Après sa défaite au référendum, Meloni mise sur la réforme électorale
Le parti de centre-droit Forza Italia, dirigé par le vice-Premier ministre Antonio Tajani, est également sous pression
La Première ministre italienne tente de redresser la situation de son gouvernement après une défaite cuisante lors du référendum, en présentant mardi au Parlement une nouvelle réforme électorale.
Sous le choc de sa première défaite majeure depuis son arrivée au pouvoir en 2022, Giorgia Meloni espère désormais remporter une victoire grâce à ce nouveau système électoral, qui pourrait renforcer ses chances de réélection l’année prochaine.
Bien que le gouvernement de coalition dispose d’une confortable majorité au Parlement, la défaite du référendum sur la réforme de la justice la semaine dernière a sapé l’autorité de Meloni et déstabilisé ses alliés.
« Meloni est en difficulté et montre des signes indéniables de faiblesse », a affirmé à l’AFP Giovanni Orsina, politologue à l’université Luiss de Rome.
Les démissions de deux ministres n’ont pas mis fin aux spéculations sur l’avenir du gouvernement, certains commentateurs suggérant que Meloni pourrait même être contrainte de déclencher des élections anticipées, afin de tirer parti d’une gauche divisée.
Bien qu’elle ait promis à plusieurs reprises de rester en fonction jusqu’en 2027, Meloni pourrait démissionner une fois la loi électorale adoptée, déclenchant ainsi un scrutin en octobre.
Le vice-Premier ministre Matteo Salvini, chef de la Ligue d’extrême droite, a promis lundi que le gouvernement « arriverait au terme de son mandat sans aucun doute ni hésitation », bien qu’il soit affaibli par une scission au sein de son parti.
Le parti de centre-droit Forza Italia du vice-Premier ministre Antonio Tajani, fer de lance du référendum, est également sous pression.
Le bureau de Meloni a refusé de commenter.
Orsina a estimé que la démission de la Première ministre était « hautement improbable », mais a déclaré que le défi consistait désormais à mettre fin à l’« effet boule de neige » politique déclenché par la défaite.
« Un déclin potentiellement irréversible »
La Première ministre a besoin d’un nouveau projet pour galvaniser son gouvernement après cette défaite, et la réforme électorale ne coûte rien. Mais le parti d’extrême droite de Meloni, Frères d’Italie, est divisé sur l’opportunité de la faire avancer, a écrit lundi le commentateur Ilario Lombardo dans le quotidien La Stampa.
« D’un côté, ils y voient le seul moyen d’éviter un déclin potentiellement irréversible », a-t-il écrit.
« D’autre part, ils craignent que le fait d’insister sur la loi électorale ne fasse tache en cette période d’incertitude mondiale, marquée par la guerre, les prix de l’énergie exorbitants, la crise du coût de la vie et un allié à Washington sur lequel on ne peut pas compter. »
Et bien que les partis au pouvoir soient en tête dans les sondages, la loi révisée pourrait également s’avérer être un boomerang électoral.
Le système actuel est un mélange de sièges attribués selon le scrutin majoritaire à un tour et la méthode proportionnelle.
La réforme verrait l’Italie passer à un système entièrement proportionnel, avec un bonus de sièges dans les deux chambres pour la coalition qui remporte plus de 40 % des voix.
Une simulation réalisée le mois dernier par l’institut de sondage YouTrend a révélé que, dans le cadre du système italien actuel, ni le centre-droit ni le centre-gauche n’obtiendraient la majorité parlementaire lors des élections de 2027.
Dans le cadre du nouveau système, le centre-droit remporterait probablement ces sièges supplémentaires.
« Un lourd fardeau »
Mais une simulation réalisée par le sondeur Nando Pagnoncelli a montré que le centre-gauche pourrait remporter ces sièges supplémentaires si le bloc de droite perdait le parti rebelle d’extrême droite Futuro Nazionale.
Et bien que la gauche ait longtemps peiné à trouver un moyen de collaborer sur des questions clés et qu’elle ne dispose pas d’un candidat commun au poste de Premier ministre, elle a été revigorée par sa victoire au référendum.
Elle accuse Meloni d’ignorer la défaite et de se précipiter pour modifier la loi électorale dans son propre intérêt politique, plutôt que de se concentrer sur les maux du pays.
Salvatore Vassallo, professeur de sciences politiques à l’université de Bologne, a souligné que son principal problème était que sa proximité avec le président américain Donald Trump était considérée comme un handicap de plus en plus lourd, selon les sondeurs.
Cette relation « risque de devenir un lourd fardeau, à la fois en raison de l’embarras causé par les choix et les méthodes de Trump, et en raison de leur impact potentiellement dévastateur sur l’économie italienne », a-t-il déclaré à l’AFP.
(sma)