Après trois semaines d'intrigues politiques, la nouvelle Commission sur le point d'être officiellement approuvée

Le Parlement européen devrait confirmer le nouveau collège des commissaires pour la période 2024-2029 mercredi 27 novembre, mettant fin à trois semaines d’intrigues politiques qui menaçaient l’élaboration des politiques de l’Union européenne (UE) jusqu’à l’année prochaine.

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Les élections européennes de juillet ont renforcé les partis de droite au Parlement européen, qu’il s’agisse du PPE ou de partis plus à droite. Cela signifie que, pour la première fois, le PPE — qui a longtemps été le groupe le plus important au sein de l’hémicycle — a moins besoin de compter sur la coopération des partis libéraux et de gauche pour faire passer ses politiques. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Le Parlement européen devrait confirmer le nouveau collège des commissaires pour la période 2024-2029 mercredi 27 novembre, mettant fin à trois semaines d’intrigues politiques qui menaçaient l’élaboration des politiques de l’Union européenne (UE) jusqu’à l’année prochaine.

Les 26 commissaires désignés ont déjà été approuvés individuellement par les différentes commissions du Parlement, et Ursula von der Leyen a elle aussi été confirmée dans ses fonctions de présidente de la Commission européenne au mois de juillet. Mais la réunion plénière du Parlement à Strasbourg doit encore valider l’ensemble de la Commission afin de sceller l’accord.

Une étrange querelle politique entre les groupes politiques de la droite, du centre et les sociaux-démocrates du Parlement a failli annuler l’inscription du vote à l’ordre du jour de la plénière.

Mais un accord informel conclu mercredi 20 novembre dernier entre les dirigeants du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, des Socialistes & Démocrates (S&D) de centre gauche et du groupe libéral Renew Europe a finalement permis de confirmer les sept derniers commissaires désignés, ouvrant ainsi la voie au vote de cette semaine.

Toutefois, compte tenu du fait que certaines factions de ces groupes sont opposées à l’accord — en particulier au sein du S&D — Ursula von der Leyen pourrait devoir compter sur le soutien des eurodéputés d’autres groupes, tels que le groupe de droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), afin que sa nouvelle équipe de commissaires passe la ligne d’arrivée.

Outre le vote sur la prochaine Commission, le Parlement discutera notamment du budget de l’UE pour 2025, de la guerre au Proche-Orient et en Ukraine, et de la compétitivité économique de l’Europe.

Au-delà de l’ordre du jour du Parlement, plusieurs des candidats en lice pour remplacer l’Irlandaise Emily O’Reilly au poste de médiateur européen, seront également présents à Strasbourg pour tenter d’obtenir des soutiens. Les eurodéputés auront l’occasion d’interroger officiellement les six candidats au début du mois de décembre et éliront le nouveau médiateur lors de la prochaine session plénière.

Le PPE regarde à droite

Alors que la deuxième Commission d’Ursula von der Leyen devrait être approuvée ce mercredi, certaines factions du S&D et du PPE restent inquiètes.

Les querelles ont vu sept commissaires potentiels être « pris en otage », alors que seuls trois d’entre eux étaient directement opposés par des groupes politiques.

Au cœur de la dispute se trouvait un sujet qui n’avait pas grand-chose à voir avec l’un ou l’autre des nouveaux commissaires.

Les élections européennes de juillet ont renforcé les partis de droite au Parlement européen, qu’il s’agisse du PPE ou de partis plus à droite. Cela signifie que, pour la première fois, le PPE — qui a longtemps été le groupe le plus important au sein de l’hémicycle — a moins besoin de compter sur la coopération des partis libéraux et de gauche pour valider ses politiques.

Il a désormais la possibilité de constituer des majorités de droite occasionnelles pour mener à bien un programme plus conservateur, et collaborer avec la gauche que lorsque cela s’avère opportun. En d’autres termes, le nouvel équilibre des pouvoirs rend le PPE plus puissant que jamais.

Le PPE n’a pas perdu de temps pour démontrer l’efficacité de sa nouvelle liberté, notamment en adoptant des amendements à une loi sur la déforestation contre les souhaits des groupes libéraux et de gauche.

L’accord conclu la semaine dernière, à première vue, engage le PPE à continuer à travailler avec les forces modérées.

Pour certaines délégations du S&D, ce n’est pas suffisant, même si la direction du groupe est ostensiblement d’accord. Des eurodéputés des délégations française, allemande, néerlandaise, belge et luxembourgeoise du S&D ont fait part de leur mécontentement.

Peloton d’exécution circulaire

Outre les changements d’alliances du PPE, la période précédant le vote final de mercredi a également été marquée par l’opposition à trois commissaires désignés, dont deux sont en lice pour devenir vice-présidents exécutifs de la Commission.

Alors que les dirigeants des trois grands groupes soutiennent officiellement tous les candidats, l’inquiétude persiste au sein des grandes familles politiques qu’ils dirigent.

Par exemple, les membres de la délégation espagnole du PPE — le Partido Popular conservateur — s’opposent à la nomination de Teresa Ribera, qui a été nommée à la Commission par le gouvernement socialiste espagnol.

Ursula Von der Leyen lui a confié le rôle de vice-présidente exécutive chargée de la « Transition propre, juste et compétitive », qui fait partie de l’agenda vert de l’UE.

Mais le Partido Popular a cherché à faire porter à l’Espagnole, actuellement ministre de la Transition écologique, la responsabilité de la mort de plus de 200 personnes lors des récentes inondations à Valence.

Les socialistes espagnols, quant à eux, pointent du doigt le gouvernement régional de Valence, qui est contrôlé par le Partido Popular.

La direction du PPE a abandonné son opposition à Teresa Ribera dans le cadre de l’accord de la semaine dernière, mais le contingent espagnol du groupe reste réticent à changer d’avis.

Par ailleurs, plusieurs délégations S&D s’opposent à la nomination de l’Italien Raffaele Fitto en tant que vice-président de la Commission, qui a été nommé par la Première ministre italienne Giorgia Meloni.

De nombreux députés européens considèrent Raffaele Fitto, membre du parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, comme un candidat d’extrême droite. Même si l’Italie, comme tous les États membres de l’UE, a le droit de choisir son propre candidat à la Commission, les opposants estiment que ce dernier ne devrait pas recevoir le titre de vice-président exécutif.

La gauche s’oppose également au Hongrois Olivér Várhelyi, qui a été choisi par le Premier ministre Viktor Orbán.

Contrairement à Raffaele Fitto, Olivér Várhelyi n’est pas en lice pour devenir vice-président de la Commission et est déjà un commissaire en exercice. Néanmoins, ses opposants sont désireux de minimiser ses responsabilités en tant que commissaire chargé de la Santé humaine et du Bien-être animal.

L’accord conclu la semaine dernière réduit son portefeuille en transférant certaines de ses responsabilités à Hadja Lahbib, commissaire belge désignée pour la Préparation, la Gestion des Crises et l’Egalité. Le transfert de pouvoir le plus important concerne la responsabilité de l’Autorité de préparation et de réaction aux urgences sanitaires (HERA), un organisme créé après la pandémie pour stocker des vaccins, des produits thérapeutiques et d’autres contre-mesures.

Magnus Lund Nielsen et Nicoletta Ionta ont contribué à la rédaction de cet article.