Après les auditions des commissaires, mécontentement au sein du PPE vis-à-vis de Manfred Weber

Des membres du Parti populaire européen (PPE) font état d’un mécontentement croissant à l’égard du président du groupe, Manfred Weber, l’accusant d’avoir fait passer ses intérêts avant ceux du parti et de l’UE lors de la confirmation de la socialiste espagnole Teresa Ribera.

/ EURACTIV.com
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Le parti tiendra son congrès annuel pour (ré) élire son président en avril 2025 à Valence. Plusieurs sources ont déclaré qu’elles pensaient que Manfred Weber échangeait sa bonne volonté envers les Espagnols en échange d’un soutien dans sa candidature à la direction du parti. [Eric Vidal, © European Union 2024]

Des membres du Parti populaire européen (PPE) font état d’un mécontentement croissant à l’égard du président du groupe de centre-droit, Manfred Weber. Ils lui reprochent d’avoir fait passer ses intérêts avant ceux du parti et de l’Union européenne (UE) lors de la confirmation de la commissaire socialiste espagnole Teresa Ribera.

Dans un bras de fer qui a opposé les différentes forces politiques du Parlement européen durant des semaines, le PPE — sous l’impulsion de la délégation espagnole du Partido Popular — avait menacé de rejeter l’approbation de la commissaire espagnole désignée Teresa Ribera (Socialistes et Démocrates européens, S&D). En cause, son rôle présumé dans la gestion des inondations meurtrières qui ont frappé la région de Valence.

De leur côté, les forces progressistes avaient un temps envisagé de faire barrage à la candidature de l’Italien Raffaele Fitto (Conservateurs et Réformistes européens, CRE) pour son appartenance au parti d’extrême droite Fratelli d’Italia.

Au final, le nouveau Collège des commissaires a été approuvé sans qu’aucune des deux parties ne retarde l’entrée en fonction de la Commission en mettant ses menaces à exécution.

Mais des sources du PPE ont confié à Euractiv qu’une grande partie du mouvement, au-delà de la délégation espagnole, n’est pas satisfaite de la manière dont les choses s’étaient déroulées.

« [Manfred] Weber s’est davantage soucié de sa réélection [à la tête du PPE] plutôt que du groupe lorsqu’il a retardé l’approbation de la Commission pendant une semaine », a affirmé l’une de ces sources.

La « prise d’otage » a été tout à fait « désagréable » et « peu glorieuse vis-à-vis des membres », ont ajouté d’autres sources.

Le parti tiendra son congrès annuel pour élire son président en avril 2025 à Valence. Plusieurs sources du PPE estiment que Manfred Weber aurait cherché à s’assurer le soutien de la délégation espagnole du groupe en tenant compte de son avis lors de l’approbation de Teresa Ribera.

Certains affirment que le Partido Popular — membre de l’opposition en Espagne — a fait chanter le PPE et a poursuivi des objectifs nationaux au Parlement européen.

Les auditions et leurs difficultés

Après les élections européennes de juin, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen a fait une proposition de composition pour le Collège des commissaires. Les nouveaux commissaires ont ensuite été auditionnés en novembre par le Parlement européen, qui devait les approuver.

L’audition de Teresa Ribera (Parti socialiste-ouvrier espagnol, PSOE/Socialistes et Démocrates européens/S&D) s’est transformée en un véritable bras de fer avec les partis d’opposition espagnols de droite et d’extrême droite au sujet de la réponse du gouvernement aux inondations à Valence.

Lors de cette catastrophe, Teresa Ribera était encore ministre de la Transition écologique au sein du gouvernement de Pedro Sánchez, tandis que le président de la région de Valence appartenait au Partido Popular.

Le parti espagnol a porté la question jusqu’au Parlement européen, le PPE ayant refusé d’approuver Teresa Ribera et n’ayant donné son feu vert à sa candidature qu’après son audition devant le parlement espagnol la semaine suivante, mettant en suspens l’ensemble du processus de confirmation du Collège des commissaires.

Il semblerait pourtant qu’en dehors de la délégation espagnole, peu de membres du PPE ont sérieusement contesté la candidature de Teresa Ribera.

Bien que son audition ait été largement considérée comme médiocre, et ce même par ses alliés politiques, mettre en péril la confirmation de l’approbation de l’ensemble du nouvel exécutif de l’UE s’est avéré être la goutte de trop pour plusieurs membres du PPE.

« Lorsque la question de savoir “si nous devrions la rejeter” a été posée [lors d’une des réunions du PPE], personne n’a réagi », a expliqué une autre source du groupe à Euractiv.

Cette même source a indiqué que l’approbation de Teresa Ribera était largement considérée comme faisant partie d’un accord plus large visant à confirmer tous les commissaires.

Lors des réunions du PPE concernant la confirmation du Collège, toutes les délégations, à l’exception de la délégation espagnole, semblaient favorables à cet accord, a ajouté la source du groupe.

Les capitales interviennent

Une source du PPE à Bruxelles a indiqué à Euractiv qu’après que les dirigeants de la Pologne, de la Grèce, de l’Espagne et de l’Allemagne aient conclu un accord sur top jobs de l’UE, l’approbation des futurs visages des institutions de l’UE était sur la bonne voie.

Cependant, la source a poursuivi en disant que les choses ont changé après que la présidente des Socialistes et Démocrates, Iratxe Garcia Pérez, a commencé à « harceler » Raffaele Fitto, ce qui a conduit Manfred Weber à réagir en remettant en cause la validation de Teresa Ribera.

La source a souligné que le Premier ministre polonais Donald Tusk et son homologue grec Kyriákos Mitsotákis ont exercé une forte pression sur le président du PPE pour qu’il fasse machine arrière.

De même, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a demandé à la présidente du groupe S&D de revenir sur sa demande d’empêcher Raffaele Fitto d’obtenir l’une des vice-présidences de la Commission. Comme Manfred Weber, Iratxe Garcia Pérez a finalement cédé et l’ensemble du Collège des commissaires a été approuvé à Strasbourg à la fin du mois de novembre.

L’un des porte-parole du président du PPE a critiqué les reproches faites à Manfred Weber concernant les discussions sur l’approbation des commissaires.

« C’est le commentaire préféré des rivaux de l’ombre de [Manfred] Weber au sein du PPE », a-t-il déclaré, ajoutant que les adversaires « resteront dans l’ombre parce qu’ils n’ont jamais eu le courage d’être cités ou d’exprimer leurs critiques lors des réunions ».

« La vérité est qu’en 10 ans, [Manfred] Weber s’est présenté à de nombreuses élections internes du PPE, et qu’il n’a eu qu’une seule fois une véritable concurrence. Et il a gagné », a conclu le porte-parole, faisant référence à l’élection du responsable politique en tant que candidat principal du PPE en 2019 face à l’ancien Premier ministre finlandais et actuel président Alexander Stubb.

Nikolaus J. Kurmayer et Sarantis Michalopoulos ont contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]