Barroso tancé par les écologistes lors de son audition
Lors du face à face entre les Verts et le prétendant au poste de président de la Commission européenne, le seul à avoir été rendu public, les thèmes-clés de la prochaine mandature ont été abordés, faisant resurgir les clivages profonds entre Barroso et les écologistes.
Lors du face à face entre les Verts et le prétendant au poste de président de la Commission européenne, le seul à avoir été rendu public, les thèmes-clés de la prochaine mandature ont été abordés, faisant resurgir les clivages profonds entre Barroso et les écologistes.
C’est dans un climat tendu que José Manuel Barroso a défendu son programme devant les eurodéputés Verts le 9 septembre. Le ton consensuel de ses « grandes orientations » pour les cinq années à venir déplaît : « Nous sommes, disons-le gentiment, un peu sceptiques », dit le co-Président des Verts Daniel Cohn-Bendit en guise d’introduction. L’élu belge Philippe Lambert va, quant à lui, droit au but : « On y trouve ce qui fait plaisir à tout le monde et ne choque personne. »
Une tendance que Barroso a érigée en tactique : prônant la culture du compromis qu’imposent les fonctions pour lesquelles il souhaite être reconduit, il aspire à piloter une « Commission politique mais pas partisane ». Un argument qui conduit à passer sous le boisseau des thèmes chers aux écologistes. « Savez-vous combien de fois le mot capitalisme est employé dans votre texte ? », ironise l’eurodéputé français Pascal Canfin. « Zéro fois », soupire-t-il. Et les « paradis fiscaux » ? Et la «spéculation » ? Même constat. Par son mutisme sur certains sujets, le programme du candidat serait en porte-à-faux avec les dossiers du moment, selon les Verts.
Barroso, le «cynique»
Arrive alors le sujet du climat, une cause à laquelle l’actuel président de la Commission se dit « fidèle ». Mais, même dans ce domaine, son discours n’emporte pas la conviction. Claude Turmes, eurodéputé luxembourgeois, suspecte le candidat d’être « cynique » et de faire le jeu de Business Europe, le syndicat des patrons européens, en « sortant la compétence climat de la DG Environnement de la Commission européenne ». Un projet dont se défend l’intéressé, selon lequel le seul changement envisagé consisterait à confier la lutte contre le changement climatique à un commissaire spécifique.
Les esprits ont continué à s’échauffer avec les accords de Blair House dénoncés par José Bové. Signés en 1993 dans le cadre de l’OMC, ils restreignent la quantité de protéines végétales produites en Europe. Une contrainte qui, selon l’ex porte-parole de la Confédération paysanne, conduit l’UE à « importer 85% des protéines des USA au détriment des autres pays ». Barroso se perd en conjectures, ce qui n’échappe pas à la vigilance de Cohn-Bendit qui l’invite à répondre à la question posée. « J’ai déjà répondu », lâche-t-il, faute de mieux. José Bové a beau gesticuler, le débat est avorté.
Barroso esquisse une parade, soutenant que l’appui des vingt-sept gouvernements de l’UE est le gage du crédit qu’on lui accorde. Mais c’était sans compter sur l’eurodéputée Michèle Rivasi qui lui lance : « Si la Commission avait été aussi efficace, il n’y aurait pas eu autant d’abstention aux élections européennes. »
Seul face à ses détracteurs, mais pugnace, le Président de l’actuelle Commission achève son audition-marathon avec les remerciements de Daniel Cohn-Bendit. Et quitte la salle sous les applaudissements fair-play des députés européens écologistes.