Au Rassemblement national, pas d’alliance avec Éric Zemmour en vue

Alors qu’Éric Zemmour appelle à l’« union des droites » pour les élections législatives de juin prochain, le parti de Marine Le Pen lui oppose, pour le moment, une fin de non-recevoir.

Euractiv France
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Les cadres du Rassemblement national ont exclu toute possibilité d’alliance avec Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. [EPA-EFE/IAN LANGSDON]

Alors qu’Éric Zemmour appelle à l’« union des droites » pour les élections législatives de juin prochain, le parti de Marine Le Pen lui oppose, pour le moment, une fin de non-recevoir.

Les équipes de Marine Le Pen laissent néanmoins la porte ouverte « à tous ceux qui veulent aider », comme l’a indiqué Alexandra Masson, l’une des porte-parole de Marine Le Pen, à EURACTIV France lors de la soirée électorale de dimanche soir. À des accords partisans, elle préfère un rassemblement des « électeurs qui ont envie de participer au projet commun » porté par Marine Le Pen.

Suite à la défaite électorale de Mme Le Pen dimanche soir (24 avril), M. Zemmour s’est attaqué aux défaites consécutives de son parti les années précédentes.

« C’est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen […] je voyais cette défaite venir depuis des années », a-t-il déclaré, faisant référence aux élections présidentielles auxquelles elle et son père, Jean-Marie Le Pen, ont participé.

Toutefois, il a tout de même réitéré la proposition d’unir lextrême droite en vue des élections législatives de juin. M. Zemmour a obtenu 7,07 % au premier tour des élections, le 10 avril, avec 2 485 000 voix.

Dans la journée de lundi (25 avril), les cadres du Rassemblement national ont exclu toute possibilité d’alliance avec Reconquête, le parti de M. Zemmour.

Sébastien Chenu, proche de Marine Le Pen et député du Rassemblement national, a rappelé sur BFM-TV qu’« Éric Zemmour est pour l’union des droites, nous on est pour une grande union patriote qui dépasse la gauche et la droite, parce que ces concepts de gauche et de droite ne fonctionnent pas ».

L’idée d’un dépassement des clivages politiques classiques est maintenant récurrente dans l’entourage de Marine Le Pen, pour éviter la qualification d’« extrême droite » d’une part, et pour installer un nouveau clivage entre « nationaux et mondialistes [d’Emmanuel Macron] » d’autre part.

La stratégie des équipes d’Éric Zemmour est maintenant de convaincre le parti de Marine Le Pen de « mettre fin au cordon sanitaire qui stérilise les chances du camp national depuis 40 ans ».

À l’approche des élections législatives, un accord entre les deux partis pourrait les aider à obtenir des sièges au Parlement, même si la perspective de former une majorité reste exceptionnellement mince.

Emmanuel Macron a remporté l’élection présidentielle haut la main avec 58,8 % des voix, malgré une participation légèrement inférieure à celle du premier tour (72 %). Il est ainsi devenu le premier président à être réélu depuis l’introduction du mandat de cinq ans en 2002.

Le plus grand défi pour Emmanuel Macron

Selon Tara Varma, responsable du groupe de réflexion du Conseil européen des relations étrangères (ECFR) à Paris, le plus grand défi que devra relever M. Macron sera de créer une cohésion dans un pays très fragmenté où l’extrême droite obtient 41 % des voix.

« Mme Le Pen fera de son mieux pour capitaliser son résultat en vue des élections législatives de juin », a-t-elle expliqué à EURACTIV.

Selon l’analyste, la reconfiguration politique entamée il y a cinq ans va maintenant s’achever, car de nouvelles alliances ne manqueront pas d’émerger.

« L’extrême gauche dirigée par Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise (LFI) ambitionne de former une grande union de la gauche avec les Verts (EELV), le Parti communiste (PCF) et le Parti socialiste (PS). De l’autre côté du spectre politique, il y a plus d’ambiguïté : une partie de la droite a déjà rejoint Emmanuel Macron, mais l’autre partie devra décider si elle rejoint Eric Zemmour ou si elle forme un autre grand parti de droite », a-t-elle indiqué.

Commentant le vote des Français, Udo Bullmann, un haut responsable social-démocrate allemand et eurodéputé, a expliqué à EURACTIV Allemagne que le résultat constitue un « sérieux rappel » au président français que « la France a maintenant besoin d’un renouveau social et écologique », car le pays fait face à de « profondes fractures sociales ».

Avant le second tour des élections présidentielles françaises, trois dirigeants européens — le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, le Premier ministre portugais António Costa et le chancelier allemand Olaf Scholz — qui dirigent tous des gouvernements progressistes — avaient publié une lettre appelant les citoyens français à voter pour Emmanuel Macron.

[Édité par Sarantis Michalopoulos]