Au Danemark, la ligne dure sur l’immigration fragilise le parti de Mette Frederiksen à Copenhague

La Première ministre danoise, cheffe des sociaux-démocrates danois, pourrait perdre un fief historique lors des élections locales de mardi 18 novembre. Dans la capitale, une partie croissante de l’électorat rejette la politique migratoire très stricte menée par son gouvernement et se tourne vers des partis situés plus à gauche.

EURACTIV.com
Danish Prime Minister Mette Frederiksen speaks to press as
La Première ministre danoise et présidente du parti Social-démocratie (Socialdemokratiet), Mette Frederiksen. [Getty Images/Kristian Tuxen Ladegaard Berg_SOPA Images_LightRocket]

Alors que les sociaux-démocrates peinent partout en Europe, Mette Frederiksen, qui préside le parti Social-démocratie (Socialdemokratiet), fait figure d’exception parmi les rares dirigeantes socialistes encore au pouvoir dans l’UE.

Sa politique migratoire stricte — rapprochant le Danemark de la position du gouvernement italien d’extrême droite, notamment dans sa contestation du rôle de la Cour européenne des droits de l’Homme — a longtemps été présentée comme une stratégie électorale efficace. Mais à Copenhague, de nombreux électeurs s’y opposent désormais.

Virage à gauche dans la capitale

Depuis 1938 et l’instauration du système municipal actuel, la mairie de Copenhague a toujours été dirigée par un social-démocrate. Une hégémonie qui pourrait désormais être menacée.

Au niveau national, le parti reste le plus important du Danemark, avec environ 21 % des voix. Cependant, dans le dernier sondage Epinion pour le média en ligne Altinget, il n’obtient que 12 % dans la capitale. S’il s’agit d’une légère amélioration par rapport au mois dernier, cela reste un niveau historiquement bas.

Cette dynamique profite pleinement à la Gauche verte et à l’Alliance rouge-verte, affiliées respectivement aux Verts européens et à La Gauche européenne. Les deux formations caracolent en tête, au point de toucher du doigt une majorité située à la gauche des sociaux-démocrates.

« Copenhague s’est enrichie et est devenue beaucoup plus instruite, tandis que la classe ouvrière traditionnelle a largement quitté la ville », explique Martin Vinæs Larsen, chercheur en sciences électorales à l’Université d’Aarhus. « Une ligne plus stricte en matière d’immigration ne plaît pas aux électeurs des grandes villes. »

L’universitaire souligne également que les sociaux-démocrates souffrent d’une image défavorable sur le climat et qu’ils sont perçus comme hostiles aux universités — deux sujets essentiels pour l’électorat copenhaguois.

Klaus Mygind, qui préside les conseillers municipaux de la Gauche verte, insiste : « On ne gagne pas à Copenhague en mettant l’accent sur l’immigration ».

« Il n’y a pas de votes d’extrême droite à récupérer ici — c’est une mauvaise stratégie pour une ville moderne et internationale. »

Se battre pour le poste le plus élevé

Pour Klaus Mygind, les sociaux-démocrates paient aussi des années d’affaiblissement organisationnel dans la capitale et une tendance à parachuter des figures nationales aux commandes locales. Leur candidate actuelle, Pernille Rosenkrantz-Theil, ex-ministre dans les gouvernements Frederiksen, n’a d’ailleurs aucune expérience municipale.

Niels Bjerrum, conseiller social-démocrate à Copenhague, reconnaît que la base ouvrière de la ville s’est rétrécie. Il ajoute que plusieurs décisions du gouvernement, visant à transférer des compétences hors de la capitale, ont contribué à la chute du soutien local au parti.

« Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit à redire aux politiques que nous avons mises en place », soutient Niels Bjerrum. « Mais parfois, certains ont dénigré la capitale au lieu de la mettre en avant. »

La position de Mette Frederiksen sur la migration, influente au niveau international, a peu de poids dans les débats locaux.

« Nous ne discutons pas beaucoup [de la migration] », affirme Louise Theilade Thomsen, conseillère municipale de La Gauche, Parti libéral du Danemark (Venstre). « Je ne pense pas en avoir discuté lors d’un seul débat — les prix des logements, le stationnement et les transports publics sont des questions bien plus importantes. »

Les sociaux-démocrates devront probablement compter sur le soutien de Louise Theilade Thomsen et de ses collègues de droite pour conserver le pouvoir.

Klaus Mygind explique quant à lui que son parti, la Gauche verte, est prêt à gouverner : « Nous pouvons dialoguer avec la gauche et tendre la main à l’opposition, si nécessaire ».

De son côté, Louise Theilade Thomsen indique que son parti n’entamera les négociations qu’après le crutin.

La perte de Copenhague sera une « perte de prestige » pour les sociaux-démocrates, note Vinæs Larsen. Mais il pense que le parti pourrait absorber ce revers : « S’il faut choisir entre la capitale et le cœur du pays, ils choisiront le cœur du pays ».