Barrages et blocages se multiplient en Serbie

Depuis trois jours, les citoyens serbes qui manifestent depuis l’automne dernier contre la corruption des autorités serbes dressent des barrages dans tout le pays, appelant à l’organisation de législatives anticipées.

EURACTIV.com
Road Blockade In Novi Sad
Des habitants bloquent une artère principale sur le boulevard Oslobodenja à Novi Sad, en Serbie, le 30 juin 2025. [Getty Images/Maxim Konankov_NurPhoto ]

L’insurrection citoyenne qui défie le pouvoir du très autoritaire président Aleksandar Vučić a pris ces dernières heures un tour inattendu en Serbie. Samedi soir, les représentants des étudiants à la tête du mouvement avaient annoncé que le gouvernement serbe était à leurs yeux « illégitime ». Ces derniers dénoncent la corruption des autorités depuis la chute du toit récemment rénové de la gare de Novi Sad, qui avait tué seize personnes le 1er novembre 2024.

Les protestataires avaient fixé un « ultimatum » aux autorités, les sommant de convoquer des élections législatives anticipées avant 21 h, à l’issue d’une manifestation qui aurait réuni samedi plus de 140 000 personnes dans le centre de Belgrade. Une revendication qui n’a pas été suivie d’effet, alors que des heurts ont éclaté avec la police, faisant des blessés des deux côtés.

Quelques heures tard, le pont autoroutier de Gazela, les grands axes de Belgrade et les principales voies d’accès à la capitale serbe ont été bloqués par des barricades dressées spontanément par la foule. Le mouvement s’est propagé dans la nuit de dimanche à lundi au reste du pays, avant que la police ne commence à démanteler les barrages au matin.

Lundi, le président serbe a qualifié ces blocages d’activité « terroriste ».

Pas de quoi décourager les protestataires, qui s’organisent sur les réseaux sociaux, appelant à la constitution de barrages mobiles, mais sans opposer de résistance aux forces de l’ordre. Mardi 1er juillet, des actions étaient en cours à Zemun, à proximité de Belgrade, dans le quartier de Savski venac et dans plusieurs autres rues de la capitale, selon la carte interactive mise à jour par les manifestants.

Des ordures sont aussi jetées contre les locaux du Parti progressiste serbe (SNS).

En janvier dernier, le Premier ministre Miloš Vučević avait été obligé de démissionner, après que des militants du SNS aient violemment attaqué des étudiants. Mais le nouvel exécutif nommé en avril n’a pour l’essentiel fait que recycler des ministres déjà en poste.

Les Russes sont de retour

Comme à chaque fois que des manifestations surprennent le pouvoir serbe, Aleksandar Vučić a pu ces dernières heures compter sur un petit coup de pouce du Kremlin. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov a ainsi mis en garde durant le week-end les Occidentaux contre l’organisation d’une « révolution colorée » en Serbie.

Oublié donc la petite brouille du mois dernier, quand les Services des renseignements extérieurs de la Fédération de Russie (SVR) avaient accusé Belgrade de continuer à exporter des armes en direction de l’Ukraine, via des pays tiers.

Aleksandar Vučić n’a d’ailleurs pas manqué lundi de remercier ses « amis russes » pour leur compréhension. Quelques jours plus tôt, il avait c’est vrai pris soin d’indiquer « arrêter » toute exportation d’armes serbes vers l’étranger.

Peu importe au fond que l’hypothèse d’une révolution colorée soutenue par des capitales occidentales semble à mille lieux de la réalité. Le régime serbe jouit du soutien de Paris, de Berlin et de Bruxelles, et dans le contexte actuel, la dernière chose que souhaite l’Europe est une déstabilisation des Balkans.

Peu importe, l’essentiel est de se souvenir qui sont ses vrais amis quand le danger se fait sentir.