisée avec l’argent du contribuable, Mme Schlitz (Ecolo, Verts/ALE) a dû s’excuser et a été réprimandée par la Commission de contrôle des dépenses électorales.

Suite à cette affaire, le Premier ministre Alexander De Croo avait alors rappelé dans un courrier, que l’agence de presse Belga a pu consulter, que lorsqu’un membre du gouvernement fédéral souhaite « diffuser une communication ou mener une campagne d’information, il est impératif » qu’il obtienne « l’avis préalable de la Commission de contrôle ».

Cependant, le parti d’opposition Nouvelle Alliance flamande (N-VA, groupe des Conservateurs et Réformistes européens) a accusé à plusieurs reprises Mme Schlitz d’avoir menti sur la question au parlement et a demandé sa démission. Cette dernière nie avoir menti, reconnaissant plutôt avoir manqué de clarté.

Ce mardi (25 avril), elle a également dû s’excuser parce qu’une membre de son cabinet avait partagé un message sur les réseaux sociaux associant la N-VA, et notamment le député Sander Loones — qui a révélé l’affaire des logos —, au nazisme.

« Les questions de M. Loones sur mon travail s’inscrivent dans son rôle légitime de député. […] J’appelle à la sérénité et au respect du travail parlementaire. Le régime nazi a commis un génocide et des crimes contre l’humanité qui ne sont absolument pas comparables avec le travail parlementaire de M. Loones », a indiqué Mme Schlitz sur Twitter mardi.

Finalement, mercredi matin, elle a annoncé sur le plateau de la RTBF qu’elle présenterait sa démission dans la journée. « J’ai commis une erreur », a déclaré la secrétaire d’État.

Lors de son intervention, elle a estimé que « la polémique a pris une ampleur délétère pour le climat politique ».

« Je souhaite m’effacer pour pouvoir permettre au combat d’avancer », a-t-elle déclaré. « Il reste un peu plus d’un an avant les élections, et il reste énormément de victoires à remporter pour la Vivaldi [le gouvernement belge] en matière d’égalité. Du travail a été réalisé, mais on sait que la dernière année est cruciale pour concrétiser les victoires. »

Elle a notamment mentionné son projet de loi STOPFeminicide, un autre projet de loi visant à moderniser et à renforcer les lois anti-racisme et anti-discrimination, ainsi que ses projets d’aide aux mères célibataires. Mme Schlitz a également participé à la révision du Code pénal sexuel, qui place la notion de consentement au centre du dispositif et a piloté un plan de 133 mesures pour une Belgique « LGBTQI+ friendly », entre autres.

Pour Mme Schlitz, la NV-A avait fait d’elle « un symbole » de la lutte antiraciste, contre le sexisme et la discrimination. « Je veux leur retirer ce symbole pour permettre aux projets en matière d’égalité d’avancer. »

En ce qui concerne sa succession, un autre membre du parti Ecolo devrait prendre sa place. « C’est dans l’ADN d’Ecolo de porter ces combats, donc je n’ai aucun doute sur la qualité de la personne qui me remplacera », a-t-elle expliqué.

« Ce n’est pas la personne qui compte, ce sont les combats », a-t-elle ensuite déclaré lors d’une conférence de presse organisée pour annoncer sa démission.

La fin du secrétariat à l’Égalité ?

M. Loones estime qu’il n’est pas nécessaire de nommer un nouveau secrétaire d’État à l’Égalité, car un ministre déjà en fonction pourrait reprendre les compétences de Mme Schlitz, ce qui permettrait selon lui d’alléger le budget du gouvernement De Croo.

Face à de tels propos, la cheffe de file du Parti du travail de Belgique (PTB, GUE/NGL) au parlement, Sofie Merckx, a appelé le gouvernement à ne pas renoncer au secrétariat d’État à l’égalité.

Sur Twitter, la députée a reconnu les « fautes graves » du cabinet de Mme Schlitz, mais a souligné qu’il serait « scandaleux d’utiliser cette affaire — comme certains le font déjà à droite — pour remettre en cause sur le fond la nécessité d’un secrétariat d’État pour la lutte contre les discriminations et pour l’égalité des genres ».

Du sexisme en politique ?

Durant sa conférence de presse, Mme Schlitz a indiqué que sa démission « ouvre la voie pour augmenter les standards en matière d’éthique en politique, y compris vis-à-vis des violences sexistes et sexuelles commises par des mandataires politiques ».

« Hier nous étions des nazis, aujourd’hui des sexistes », a répondu le député NV-A Théo Francken sur Twitter.

Après la conférence de presse, elle a indiqué au micro de RTL avoir eu « différents exemples » en tête en formulant ces propos, notamment le cas d’un échevin de la commune de Schaerbeek inculpé pour des violences sexuelles [Michel de Herde] mais qui serait resté en poste durant des mois.

Plus tard, sur le plateau de RTL toutefois, elle a indiqué « ne cibler personne ». « J’aimerais que l’on accorde autant d’importance à la présence d’un logo qu’aux violences sexuelles et sexistes qui sont présentes dans la société », a-t-elle alors conclu.

Le réseau ADES, un collectif militant belge, s’est indigné de la démission de la secrétaire d’État, qui aurait été causée par une droite et une extrême droite qui gagnent du terrain.

« Aujourd’hui, une membre du gouvernement démissionne pour une histoire de logo. Il y a plus de 8 000 condamnations de ce même gouvernement par divers tribunaux pour non-respect de l’État de droit. Pourtant, pas une seule démission », a indiqué le réseau ADES.

Le collectif Collages Féministes Bruxelles a également affiché un message de soutien à Mme Schlitz dans les rues de la capitale : « Soutien à Sarah Schlitz, la lutte contre l’extrême droite continue ».

En France, la députée écologiste Sandrine Rousseau a elle aussi réagi, affirmant sur Twitter que Mme Schlitz démissionne « surtout parce qu’elle est la cible des réactionnaires ».

« Une féministe qui disparaît de la scène politique. Une femme à abattre de plus. Solidarité et sororité chère Sarah », a-t-elle poursuivi.