Au salon de l’agriculture, les éleveurs sont inquiets
Entre réforme de la politique agricole commune et fin des quotas laitiers, les professionnels présents porte de Versailles font grise mine.
Entre réforme de la politique agricole commune et fin des quotas laitiers, les professionnels présents porte de Versailles font grise mine.
Comme tous les ans, ils sont, le temps d’une semaine, les héros de la plus grande ferme de France. Mais le cœur n’y est pas. Lorsqu’on les interroge sur l’avenir de la politique agricole commune, les éleveurs présents cette année au salon de l’Agriculture font grise mine.
«J’en attends pas grand chose», lance Nicolas Guenot, qui élève des vaches Charolaises dans la Nièvre. Comme beaucoup d’éleveurs, il voudrait surtout que la grande distribution cesse de tirer les prix vers le bas et que les prix de ses produits soient répercutés sur ceux payés par le consommateur.
Installé depuis 1984, il vend sa viande entre 10 et 20% moins cher qu’à ses débuts. Pourtant, les prix de l’alimentation de ses animaux, eux, ont continué à croître. A l’automne, les marchés mondiaux du blé atteignaient par exemple des records, victimes, entre autres, d’aléas climatiques en Russie ou en Australie.
Résultat : cet éleveur, qui possède 500 bêtes, rentre tout juste dans ses frais. «Avec ma femme, nous sommes deux à travailler sur l’exploitation, mais nous ne gagnons rien. Heureusement que nous avons investi dans des installations sophistiquées, qui nous permettent de ne pas avoir besoin d’un ouvrier supplémentaire. Sinon, nous ne nous en sortirions pas.»
« On ne tiendra pas »
De son côté, Lionel Gaillard, qui produit du fromage dans l’Isère, attend surtout que la politique agricole commune continue à soutenir ses revenus. «Il faut qu’elle puisse maintenir les prix», demande-t-il. Avant d’ajouter : «Elle doit éviter qu’il y ait trop de différences entre la France et les autres pays.»
Cette critique montre la différence qui existe entre les différents États européens. Entre les charges patronales et les obligations de respect de l’environnement, les agriculteurs de l’UE ne sont pas tous sur un pied d’égalité.
«On ne tiendra pas jusqu’à 2014 [date de l’entrée en vigueur de la nouvelle PAC] si rien n’est fait d’ici là», fulmine l’un de ses collègues, quelques allées plus loin. «Il faut que nos produits retrouvent une valeur, ou que nos charges soient diminuées. La situation actuelle est insupportable», pointe-t-il.
1300 euros par mois
Autre sujet d’incertitude : la disparition des quotas laitiers, prévue en 2015. Créés en 1984, ils avaient pour rôle de contenir l’offre pour maintenir les prix.
Mais tous n’appréhendent pas la fin de ce système de la même façon. Comme beaucoup de professionnels de lait bretons, Stéphane Le Druillennec, qui produit 700 000 litres de lait par an, dans les Côtes-d’Armor, est plutôt favorable à la fin des quotas.
Mais cette position est loin d’être partagée par tous les producteurs laitiers français. Jean-François Grand élève 110 vaches en Haute-Savoie. Il touche une subvention européenne de 20 000 euros par an. Sans cette somme, son exploitation serait en déficit. En effet, il ne se paye que 16 000 euros par an, soit environ 1300 euros par mois.
Parmi les éleveurs rencontrés au salon, la voix de Jean-Pierre Pasquet détone. Il est à la tête d’un cheptel de 25 vaches, en Ile-et-Vilaine. «Je vis bien, je ne prive pas. Pas besoin d’avoir 150 bêtes pour gagner sa vie», explique-t-il.
Pour ce producteur laitier, la future politique agricole commune doit correspondre aux demandes de la société. «Le producteur n’est pas seulement producteur de matières premières. Il nourrit.» Selon lui, si l’on explique aux consommateur que la qualité alimentaire peut leur être très bénéfique, ils accepteront de payer les produits plus cher».
«Les aides de la PAC doivent aller dans ce sens-là. Elles doivent encourager la qualité», poursuit-il. Et l’agriculteur de trancher : «Au final, c’est la société qui décidera.»