Avenir de l’agriculture européenne : réactions

Au début du débat législatif sur l’avenir de la politique agricole commune, les acteurs du secteurs sont prudents. Ils attendent les négociations budgétaires.

EURACTIV.fr

Au début du débat législatif sur l’avenir de la politique agricole commune, les acteurs du secteurs sont prudents. Ils attendent les négociations budgétaires.

La présentation par la Commission européenne, jeudi 18 novembre, d’une communication sur l’avenir de la politique agricole commune a suscité de très nombreuses réactions. 

POLITIQUES

La communication de la Commission «est une base de travail utile», affirme le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire dans un communiqué. «Beaucoup d’éléments de la communication présentée par Dacian Ciolos, commissaire européen chargé de l’Agriculture et du Développement rural, reflètent la position commune des gouvernements français et allemand du 14 septembre dernier», se félicite-t-il.

«Dacian Ciolos s’est donné les moyens d’écouter des propositions émanant de la société civile», s’est réjoui le député européen (Europe Ecologie -Verts/ALE) José Bové. «La prise en compte de certaines d’entre elles, proches des préoccupations de nos concitoyens, apporte un souffle nouveau», a-t-il estimé. Il a appelé le Parlement européen à se saisir du dossier. «Les ministres de l’Agriculture de l’UE doivent arrêter de taper sur leur calculette pour s’avoir s’ils sortent gagnants ou perdants», a-t-il ajouté, en référence aux débats budgétaires à venir.

L’eurodéputé belge Marc Tarabella (S&D) salue le texte de la Commission, en particulier parce qu’il promeut une agriculture «plus équitable», «plus respectueuse de l’environnement», et «plus respectueuse du travail des agriculteurs». En revanche, il déplore que Bruxelles considère la volatilité des prix des marchés agricoles «comme une fatalité». Il demande que la lutte contre ce phénomène devienne «une véritable piere angulaire de la future PAC».

«Pour la première fois, la durabilité de l’agriculture est clairement mentionnée dans un texte. Le verdissement y est clairement affiché», se réjouit le député européen (PS-S&D) Stéphane Le Foll. Il juge également positif que le texte accorde de l’importance au maintien de l’agriculture dans les zones peu productives. «En revanche, concernant la régulation, on est dans le flou total», déplore-t-il.

«Ce document d’orientation rompt avec l’orientation politique du « tout marché » qui prédominait ces dernières années», se félicitent les eurodéputés (UMP-PPE) Christophe Béchu et Michel Dantin dans un communiqué. Mais ils se montrent prudents.«Il nous faut encore attendre les propositions législatives de la Commission en juin. D’ici là, le Parlement va travailler à fournir des éléments à celle-ci, car des points sensibles de l’architecture globale de la PAC, ainsi que son mode de financement et le niveau des contraintes environnementales imposées aux agriculteurs, doivent encore être clarifiés.»

AGRICULTEURS

Pour l’Assemblée permanente des Chambres d’Agriculture (APCA), la communication de la Commission doit maintenant être concrétisée en matière budgétaire. «C’est bien une PAC forte, conjuguant agriculture, alimentation et territoire, qui a été annoncée», se réjouit un communiqué de l’APCA. «Une PAC forte suppose un budget à la hauteur», insiste le président des Chambres, Guy Vasseur.

«Il y a des éléments positifs comme la prise en compte de l’emploi, du revenu ou des spécificités territoriales», juge le porte-parole de la Confédération paysanne, Philippe Collin. Avant d’ajouter : «Mais nous verrons s’ils seront vraiment positifs lorsqu’ils seront appliqués.» En revanche, ce syndicaliste porte un regard plus contrasté sur les notions de «compétitivité» et de «modernisation de l’agriculture», très présentes dans le document. «Ca fait 50 ans que l’on nous dit ça, et l’on sait très bien que ça ne fonctionne pas.»

«Les projets de la Commission ne répondent pas aux défis auxquels les agriculteurs européens et leurs coopératives sont confrontés», juge le Copa-Cogeca, qui réunit les principales organisations européennes de producteurs. Les projets européens «menacent bien au contraire leur compétitivité et leur viabilité économique», ajoute le communiqué. 

Le président des Jeunes agriculteurs, Jean-Michel Schaeffer, salue «certaines avancées», dont «le fait de remettre les agriculteurs au cœur des préoccupations». Il appelle cependant à la vigilance, car pour lui, rien n’est joué. «Tout dépendra de la mise en œuvre de ces idées», affirme-t-il. Concernant le verdissement, «ça doit être à l’agriculteur de conduire la démarche», affirme-t-il. Il est par exemple favorable à des mesures agronomiques comme la rotation des cultures, mais opposé à de nouvelles contraintes européennes.

Pour Orama, qui regroupe les producteurs français de blé, « l’accent mis sur la gestion de l’environnement et l’équilibre des territoires ne doit pas faire perdre de vue les enjeux de l’économie agricole». «La réalité de la future PAC dépendra par ailleurs de facteurs qui restent actuellement dans l’ombre : le niveau et la répartition des enveloppes budgétaires qui seront consacrées à cette politique, l’évolution des instruments de régulation des marchés, notamment», ajoute le communiqué.

CHERCHEUR

Pour la chargée de mission «politique agricole» au think tank Notre-Europe, Nadège Chambon, le document de la Commission est «encourageant». Elle se félicite notamment du rééquilibrage des subventions. Quid de l’absence de la volatilité des prix dans le texte?, s’interroge-t-elle. «La communication est très imprécise sur ce point. Le débat est sans aucun doute remis à plus tard», juge Nadège Chambon.

ONG

«Ce rapport confirme les premières orientations qui avaient été connues début octobre», affirme Samuel Féret, du collectif d’ONG PAC 2013. «Certaines attentes des ONG sont prises en compte dans ce document. C’est une bonne chose», poursuit-il. Mais, selon lui, «il faut rester prudent». «On sent bien que la marge de manœuvre du commissaire est étroite. Nous verrons bien les propositions qui sortiront en juin 2011, ainsi que l’issue des débats budgétaires», souligne-t-il.

«Oui à une PAC plus verte», affirme France Nature Environnement dans un communiqué. «Il est temps de reconnaître que préservation de l’environnement et production agricole doivent aller de pair», ajoute le texte. L’association estime que redonner une «orientation environnementale» à la PAC permettrait de la rendre «plus légitime aux yeux des contribuables».

« Le WWF-France accueille positivement ces orientations qui préfigurent une PAC plus verte et plus juste », affirme l’association dans un communiqué. « La Commission européenne prend à revers la position franco-allemande – qui avait relégué au rang d’option le développement durable – ainsi que le « moratoire sur les obligations environnementales » annoncées fin août par Nicolas Sarkozy. Le gouvernement français doit sortir de sa crispation qui ne prépare pas les agriculteurs français à leur avenir car il y aura plus d’environnement dans la future PAC », demande Isabelle Autissier, Présidente du WWF-France.

TERRITOIRES

Dans un communiqué, la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM) «approuve les principes défendus par la Commission dans le document, notamment la sécurité alimentaire, le développement durable et l’équilibre territorial». Mais elle estime que «ces principes devraient être traduits dans la PAC pour garantir un revenu décent aux agriculteurs y compris dans les zones défavorisées, en particulier dans les Régions insulaires et celles soumises à des contraintes climatiques particulières.»

L’Association des régions de France (ARF) salue une PAC «plus juste et plus équitable», et notamment la «fin définitive du système des références historiques», la prise en compte de l’emploi dans l’attribution des aides et l’instauration du «principe d’un plafonnement par exploitation et le rééquilibrage des aides entre les filières de production.» Elle appelle à l’adoption d’un budget européen «à la hauteur des défis à relever». L’association a prévu de rendre un avis détaillé sur l’avenir de la PAC en janvier 2011.

L’Association des régions d’Europe (ARE) se réjouit que la Commission envisage une PAC plus axée sur l’environnement. « Une gouvernance élargie mettant en œuvre le principe de partenariat et l’objectif de cohésion territoriale est la condition sine qua non du succès de la PAC. Une PAC efficace est une PAC flexible pouvant compter sur des acteurs territoriaux renforcés», ajoute l’association.

MANIFESTATION A BRUXELLES

 

 

EN ALLEMAGNE

Pour la ministre allemande de l’Agriculture, Ilse Aigner, le projet constitue « une bonne base de discussion ». Concernant la protection de l’environnement, elle a salué l’objectif affiché par Bruxelles. Mais dans ce domaine particulier, elle ne semble pas convaincue pour autant : « Je vois pour le moment plus de points d’interrogation que de réponses convaincantes », a-t-elle affirmé.

«Nous trouvons que les propositions de la Commission vont dans la bonne direction», a réagi le président du syndicat allemand majoritaire, DBV. Concernant les subventions, il a admis que les agriculteurs devaient accepter de «lâcher du lest». 

De son côté, le secrétaire d’État allemand en charge de l’Agriculture, Robert Kloos, a notamment critiqué le plafonnement des aides pour les grandes exploitations. «Personne n’en profitera si c’est seulement la bureaucratie qui s’en trouve renforcée», a-t-il affirmé dans un entretien acordé au quotidien Neue Osnabrücker Zeitung.