Barnier, de retour en territoire familier ? [FR]

Michel Barnier est de retour. Cinq ans après avoir occupé le poste de commissaire en charge de la politique régionale, l’ancien ministre français de l’Agriculture rejoint le deuxième collège de José Manuel Barroso. Après des négociations ardues, la France a finalement obtenu pour lui le portefeuille du Marché intérieur, complété par le stratégique dossier des Services financiers. Un reportage d'EURACTIV France.

Michel Barnier est de retour. Cinq ans après avoir occupé le poste de commissaire en charge de la politique régionale, l’ancien ministre français de l’Agriculture rejoint le deuxième collège de José Manuel Barroso. Après des négociations ardues, la France a finalement obtenu pour lui le portefeuille du Marché intérieur, complété par le stratégique dossier des Services financiers. Un reportage d’EURACTIV France.

Son travail en tant que commissaire désigné semble toutefois partir plutôt du mauvais pied. 

Son nouveau patron, José Manuel Barroso, n’a d’ailleurs pas caché son agacement après un entretien accordé à un important journal national par Michel Barnier. 

«Comme tous les autres commissaires, Barroso l’a prié de ne plus s’exprimer dans la presse et de se mettre au travail», rapporte un diplomate européen. 

Le manque d’expérience de M. Barnier dans la politique du marché intérieur, le poste auquel M. Barroso l’a assigné au sein de sa nouvelle équipe, devrait être sa plus grosse faiblesse lors de son audition au Parlement le 13 janvier.

Dans l’ensemble, le commissaire français n’a pas d’expérience particulière dans le secteur du marché intérieur ou des services financiers, ni avec la complexité de l’industrie bancaire, qu’il sera appelé à réguler à la suite de la crise financière.

Toutefois, Jean-Dominique Giuliani, président d’un think-tank français proche du parti de M. Barnier (PPE) ne considère pas cela comme un handicap.
«Les commissaires européens ne doivent pas être de supers techniciens, mais plutôt avoir une vision globale», estime-t-il.

Apaiser les tensions avec Londres

La nomination de Michel Barnier au portefeuille du marché intérieur a fait les gros titres au Royaume-Uni alors le Français sera en charge de la définition des règles pour l’industrie des services financiers, qui est principalement basée à Londres.

Il est accusé en particulier d’être trop proche du président français Nicolas Sarkozy, qui a décrit la nomination de M. Barnier au portefeuille du marché intérieur comme une victoire pour la France et une grande perte pour le Royaume-Uni, une phrase qui a fait grand bruit (EURACTIV 30/11/09).

La déclaration de M. Sarkozy a échaudé la City. Le président français a salué le triomphe en l’Europe des idées françaises en matière de régulation, ce que les banquiers britanniques ont interprété comme une déclaration de guerre.

Depuis, Michel Barnier a tenté de calmer le jeu. Il a notamment choisi pour porte-parole une Franco-britannique, Chantal Hugues, ancienne porte-parole du commissaire européen chargé des Affaires sociales, Vladimir Spidla. Par ailleurs, Michel Barnier sera flanqué d’un directeur général britannique, Jonathan Faul. Rappelons qu’au Parlement européen, c’est également une Britannique, Sharon Bowles (ADLE), qui préside la commission des Affaires économiques et monétaires.

Il a été commissaire, il connaît parfaitement les usages, répond M. Giuliani, qui a démenti les accusations selon lesquelles le Français serait contrôlé par Paris. Il a ajouté que M. Barnier est suffisamment expérimenté pour bien connaître les rouages de la Commission, du Parlement et du Conseil, dans lesquels il a siégé tour à tour.  

Un Français à ce poste a une vision plus politique, ajoute-t-il, en précisant qu’un Britannique au Marché intérieur aurait risqué d’être trop attaché à la City de Londres.

Dans le questionnaire rendu aux parlementaires avant son audition, le député européen insiste aussi sur l’égalité de traitement entre les pays européens. «Dans mes déplacements autant que dans mes rencontres, je mettrai un point d’honneur, comme je l’ai toujours fait, à traiter de manière égale tous les Etats membres», indique-t-il afin d’apaiser Londres.  

Son attitude ouverte et collaborative pourrait en effet être appréciée à Londres. Les ONG qui l’ont côtoyé au ministère de l’Agriculture le décrivent comme un homme plutôt ouvert au dialogue et à la consultation, même si on souligne que les principes de gouvernance agricole n’ont pas été renouvelés pour autant au ministère. L’ancien ministre de l’Agriculture les a ainsi reçus dans son bureau à cinq reprises en deux ans pour faire le point sur les différents chantiers. 

Trois priorités 

Les réponses adressées par Michel Barnier aux questions écrites du Parlement européen donnent une idée de l’étendue du travail qui l’attend. 
«On ne tombe pas amoureux du marché intérieur», précise le Français, en citant l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors. Avant d’ajouter: «mais pourtant, ces questions sont au cœur de la vie de nous tous, européens». 

Renforcer le marché intérieur figure au sommet des trois priorités de M. Barnier. Viennent ensuite les stratégies de sortie de la crise économique et le développement d’une économie de la connaissance. Michel Barnier dit vouloir «évaluer le marché unique en profondeur» pour renforcer la position de l’UE dans le monde. M. Barnier se fait l’avocat d’une régulation des marchés efficace.

Sur le plan de la régulation, le commissaire français devra mener à terme les réformes lancées par son prédécesseur, Charlie McCreevy. Michel Barnier plaide en faveur d’une régulation «efficace» des marchés, tout en évitant de créer des entraves excessives pour l’industrie. 

Enfin, le nouveau commissaire veut adapter la stratégie européenne sur les droits de propriété intellectuelle «aux nouveaux défis», dont la numérisation. Il souligne notamment la nécessité de mener à bien les négociations sur le brevet communautaire et le système unifié de règlement des litiges en matière de brevets. 

A côté de ces priorités déclarées, le futur commissaire fait un important catalogue des mesures qu’il compte prendre dans les cinq ans à venir. Parmi elles, une quatrième révision de la directive «fonds propres réglementaires», ainsi que la mise en place de fonds de garantie des dépôts et de résolutions des faillites bancaires.

Il souhaite également revoir les directives «abus de marché» et MiFID, et se déclare en faveur de l’instauration d’une date butoir pour la migration vers les produits SEPA pour les prélèvements automatiques et les virements.