Attaque israélienne à Rafah : la communauté internationale réagit

Mardi (7 mai) matin, les Israéliens ont pris le contrôle du seul point d’entrée pour l’aide humanitaire à Gaza, et ce en dépit des mises en garde des Européens, qui craignaient une forte augmentation des victimes et une réduction encore plus importante de l’aide à destination de l’enclave assiégée.

/ Euractiv.com
Israeli military conducts ‘targeted strikes’ on Rafah, southern Gaza
De la fumée s’élève après une frappe aérienne israélienne, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 7 mai 2024. [EPA-EFE/HAITHAM IMAD]

Mardi (7 mai) matin, les chars israéliens ont fait irruption dans Rafah, à la frontière égyptienne, et pris le contrôle du seul point d’entrée pour l’aide humanitaire à Gaza, et ce en dépit des mises en garde des Européens, qui craignaient une forte augmentation des victimes et une réduction encore plus importante de l’aide à destination de l’enclave assiégée.

Lors d’une réunion des ministres européens chargés du Développement portant sur l’aide humanitaire destinée aux Palestiniens mardi, le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, a manifesté ses inquiétudes concernant le risque accru de voir de nombreuses nouvelles victimes civiles à Rafah.

La ville de Rafah, cul-de-sac méridional de la bande de Gaza et seule ville qui n’avait jusqu’alors pas été investie par les troupes de l’État hébreu, héberge actuellement plus d’un million de civils déplacés.

« L’offensive terrestre contre Rafah a repris, malgré les appels de la communauté internationale — les États-Unis, les États membres de l’UE, tout le monde, demandant au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de ne pas attaquer Rafah », a déclaré M. Borrell aux journalistes à Bruxelles.

« Je crains que cela ne fasse à nouveau de nombreuses victimes, des victimes civiles, malgré ce qu’ils [Israël] prétendent », a-t-il ajouté, les civils devant être « repoussés vers de soi-disant « zones de sécurité » — mais il n’y a pas de zones sûres à Gaza. » 

Les Forces de défense israéliennes (FDI) ont annoncé mardi après-midi avoir lancé une « opération antiterroriste précise visant à éliminer les terroristes et les infrastructures du Hamas » après avoir pénétré dans l’est de Rafah et pris le contrôle du côté gazaoui du poste-frontière avec l’Égypte.

La prise du poste-frontière de Rafah, seul point de passage de l’aide humanitaire entre l’Égypte et Gaza, suscite des inquiétudes quant à une possible diminution encore plus importante de l’aide déjà très limitée aux habitants de Gaza.

Le commissaire européen chargé à la Gestion des crises, Janez Lenarčič, a pour sa part qualifié de « totalement inacceptable » une offensive terrestre à Rafah, soulignant qu’elle aggraverait la catastrophe.

« J’appelle Israël à ouvrir immédiatement les deux principaux points de passage vers Gaza. Aucune autre voie ne peut compenser cela », a insisté le commissaire.

Face à l’évolution de la situation, certains responsables politiques des États membres de l’UE ont eux aussi réagi.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré que « la communauté internationale ne peut pas rester passive face à cette tragédie » et qu’une offensive israélienne sur Rafah aggraverait les souffrances « déjà endurées par le peuple palestinien ».

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock a pour sa part souligné que le million de personnes présentes dans la zone ne peut pas « simplement s’évanouir dans la nature ».

« Elles ont besoin de protection. Elles ont besoin de toute urgence d’une aide humanitaire supplémentaire. Pour ce faire, les points de passage de Rafah et de Kerem Shalom doivent être rouverts immédiatement », a-t-elle ajouté.

Autres réactions

La prise partielle du point de passage de Rafah par Israël est intervenue au lendemain du rejet par Tel-Aviv de la dernière proposition de cessez-le-feu négociée par l’Égypte et le Qatar. Cette proposition prévoyait une trêve des combats de plusieurs semaines ainsi que la libération de plusieurs dizaines d’otages israéliens toujours détenus par le Hamas palestinien.

L’armée israélienne a annoncé, mercredi matin, la réouverture du poste-frontière de Kerem Shalom vers Gaza.

« Des camions en provenance d’Egypte transportant de l’aide humanitaire, notamment de la nourriture, de l’eau, du matériel pour les abris, des médicaments et du matériel médical donnés par la communauté internationale arrivent déjà au point de passage », a annoncé l’armée israélienne sur Telegram. « Après une inspection minutieuse par le personnel de sécurité, l’équipement sera transféré du côté gazaoui. »

Le Qatar, médiateur dans les négociations pour une trêve entre Israël et le Hamas, a appelé mercredi (8 mai), dans un communiqué consulté par l’AFP, « à une action internationale urgente qui permettrait d’empêcher que la ville ne soit envahie et qu’un crime de génocide ne soit commis ».

L’Égypte avait à plusieurs reprises demandé à Israël de ne pas aller de l’avant avec une attaque sur Rafah. Le ministère égyptien des Affaires étrangères estime que cela pourrait mener à « une escalade dangereuse », rapporte le Washington Post.

S’exprimant depuis le siège de l’ONU à New York, le secrétaire général de l’organisation, António Guterres, a qualifié toute « une invasion terrestre à Rafah » d’« intolérable en raison de ses conséquences humanitaires dévastatrices et de son impact déstabilisateur dans la région ».

Le ministère des Affaires étrangères russe a également commenté la situation. « Nous demandons le strict respect des dispositions du droit international humanitaire », a déclaré la porte-parole Maria Zakharova, citée par l’AFP. Elle estime que le début de l’opération militaire terrestre d’Israël à Rafah constituait un « facteur déstabilisant de plus, y compris pour la région entière ».

Mercredi, les négociations pour une trêve reprennent au Caire, « en présence de toutes les parties », a rapporté la chaîne Al-Qahera News. La capitale égyptienne accueille les délégations du Hamas et d’Israël, ainsi que du Qatar et des États-Unis, les pays qui assurent, avec l’Egypte, le rôle de médiateurs.

Les États-Unis ont par ailleurs interrompu mercredi matin une livraison de puissantes bombes à Israël, selon un responsable américain, alors que Washington fait pression sur son allié pour qu’il évite une invasion massive de la ville de Rafah et qu’il accorde plus de temps pour des négociations en vue d’un cessez-le-feu, rapporte Reuters.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]