Barroso dévoile son plan de cinq ans, avec 2020 à l'horizon [FR]

Dans sa recherche du soutien parlementaire pour un nouveau mandat à la tête de la Commission européenne, José Manuel Barroso a publié aujourd'hui (3 septembre) un document de 41 pages contrastant fortement tant en longueur qu'en contenu avec la courte lettre qui l'avait aidé à gagner la bénédiction des chefs d'Etat et de gouvernement en juin.

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Dans sa recherche du soutien parlementaire pour un nouveau mandat à la tête de la Commission européenne, José Manuel Barroso a publié aujourd’hui (3 septembre) un document de 41 pages contrastant fortement tant en longueur qu’en contenu avec la courte lettre qui l’avait aidé à gagner la bénédiction des chefs d’Etat et de gouvernement en juin.

Les travaux d’été de M. Barroso, qu’il a préparés lors de la pause estivale (EURACTIV 26/08/09), ont été rendus public quelques heures après qu’il les ait envoyés aux groupes politiques du Parlement européen, avec qui il devrait discuter de sa candidature la semaine prochaine.

S’exprimant en français, M. Barroso a dévoilé les grandes lignes de ses ambitions devant la presse bruxelloise et a répondu à quelques questions. Il a insisté pour dire que ses « Orientations politiques pour la prochaine Commission », intitulé du document, étaient exactement les mêmes que celles de la lettre  de deux pages qu’il avait envoyé aux dirigeants européens, qui lui ont apporté un soutien unanime pour un second mandat en juin.

Le chômage m’inquiète

Cependant, cette affirmation peut être remise en question : les cinq lignes directrices de juin ne contenaient même pas le mot chômage, qui apparaît désormais neuf fois, y compris dans les titres , dans le nouveau document. Le groupe socialiste avait envoyé un signal d’alarme fort à M. Barroso pour qu’il prenne en compte les priorités du groupe, parmi lesquelles la bataille contre le chômage figurait en haut de liste (EURACTIV 14/07/09).

Le chômage m’inquiète et la priorité sociale est beaucoup plus importante aujourd’hui qu’elle l’était il y a cinq ans de cela, a dit M. Barroso aux journalistes.

On ne peut pas dire que M. Barroso ait négligé l’emploi pendant son mandat. Un sommet sur l’emploi a eu lieu à Prague en mai dernier (voir EURACTIV 08/05/09), qui avait été convoqué pour évaluer l’impact des crises financière et économique et identifier les bonnes pratiques permettant d’atténuer leurs effet sur le marché du travail. Cependant, à cause d’une avalanche de sommet lors de la présidence tchèque (voir EURACTIV 15/04/09), le sommet de l’Emploi a eu lieu avec une poignée de dirigeants de l’UE seulement, et les partenaires sociaux ont refusé de signer le document final.

Revoir la Stratégie de Lisbonne

Les « devoirs » de M. Barroso parlent de réviser l’actuelle Stratégie de Lisbonne pour s’adapter à la période post-2010, la transformant en stratégie pour une vision intégrée de l’Europe en 2020.

L’ambitieuse Stratégie de Lisbonne, qui vise à faire de l’UE l’économie de la connaissance la plus compétitive en 2010 a échoué sur de nombreux aspects, selon l’opinion de beaucoup d’experts (EURACTIV 08/07/09). Or, la lettre de M. Barroso aux dirigeants européens ne mentionne même pas cette stratégie.

Cette fois, M. Barroso appelle à une approche plus convergente et coordonnée pour la réforme des économies européennes à travers l’investissement dans de nouvelles sources de croissance et, entre autres choses, dans la sécurisation de finances publiques solides pour le projet, afin de sortir avec succès de la crise. S’adressant à la presse, il a dit que deux voies s’offraient à l’Europe : vers le leadership ou la marginalisation.

Une vue d’ensemble

M. Barroso écrit que les initiatives européennes existantes les plus importantes doivent être reformulées et liées toutes ensembles, puisqu’elles n’offrent pas une vue d’ensemble de ce que l’Europe souhaite réaliser. Il propose que soient « mises en réseau » les stratégies suivantes pour parvenir en 2020 au type d’économie sociale de marché que les européens, selon lui,  appellent de leurs vœux : la Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi, l’agenda social renouvelé, le Pacte de stabilité et de croissance, la politique relative à la concurrence et aux aides d’Etat, la Stratégie en faveur du développement durable, la stratégie du changement climatique et de l’énergie, l’Espace européen de recherche, les programmes de La Haye –et maintenant de Stockholm- sur la justice et les affaires intérieures.

S’occuper de la crise

M. Barroso admet que régler la question des déficits excessifs de la plupart des Etats membres de l’UE, conséquence des crises économique et financière, sera un vrai défi pour la Commission. Il écrit que la Commission devra s’assurer du bon timing dans la correction de ces déficits, avec des dates limites différentes pour les différents Etats membres, y compris en ce qui concerne la question du soutien aux balances de paiement pour certains pays européens. Dans l’ensemble, ramener les déficits sous la barre des 3 % comme le prévoit Maastricht prendra du temps, a-t-il admis.

M. Barroso semble s’avancer un peu plus vers la promotion d’une coordination plus importante des politiques économiques dans l’UE, une politique dont le chantre n’est autre que le président français Nicolas Sarkozy, qui a parlé d’un vrai gouvernement économique de l’eurozone (EURACTIV 22/10/09), une idée rejetée par les autres pays européens.

Sous ma direction, la Commission usera de toutes les possibilités offertes par le traité pour renforcer la convergence des objectifs et la cohérence des effets de la politique économique, en particulier dans la zone euro, écrit M. Barroso.

L’agenda numérique et le super réseau électrique

Parmi d’autres remarques générales, plusieurs idées concrètes apparaissent dans le document de M. Barroso. Il écrit que la nouvelle Commission développera un Agenda numérique européen, accompagné d’un programme législatif, pour promouvoir les investissements dans l’Internet à haute vitesse et pour prévenir le fossé numérique. Il a également parlé d’un nouveau super réseau européen pour l’électricité et le gaz, satisfaisant les besoins énergétiques de manières plus intelligentes dans le contexte des objectifs climatiques de l’UE. Il a aussi suggéré une stratégie interne en matière de sécurité pour mieux protéger les citoyens, et une initiative pour la mobilité des jeunes, qui pourraient être considérée comme un programme Erasmus pour tous, permettant à tous les jeunes gens de passer une partie de leur cursus scolaire dans un autre Etat membre.

De meilleures communications

M. Barroso s’engage à examiner les moyens d’intensifier le dialogue entre la Commission et les médias. Mais il ajoute qu’on ne devrait pas se bercer d’illusions sur d’éventuelles améliorations à moins de mettre en place un partenariat entre avec les autorités régionales et nationales. Faisant écho aux remarques exprimées par le premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker (EURACTIV 19/06/09) il y a quelque temps, M. Barroso a dit que les dirigeants européens devraient arrêter de s’arroger les bénéfices des réalisations positives de l’Europe, et arrêter de blâmer l’UE pour tout ce qu’ils n’aiment pas.

Porte ouverte pour les interdictions nationales des OGM

Une phrase en particulier pourrait être interprétée comme une concession aux Verts européens, qui sont particulièrement hostiles à la reconduction de M. Barroso (EURACTIV 15/07/09), et qui tiendront une audience avec le candidat le 9 septembre. Parlant de la promotion de la diversité, M. Barroso a dit qu’il était prêt à approuver la liberté pour les Etats membres d’interdire les semences OGM sur leurs territoires.

Dans un domaine tel que le OGM, par exemple, il devrait être possible de combiner un système d’autorisation communautaire, basé sur la science, avec la liberté des Etats membres de décider si oui ou non ils souhaitent cultiver des semences génétiquement modifiées sur leurs territoires, a écrit M. Barroso.

L’élargissement en suspens

Après avoir salué l’élargissement comme l’un des plus grand succès de l’Union et comme un motif de satisfaction personnelle, M. Barroso indique qu’il ne prévoit pas de projets majeurs dans ce domaine à moyen terme.

L’élargissement n’est pas un processus infini, écrit M. Barroso, ajoutant que l’Union miserait sur le Partenariat Oriental et sur l’Union pour la Méditerranée pour développer ses relations avec les pays couverts par ces initiatives, parmi lesquels plusieurs ont identifié l’adhésion à l’UE comme leur principal objectif politique.

S’associer aux eurodéputés

Un autre aspect de son programme mis en avant par M. Barroso est l’établissement d’un partenariat spécial entre la Commission et le Parlement. Il a expliqué qu’il proposait qu’une heure dédiée aux questions soit instaurée de manière régulière entre le président de la Commission et les eurodéputés, pendant laquelle les législateurs pourraient poser n’importe quelle question sans que l’agenda ne soit décidé à l’avance. Il a aussi indiqué qu’il était prêt à assister aux réunions entre les présidents des groupes politiques du Parlement européen, connues sous le nom de Conférence des présidents.

Son principal but dans son engagement plus important avec le Parlement, a-t-il expliqué, est de travailler à l’établissement d’un véritable espace public européen, puisque pour l’instant il a expliqué qu’il y avait 28 espaces différents – celui de chaque Etat membre, plus ceux de Bruxelles et de Strasbourg.

M. Barroso n’a pas répondu lorsqu’on lui a demandé de mettre ne avant les échecs de son premier mandat, expliquant qu’il préférait parler du futur. Il a répété qu’il était fier de ce que la Commission avait réalisé lors des cinq années précédentes, notamment en ce qui concerne la consolidation de l’Europe à 27 membres.