Après le non irlandais, les 27 plaident pour une Europe concrète
La réunion des chefs d’État et de gouvernement, qui s’est achevée vendredi 20 juin, n’a pas donné de résultats concrets sur l’avenir du traité de Lisbonne. En revanche, les États membres semblent s’être ralliés à la marotte du président français : promouvoir les avancées concrètes de l’UE afin de faire comprendre aux citoyens l’intérêt de la construction européenne.
La réunion des chefs d’État et de gouvernement, qui s’est achevée vendredi 20 juin, n’a pas donné de résultats concrets sur l’avenir du traité de Lisbonne. En revanche, les États membres semblent s’être ralliés à la marotte du président français : promouvoir les avancées concrètes de l’UE afin de faire comprendre aux citoyens l’intérêt de la construction européenne.
En attendant les propositions irlandaises sur l’avenir du traité de Lisbonne au Conseil européen des 15 et 16 octobre prochains (EURACTIV.fr 20/06/08), que va faire l’Europe? Du concret, expliquent les conclusions de la réunion des chefs d’État et de gouvernement de l’UE.
Il faut « continuer d’obtenir des résultats concrets dans les différents
domaines présentant un intérêt pour les citoyens », indiquent les réunions du Conseil. Un point de vue largement défendu par le gouvernement français depuis le non irlandais au référendum. (EURACTIV.fr 19/08/08)
A l’image du secrétaire d’État aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, qui indiquait aux sénateurs, mardi 17 juin, que dans un contexte international « difficile », la Présidence française aurait pour « unique objectif » de « faire progresser honnêtement tous les dossiers avec l’ensemble de nos partenaires pour apporter des réponses concrètes aux préoccupations de nos concitoyens, telle la hausse des matières premières et des produits alimentaires ».
Après le non irlandais, les dérogations tchèques
Après l’Irlande, c’est au tour de la République tchèque de ralentir le processus de ratification du traité. Si le Conseil européen a pris acte des 19 ratifications, il a également indiqué que celles-ci devaient se poursuivre dans les États membres qui n’ont pas encore ratifié le texte. Mais les Tchèques ont reçu l’autorisation de ratifier le traité après que leur cour constitutionnelle a rendu son avis sur le texte. C’est-à-dire pas avant début janvier 2009, date à laquelle le pays prendra la présidence de l’UE.
Comme pour justifier de la dérogation octroyée à la République tchèque, le premier ministre slovène, Janez Janza, a indiqué qu’il ne fallait pas « bousculer les étapes », et « éviter toute pression extérieure pouvant être perçue comme un empiètement de la souveraineté de chaque État et entraîner des votes négatifs ».
Si le traité de Lisbonne était entré en vigueur début 2009, comme le texte le prévoyait, la Présidence tchèque aurait vu ses pouvoirs amputés par le président du Conseil européen, qui devait être nommé pour deux ans et demi. Le pays exercera donc pleinement sa présidence.
Mis à part le paragraphe sur la mise en œuvre de politiques concrètes, les conclusions du Conseil européen ressemblent à celles du Conseil de juin 2001 qui avait suivi le non irlandais au traité de Nice.
Le non irlandais, à qui la faute?
En marge des réunions officielles, une bataille feutrée s’est déroulée entre la Commission et le président français sur le thème : la Commission est-elle responsable de l’échec irlandais? « Le débat irlandais a porté sur l’avortement, l’euthanasie, un commissaire européen ou pas, la fiscalité, l’OMC, l’agriculture, je ne peux pas ramener ça à M. Barroso », a répondu le chef de l’État français à une question sur le sujet lors d’une conférence de presse. « A un autre, mieux, M. Mandelson,(ndlr : commissaire européen au Commerce) par exemple », a ajouté Nicolas Sarkozy.
Saisissant l’occasion pour critiquer les négociations menées par le commissaire européen au Commerce, le président français a ajouté qu’ « il serait totalement invraisemblable qu’on continue à vouloir négocier un accord où nous n’avons obtenu rien sur les services, rien sur l’industrie et qui conduirait à baisser de 20% la production agricole dans un monde où il y a 800 millions de personnes qui meurent de faim ». « Si on veut accroître la crise irlandaise, il n’y a qu’à bien leur mettre une couche là-dessus et continuer sur un accord totalement déséquilibré à l’OMC », a déclaré le chef de l’État.
Des propos auxquels le principal intéressé s’est empressé de répondre, vendredi matin sur Sky News. Selon Peter Mandelson, Nicolas Sarkozy a « tactiquement et diplomatiquement choisi de me blâmer (…) » à la place du président de la Commission. « Mais mes épaules sont suffisamment larges et ma peau assez épaisse pour supporter cela », a-t-il ajouté.
Un échange pour le moins vif dans lequel le président de la Commission a soutenu son commissaire. José Manuel Barroso a en effet indiqué à l’issue du Conseil européen qu’il était très difficile de défendre les intérêts des 27 tout en faisant face aux intérêts d’autres États comme la Chine ou l’Inde. « Après le métier de président de la Commission, celui de commissaire au commerce est certainement le plus difficile », a-t-il ajouté.