Aux Canaries, le gouvernement s’interroge sur la durabilité du projet de première ferme d’élevage de pieuvres de l’UE
Le gouvernement des îles Canaries a demandé une étude d’impact plus approfondie à l’entreprise derrière le projet de construction de la toute première ferme d’élevage de pieuvres d’Europe, en raison d’incertitudes quant à l’impact environnemental de celle-ci.
Le gouvernement des îles Canaries a demandé une étude d’impact plus approfondie à l’entreprise concernant le projet de construction de la toute première ferme d’élevage de pieuvres d’Europe, en raison d’incertitudes quant à son impact environnemental.
Les autorités locales ont demandé des études supplémentaires concernant l’impact environnemental potentiel du projet de ferme, qui devait voir le jour dans les îles Canaries dans le courant de l’année.
« Il peut avoir des effets négatifs importants sur l’environnement et doit donc être soumis à la procédure ordinaire d’évaluation des incidences sur l’environnement », a indiqué le gouvernement dans son rapport publié récemment.
L’entreprise devra donc réaliser de nouvelles études, ce qui relance une controverse qui dure depuis plus de deux ans déjà.
Le projet, qui envisage l’élevage d’un million de céphalopodes dans le port de Las Palmas de Gran Canaria, avec une production de 3 000 tonnes par an, serait le premier du genre en Europe.
Selon les ONG environnementales, les conséquences de ce projet seraient catastrophiques non seulement pour ces animaux intelligents et sensibles, mais aussi pour le milieu environnant.
Pour ces organisations, la surpopulation des bassins pourrait favoriser l’agressivité, voire le cannibalisme.
Quelque 75 ONG, experts et personnalités publiques ont envoyé une lettre ouverte au gouvernement des Canaries demandant que le projet soit abandonné afin de prévenir la cruauté envers les animaux, les dommages à l’environnement et les effets négatifs que cela pourrait avoir sur le tourisme dans la zone.
Une nouvelle étude d’impact est nécessaire
La décision du gouvernement intervient après la publication du rapport d’impact environnemental présenté par Nueva Pescanova, l’entreprise qui souhaite exploiter la ferme d’élevage de pieuvres.
Sur le plan du bien-être animal, l’entreprise soutient qu’elle est en mesure de garantir un taux de mortalité ne dépassant pas 10 à 15 %, contre une moyenne de 50 % dans les autres secteurs de l’aquaculture.
L’entreprise a souligné les pratiques durables qu’elle entend mettre en œuvre au niveau de la gestion de l’eau, de l’énergie, des matières premières et des ressources naturelles pour l’alimentation du poulpe, afin de garantir un faible impact sur l’environnement.
Le gouvernement juge toutefois que des études supplémentaires sont nécessaires. Les recommandations portent notamment sur une meilleure évaluation de l’impact sur la faune sauvage, comme les cétacés et les tortues de mer, en raison du bruit et de la pollution engendrés par la ferme.
Les pouvoirs publics demandent également une description « détaillée » des travaux de captage d’eau de mer pour alimenter les bassins et une augmentation « significative » de la production d’énergie photovoltaïque sur le site.
Pour ce qui est de la consommation de ressources naturelles pour nourrir les pieuvres — l’un des points sensibles du projet — le gouvernement a demandé à l’entreprise de « préciser quel type [espèces] de ressources biologiques naturelles sera utilisé », ainsi que leur provenance et leur quantité.
« Le programme de surveillance environnementale […] doit être conçu de manière à ce que la situation environnementale soit connue avant le début des travaux, pendant la phase de construction et ensuite pendant la phase d’exploitation du projet », a affirmé le gouvernement.
Les ONG dénoncent les contradictions
Pour les ONG Compassion in World Farming, Eurogroup for Animals et AnimaNaturalis, l’entreprise « contredit » ses « propres affirmations en matière de durabilité ».
« Le rapport environnemental de Nueva Pescanova était inadéquat et ne contenait pas les informations de base permettant au gouvernement d’évaluer l’impact de la ferme sur l’environnement et la santé publique », a déclaré Maria Angeles López Lax, avocate au sein du cabinet spécialisé Legal Natura, dans un communiqué publié par les ONG le 9 avril.
Depuis plusieurs mois, les ONG demandent l’arrêt immédiat du projet. Elles appellent également la Commission européenne à inclure l’interdiction de l’élevage des pieuvres dans son projet de législation sur le bien-être animal.
Il n’existe actuellement aucune loi protégeant les céphalopodes dans l’UE.
Le 3 mai 2023, 30 députés européens ont envoyé une lettre au gouvernement canarien pour lui faire part de leur inquiétude quant à la possibilité que le projet conduise à un « désastre écologique ».
Sur son site Internet, Nueva Pescanova affirme déployer « d’importants efforts pour garantir les meilleures pratiques tout au long » de sa chaîne de valeur.
« Nous avons aligné notre stratégie sur les lignes définies dans l’Agenda 2030 de l’ONU en développant un modèle de durabilité et de responsabilité », a insisté l’entreprise espagnole.
Le projet est soutenu par neuf centres de recherche en Espagne, au Portugal et au Mexique, qui y voient une avancée scientifique majeure pour répondre à la demande mondiale croissante de pieuvre.
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ce marché juteux est passé de 1,30 à 2,72 milliards de dollars (1,20 à 2,53 milliards d’euros) entre 2010 et 2019.
Élevage de poulpes aux Canaries : deux associations demandent à l’UE son interdiction
Après avoir révélé les plans du premier élevage de poulpes au monde, deux associations dénoncent…
4 minutes