Barroso se met en porte-à-faux pour Mme Jeleva [FR]

En soutenant la plus controversée des candidats aux postes de commissaires, la Bulgare Rumiana Jeleva, le président de l’exécutif européen José Manuel Barroso est entré vendredi en collision directe avec la position des Socialistes et des Libéraux au Parlement européen, qui ont demandé fermement son remplacement.

En soutenant la plus controversée des candidats aux postes de commissaires, la Bulgare Rumiana Jeleva, le président de l’exécutif européen José Manuel Barroso est entré vendredi en collision directe avec la position des Socialistes et des Libéraux au Parlement européen, qui ont demandé fermement son remplacement.

La lourde et discrète diplomatie téléphonique qui a suivi la performance contestée de la ministre bulgare des affaires étrangères Mme Jeleva (EURACTIV 13/01/10), qui a récemment été nommée vice-présidente du Parti populaire européen, a conduit M. Barroso à annoncer qu’il avait pris la décision de la soutenir.

Réponses à deux questions

M. Barroso a répondu à une lettre du président du Parlement Jerzy Buzek, qui lui a demandé s’il pouvait confirmer que sa Déclaration d’intérêts, déposée à la Commission, était en conformité avec le code de conduite des commissaires. Le président du Parlement a également demandé si M. Barroso soutenait toujours la candidate bulgare après son audition.

La commission développement de l’assemblée de l’UE, par laquelle Mme Jeleva a été interrogée, a d’ores et déjà conclu qu’elle était incapable de répondre à aucune des questions de manière satisfaisante.

Sur la première question, M. Barroso a évité de prendre des risques, expliquant que la Commission devait se fier aux déclarations des individus concernés. Mme Jeleva a confirmé une nouvelle fois, dans une lettre signée le 14 janvier et attachée à sa réponse, que ses déclarations étaient absolument correctes et complètes, a-t-il souligné.

Concernant la seconde question, M. Barroso a déclaré que Mme Jeleva, qui a été par deux fois élue eurodéputée et qui est actuellement ministre des affaires étrangères de son pays, a les compétences générales nécessaires et l’expérience internationale, et elle montre l’engagement nécessaire pour exercer ses fonctions en tant que commissaire responsable de l’aide humanitaire et des réponses aux crises. Ici aussi, le président de la Commission ne prend aucun risque, puisqu’il ne fait pas référence à son audition.

Peu de marge de manœuvre 

Des sources de la Commission ont appris à EURACTIV que M. Barroso n’avait d’autre choix que de soutenir Mme Jeleva, puisque la rejeter pour incompétence enverrait comme message à la Bulgarie que sa ministre des affaires étrangères est une incompétente.

Cependant, en soutenant Mme Jeleva, M. Barroso est pleinement conscient qu’il va devoir faire face à la colère du groupe Socialistes et démocrates (S&D), qui a plaidé pour le retrait de la nominée bulgare.

Le dirigeant du groupe S&D Martin Schultz a déclaré dans un communiqué qu’il avait informé le président de la Commission José Manuel Barroso qu’à côte des allégations sérieuses d’incorrections financières à l’encontre de Mme Jeleva, son groupe considérait également qu’elle n’était pas assez bonne pour la fonction. Il revient maintenant à M. Barroso de réfléchir à ce sujet et d’en tirer les conclusions qui s’imposent, a-t-il dit.

Discussion ardue

M. Schultz a rejeté ce qu’il a appelé des remarques insultantes en direction des eurodéputés de gauche par le premier ministre bulgare Boyko Borissov le jour précédent, y compris une référence à eux comme étant les fauteurs de troubles de Bruxelles.

L’ancien garde du corps de l’ancien dictateur communiste de Bulgarie n’a aucun droit de nous attaquer d’une telle manière, a-t-il dit. En effet, M. Borissov était le garde du corps de Todor Zhivkov lorsque l’ancien dictateur vivait en résidence surveillée après 1990.

Le dirigeant du groupe libéral Guy Verhofstadt, qui était également visé par les déclarations de M. Borissov comme étant un conspirateur, a réagi.

Il est totalement inacceptable pour un premier ministre de cogner avec un langage aussi acerbe sur des eurodéputés qui font simplement leur travail d’examen des candidats pour le nouvel exécutif de l’UE […] Nous sommes seulement intéressés par la transparence et la responsabilité et non pas dans le jeu de conspiration que le premier ministre Borissov nous prête, a déclaré M. Verhofstadt.

Un vote en plénière le 26 janvier devrait décider du sort de l’équipe Barroso II. Avec les Socialistes, les Verts et certains autres groupes qui ont décidé de voter contre la décision autoritaire de M. Barroso de garder la candidate controversée, le résultat du vote apparaît déjà incertain, ont déclaré des sources du Parlement à EURACTIV.

Un porte-parole du groupe Vert au Parlement européen a déclaré à EURACTIV que son parti ne publierait aucune réaction jusqu’à ce que les services juridiques du Parlement donnent leur opinion sur les déclarations financières de Mme Jeleva, déposée au Parlement européen.