Au Parlement européen, l’extrême droite cherche à retarder et à réviser les règles anti-déforestation

Le Parlement européen a largement approuvé les modifications apportées au règlement européen contre la déforestation importée (EUDR), alignant sa position sur celle arrêtée par les États membres au Conseil de la semaine dernière. Cette convergence ouvre la voie à un accord final d’ici Noël.

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Ces règles, qui auraient dû entrer en vigueur en décembre de cette année, exigent des entreprises qu’elles démontrent que les produits vendus dans l’UE — notamment le cacao, le café, le soja, l’huile de palme, le caoutchouc, le bétail et le bois — n’ont pas contribué à la déforestation.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 420 millions d’hectares de forêt, soit une superficie supérieure à celle de l’UE, ont été perdus en raison de la déforestation entre 1990 et 2020, la consommation de l’UE contribuant à 10 % de la déforestation.

Une majorité de députés européens ont voté en faveur des amendements proposés par la négociatrice du Parti populaire européen (PPE, centre-droit), l’Allemande Christine Schneider, qui visent à retarder d’un an la mise en œuvre des règles pour toutes les entreprises et à charger la Commission de réaliser une évaluation de l’impact des règles sur les entreprises d’ici avril 2026, même si les règles n’ont pas été appliquées d’ici là. Cela pourrait inclure des modifications législatives si nécessaire.

Ces modifications ont été soutenues par la « majorité vénézuélienne », qui comprend les groupes d’extrême droite Patriotes pour l’Europe et Conservateurs et Réformistes européens. Une faction de Renew — 40 % des membres — n’a pas suivi la ligne du négociateur français Pascal Canfin et a approuvé les modifications plus ambitieuses proposées par le PPE.

« Le vote d’aujourd’hui démontre l’engagement du groupe PPE à protéger les forêts du monde, tout en écoutant les préoccupations des agriculteurs, des forestiers et des entreprises concernés », a déclaré Christine Schneider après le vote.

Les négociations interinstitutionnelles devraient se dérouler rapidement, le Conseil et le Parlement partageant la même position. Le vote final en plénière est prévu pour la semaine du 15 décembre.

Une décision critiquée

Cette décision a été critiquée par les socialistes et certains libéraux, qui ont déclaré que leurs groupes avaient essayé d’aligner autant que possible leurs positions sur celles du PPE, avec une seule ligne rouge : la mise en œuvre pour les grands opérateurs et le refus de rouvrir la législation avant l’entrée en vigueur des règles.

Pour le libéral Pascal Canfin, une révision en 2026 signifie un nouveau moment d’attente pour les entreprises. « Tout le monde va maintenant attendre : c’est exactement le contraire de ce dont nous avions besoin », a-t-il ironisé, soulignant que les entreprises et les gouvernements du monde entier avaient investi des millions dans la mise en conformité.

Ces dernières semaines, de grandes entreprises alimentaires, dont Ferrero et Nestlé, avaient fait pression pour que le calendrier de mise en œuvre soit maintenu tel que prévu initialement afin d’éviter de récompenser les retardataires, et avaient averti que la réouverture de la législation l’année prochaine créerait davantage d’incertitude.

La négociatrice socialiste Delara Burkhardt a fait remarquer que cette décision intervient après la clôture, la semaine dernière, de la COP30 de Belém (Brésil). Le Brésil a lancé lors de la conférence sur le climat la Tropical Forest Forever Facility (TFFF), une nouvelle initiative de financement climatique visant à protéger les forêts dans le monde entier, qui a reçu le soutien de l’UE.

« Je pense que l’Europe agit de manière contradictoire, car d’un côté, nous promettons lors des conférences sur le climat que nous voulons nous occuper de la protection des forêts, et de l’autre, nous réduisons progressivement notre contribution à cet effort », a affirmé Delara Burkhardt après le vote.

Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission, elle-même socialiste, s’est une nouvelle fois exprimée sur les réseaux sociaux pour critiquer la décision du Parlement, remettant notamment en question la révision prévue des règles avant même leur entrée en vigueur.

L’ombre du Mercosur

La réouverture de l’EUDR intervient alors que Bruxelles entre dans une période de tensions politiques accrues autour des efforts visant à finaliser l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, que les politiciens écologistes et les ONG considèrent comme un facteur potentiel de déforestation en Amazonie.

L’eurodéputée française Mathilde Androuët (Patriotes) a présenté un amendement oral lors du vote d’aujourd’hui s’opposant à la classification des pays du Mercosur — Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay — comme présentant un risque standard ou faible de déforestation dans le cadre de l’EUDR.

Cette classification détermine le niveau de contrôle et de bureaucratie requis pour les importations.
Mathilde Androuët a ajouté que la classification actuelle dans le cadre de l’EUDR n’était pas suffisante pour empêcher les importations agricoles en provenance du Mercosur.

Le groupe de gauche a partagé un point de vue similaire. Dans une déclaration, il a souligné qu’« à la lumière des négociations commerciales en cours avec le Mercosur, l’Indonésie et les États-Unis, entre autres », l’UE devrait mettre en place des mesures de protection pour les importations en provenance de pays « où la déforestation est monnaie courante ».

Une certaine résistance s’est également manifestée au sein de certaines communautés des pays du Mercosur. Lors d’une visite de législateurs spécialisés dans l’agriculture au Brésil avant la COP30, l’eurodéputé écologiste Thomas Waitz a rencontré le chef indigène Raoni, qui a rejeté l’accord UE-Mercosur dans une lettre, affirmant qu’il menacerait les territoires, les forêts et les droits des peuples indigènes.