Barroso plaide pour une transformation de la stratégie de Lisbonne à l’horizon 2020

Les travaux d’été de M. Barroso ont été rendus public quelques heures après leur transmission aux groupes politiques du Parlement européen. Des discussions avec chacune des formations sont prévues les 8 et 9 septembre.

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Les travaux d’été de M. Barroso ont été rendus public quelques heures après leur transmission aux groupes politiques du Parlement européen. Des discussions avec chacune des formations sont prévues les 8 et 9 septembre.

Lors d’une allocution en français devant la presse bruxelloise, jeudi 3 septembre, M. Barroso a dévoilé les grandes lignes de ses ambitions pour les cinq prochaines années. Il a insisté sur le fait que les « Orientations politiques pour la prochaine Commission », développées dans le document de 49 pages étaient exactement les mêmes que celles de la lettre de deux pages envoyée aux dirigeants européens en juin. Ces derniers lui avaient à l’époque apporté un soutien unanime pour un second mandat. (EURACTIV.fr 19/6/2009)

Le chômage m’inquiète

Cette affirmation semble cependant pouvoir être contredite. Le mot chômage n’apparaît pas dans le premier document transmis aux chefs d’État et de gouvernement. Or, il est mentionné neuf fois dans le texte présenté à la presse le 3 septembre. Un revirement qui a peut-être un lien avec l’avertissement envoyé par le parti socialiste du Parlement européen (PSE) à la mi-juillet. Le président du PSE, Martin Schultz, avait en effet conditionné son soutien à M. Barroso à la prise en compte des priorités des socialistes européens, parmi lesquelles le chômage figure en bonne place. (EURACTIV.com 14/07/09).

« Le chômage m’inquiète et la priorité sociale est beaucoup plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a cinq ans de cela », a déclaré M. Barroso aux journalistes.

Revoir la Stratégie de Lisbonne

La transformation de l’actuelle Stratégie de Lisbonne pour s’adapter à la période post-2010 figure au cœur du projet de M. Barroso qui plaide pour une vision intégrée de l’Europe à l’horizon 2020.

La stratégie de Lisbonne (Lire le dossier d’EURACTIV.fr), qui visait à faire de l’UE l’économie de la connaissance la plus compétitive en 2010, a échoué sur de nombreux aspects.

L’actuel président de la Commission appelle aujourd’hui à une approche plus convergente et coordonnée pour la réforme des économies européennes à travers l’investissement dans de nouvelles sources de croissance. Insistant sur la nécessité de mettre en place le plan de relance européen pour sortir de la crise, il a également évoqué l’importance du maintien de taux d’intêret bas. Deux voies s’offrent à l’Europe, a-t-il expliqué  : le leadership ou la marginalisation.

Dans les dix années à venir, l’Europe doit être «  à la pointe de la lutte contre le changement climatique », explique le projet présenté par M. Barroso. « L’ouverture est essentielle pour la compétitivité future de l’Europe (…). Il y va de nos propres intérêts en tant que premier exportateur mondial », souligne également le document.

Les réseaux du futurs sont au cœur du projet du candidat à sa succession à la tête de l’Exécutif européen. « La prochaine Commission élaborera un « agenda numérique pour l’Europe » afin de s’attaquer aux principaux obstacles à un véritable marché unique du numérique ». L’autre grand projet de la Commission dans ce domaine vise à « doter l’Europe d’un nouveau super-réseau européen de l’électricité et du gaz ». 

S’associer aux eurodéputés

Outre un budget réformé « de fond en comble », M. Barroso met en avant la nécessité de porter « le partenariat spécial qui nous [la Commission européenne, ndlr] lie au Parlement européen à un nouveau niveau » pour mener à bien son programme.

Une heure de questions réponses spontanées pourrait être instaurée de manière régulière entre le président de la Commission et les eurodéputés, a proposé M. Barroso. Il a aussi indiqué qu’il était prêt à assister aux réunions entre les présidents des groupes politiques du Parlement européen, connues sous le nom de Conférence des présidents.

Le principal but d’un engagement plus important entre la Commission européenne et le Parlement européen serait l’établissement d’un véritable espace public européen, selon M. Barroso. A noter que si le traité de Lisbonne donne au Parlement le pouvoir de nommer le président de la Commission l’actuel traité de Nice ne le permet pas. Or malgré cette situation juridique, le Parlement européen s’est arrogé la possibilité de repousser par deux fois la validation du choix des chefs d’État et de gouvernement qui ont approuvé la nomination de José Manuel Barroso pour un deuxième mandat lors du Conseil européen de juin. 

Interrogé sur les échecs de son premier mandat, M. Barroso a botté en touche, préférant « parler du futur », a-t-il expliqué. Il a répété qu’il était fier de ce que la Commission avait réalisé lors des cinq années précédentes, notamment en ce qui concerne la consolidation de l’Europe à 27 membres.

POSITIONS  :

« Nous apportons notre soutien à la ligne volontariste qu’exprime le projet de José Manuel Barroso », a indiqué le chef de file de la délégation française au groupe PPE du Parlement européen, le député Michel Barnier (UMP), à EURACTIV.fr. « La crise que nous traversons n’est pas seulement écologique et financière. C’est une crise globale, nous ne pouvons pas en sortir comme nous y sommes entrés. » « Nous porterons l’idée du président de la République, Nicolas Sarkozy, d’une taxe européenne sur le carbone », a-t-il ajouté. Sans toutefois préciser quel serait l’agenda de ce projet.

Joint par EURACTIV.fr, le co-président du groupe des Verts, Daniel Cohn-Bendit a indiqué qu’il ne s’exprimerait pas avant la réunion du groupe des Verts du Parlement européen, qui aura lieu le 9 septembre prochain.

« Ce document de campagne électorale a manifestement été préparé par la Commission sortante. Les fonctionnaires sont-ils payés pour élaborer le programme de José-Manuel Barroso?», a pour sa part observé Pervenche Berès (PS). Par ailleurs, elle a indiqué qu’à ses yeux, les questions écologiques et énergétiques arrivaient très tard dans le document, et que le président sortant de l’Exécutif européen ne disait pas un mot de son bilan. «Il est pour le moins curieux que José Manuel Barroso se présente à nous comme s’il était politiquement vierge alors qu’il vient de passer cinq années à la tête de la Commission», a-t-elle souligné.

Evoquant le «partenariat spécial» entre la Commission et le Parlement européen souligné par José Manuel Barroso, elle a estimé que cette posture était hypocrite, considérant que le président sortant se comportait depuis cinq ans comme le «secrétaire général du Conseil européen.» Avant d’ajouter : «S’il prend vraiment au sérieux le Parlement européen, il doit accepter que toutes les nominations soient approuvées sous les règles du traité de Lisbonne. Y compris la sienne. Or, il veut tout faire pour échapper à une ratification de sa nomination sous Lisbonne.»

« Il a obtenu à peu près l’accord des chefs d’État et de gouvernement. Il sait qu’il sera soutenu par la droite. Il a besoin de mordre un peu à gauche pour que sa candidature passe », explique le président du think tank Terra Nova, Oliver Ferrand, au sujet du programme de M. Barroso. « Mais sur le fond il est peu crédible. Les éléments politiques saillants de son programme sont à peu près à l’opposé de ce qu’il a fait au cours de son premier mandat. »

« Sa politique a contribué au démantèlement de l’économie sociale de marché », ajoute-t-il. Quant à l’importance du leadership de la Commission européenne prôné par l’actuel président de l’Exécutif européen, elle paraît peu crédible aux yeux du président de Terra Nova. « M. Barroso a contribué à une dégradation du rôle de la Commission ravalée au rang d’administration au cours de son mandat », estime-t-il. « Quant aux valeurs de liberté et de solidarité, on lui doit le paquet immigration et la solidarité n’a pas été vraiment développée ces cinq dernières années ».