Au Parlement européen, le débat sur l’avortement se transforme en une bataille d’affiches
La confrontation autour du droit à l’avortement s’intensifie au Parlement européen, alors que la Commission européenne doit décider d’ici mars si elle donnera suite à l’initiative citoyenne « My Voice, My Choice ».
Jeudi matin (12 janvier), l’équipe du député européen chypriote Geadis Geadi, membre du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), qui s’oppose au droit à l’avortement, a accroché une grande affiche dans la cour du Parlement européen à Strasbourg. Celle-ci représentait un fœtus accompagné du slogan : « C’est une vie, ce n’est pas un choix ». Plusieurs élus du CRE, dont le Français Nicolas Bay, ont soutenu cette action.
Cette initiative intervient après l’installation, en décembre, d’une autre affiche au même endroit, par le groupe de La Gauche (GUE/NGL), fervent soutien de l’initiative « My Voice, My Choice ». Le visuel reprenait à plusieurs reprises le nom de la campagne et appelait la Commission à garantir un accès sûr à l’avortement dans l’ensemble de l’Union européenne.
Le projet porté par l’initiative prévoit notamment la création d’un fonds auquel les États membres pourraient participer sur une base volontaire. Ce mécanisme permettrait aux femmes de se rendre dans un autre pays de l’UE pour accéder à des services d’avortement lorsque cet accès est limité, dangereux ou impossible dans leur pays d’origine.
« Un avortement sûr, c’est être en faveur de la vie. Refuser l’avortement, c’est punir celles qui manquent de ressources. C’est favoriser la pauvreté et les inégalités. Les femmes qui en ont les moyens décident ; celles qui n’en ont pas risquent leur vie », a déclaré l’eurodéputé espagnole Lina Gálvez (Socialistes et Démocrates européens, S&D).
Un nouveau front politique
« Les conservateurs vont toujours plus loin dans leurs tentatives de priver les femmes de ce droit fondamental », a dénoncé Manon Aubry, présidente du groupe de La Gauche.
Elle a indiqué que son groupe entendait saisir la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, sur cette affaire et envisage de soulever une motion d’ordre à l’ouverture de la prochaine session plénière.
Cette bataille d’affiches fait suite à un débat en plénière. Une résolution intitulée « My Voice, My Choice », soutenant les dispositions de l’initiative citoyenne, a été adoptée à une faible majorité le 17 décembre dernier.
La rapporteure du texte, la Française Emma Fourreau (La Gauche), a publié une tribune le 6 février dans le quotidien national français Le Monde pour défendre l’initiative, soutenue par une quarantaine de personnalités françaises.
Début janvier, l’Allemande Christine Anderson (Europe des Nations souveraines) a fait valoir sur les réseaux sociaux que l’initiative ouvrirait la voie à un « tourisme de l’avortement financé par les fonds européens ».
Cette dernière escalade dans le conflit idéologique entre les forces pro-/anti-avortement intervient alors qu’environ 170 organisations de la société civile ont envoyé une lettre le 4 février à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’exhortant à donner suite à l’initiative.
« La Commission a désormais une occasion décisive de répondre à ces menaces, de prévenir les dommages et de mettre en place une solution concrète au niveau européen », ont écrit les signataires.