Banque mondiale : Le marché mondial du carbone a doublé en 2008

La crise financière n’a pas entravé le marché mondial du carbone, qui a doublé l’an dernier, indique la Banque mondiale.

La crise financière n’a pas entravé le marché mondial du carbone, qui a doublé l’an dernier, indique la Banque mondiale.

Le marché global pour les crédits de carbone valait 86 milliards d’euros à la fin de l’année 2008, c’est-à-dire deux fois la valeur de l’année précédente, précise un rapport présenté le 27 mai lors de la conférence Carbon Expo 2009 de Barcelone.

Selon le texte, le système européen d’échange d’émissions (EU ETS) a permis d’atteindre de tels chiffres. Celui-ci représente 73 % du marché avec des transactions à hauteur de 63 milliards d’euros. La seconde période d’échange, qui a commencé mi-2008, a réduit les quotas d’émissions autorisées de 10 % et a forcé les pays européens à diminuer considérablement leurs objectifs suggérés.

En revanche, les marchés de compensation du Protocole de Kyoto ont été frappés de plein fouet par la récession économique et les financements de projets “sont devenus extrêmement difficiles à obtenir”, explique la Banque mondiale. Selon le rapport, les crédits provenant des mécanismes de mise en œuvre conjointe (MOC) et du marché primaire des réductions d’émissions certifiées (REC) ont diminué. Les crédits REC de ce type sont achetés directement auprès d’entités dans les pays en développement dans le cadre du mécanisme de développement propre (MDP).

Cependant, le marché secondaire pour les crédits CER a quintuplé à la fois en valeur et en volume en 2008 par rapport à l’année précédente, comptant pour 1 072 tonnes de carbone. Les auteurs du rapport concluent que les acheteurs montrent « une forte préférence pour les options et les futurs contrats pour des avoirs garantis dans l’EUA (quotas ETS) et les marchés REC (secondaires) ».

Evolution probable du MDP

Toutefois, le rapport montre qu’il y a un avenir pour les crédits MDP, mais sous une forme différente. L’engagement de l’UE de porter ses objectifs de réduction d’émissions de 20 à 30 % en référence aux taux de 1990, si un accord climatique mondial ambitieux était trouvé à Copenhague en décembre, pourrait créer une demande de crédits pour couvrir les 300 Mt additionnelles de CO2 par an sur 2013-2020.

De plus, le projet de loi climatique Waxman-Markey aux États-Unis, actuellement débattu à Washington, devrait obliger le pays à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 17 % par rapport au niveau de 2005. La Banque mondiale a expliqué que la combinaison de la demande de crédits de l’UE et des États-Unis devrait fournir aux pays en développement une opportunité d’augmenter leur approvisionnement en crédits de réduction d’émissions.

« C’est une opportunité en or qui met au défi la communauté internationale : il s’agit de développer de nouveaux modèles sur la façon d’augmenter l’atténuation climatique pour promouvoir un développement durable », confie le coauteur du rapport Karan Capoor. Il a déclaré que la demande moyenne serait autour de 560 millions de tonnes de CO2 par an pour 2012-2020, alors que seulement 80 millions de tonnes de CO2 environ ont été enregistrées dans le MDP, même dans sa meilleure année.

La Banque mondiale reconnaît clairement que le MDP ne pourrait pas survivre sous sa forme actuelle. L’UE voudrait voir les pays en développement les plus avancés économiquement passer des crédits résultant de projets vers un mécanisme de crédit sectoriel. Ce changement imposerait à des secteurs entiers d’atteindre certaines performances avant que les crédits ne soient générés. D’autres débats se tiennent dans le contexte des négociations climatiques mondiales, où des délégués explorent la possibilité d’étendre le champ des activités d’atténuation internationales à l’agriculture (EURACTIV.com 10/04/09) et aux crédits du secteur forestier (EURACTIV.com 20/04/09).

Joëlle Chassard, qui s’occupe des financements carbone de la Banque mondiale pour les entreprises, a déclaré dans un entretien à EURACTIV.com qu’il devrait y avoir une nouvelle réflexion sur la manière d’améliorer l’utilisation des mécanismes de marché pour arriver à des réductions d’émissions à grande échelle (EURACTIV.com 19/05/09).

« Ce sur quoi nous travaillons – et nous le voyons vraiment comme une évolution – c’est le passage des projets aux programmes, et finalement d’aider chaque pays à adopter ses projets nationaux de réduction », a-t-elle ajouté, soutenant l’idée européenne d’une approche sectorielle.

Prochaines étapes

  • 2013: entrée en vigueur de l’EU ETS révisé.
  • 2015: l’UE espère établir un marché du carbone à l’échelle de l’OCDE.