Après la présidentielle, Donald Tusk demande la confiance du parlement
Suite à la victoire du conservateur Karol Nawrocki lors de l’élection présidentielle polonaise, le Premier ministre Donald Tusk a annoncé qu’il allait bientôt soumettre une motion de confiance au parlement.
Suite à la victoire du conservateur Karol Nawrocki lors de l’élection présidentielle polonaise, le Premier ministre Donald Tusk a annoncé qu’il allait bientôt soumettre une motion de confiance au parlement.
Selon les résultats officiels du scrutin de dimanche 1er juin, Karol Nawrocki (indépendant) a obtenu 50,89 % des suffrages, contre 49,11 % pour son adversaire, Rafał Trzaskowski (Coalition civique, KO). Ces résultats marquent un revers majeur pour le gouvernement centriste et pro-UE de Donald Tusk.
En Pologne, le président détient un droit de veto sur les lois, qui ne peut être outrepassé que par une majorité des trois cinquièmes au parlement.
Plusieurs réformes prévues par Donald Tusk et son gouvernement pro-UE arrivé au pouvoir en 2023 ont été bloquées par l’actuel président Andrzej Duda — ancien membre du parti nationaliste Droit et Justice (PiS) resté proche du parti.
Si la victoire de Rafał Trzaskowski aurait permis de débloquer la situation, sa défaite constitue un obstacle majeur pour Donald Tusk, dont le gouvernement ne dispose pas d’une majorité suffisante au parlement pour annuler les vetos présidentiels.
Une nouvelle présidence conservatrice empêchera le gouvernement de mettre en œuvre des promesses clés de sa campagne, notamment en matière d’avortement ou de réforme judiciaire, après les années PiS (2015–2023), qui ont détérioré les relations avec Bruxelles.
Donald Tusk a malgré tout choisi de poursuivre sa gouvernance du pays et a décidé de demander un vote de confiance au parlement. Ce dernier devrait avoir lieu la semaine prochaine, le 11 juin, selon Reuters.
Le vote de confiance « sera le premier test » de la coalition avec la nouvelle présidence, a déclaré le Premier ministre dans une allocution télévisée lundi 2 juin la soirée.
Encore plus de blocages ?
Dans les cercles gouvernementaux, l’inquiétude monte. De nombreux responsables redoutent que Karol Nawrocki — soutenu par le PiS — se montre encore plus inflexible qu’Andrej Duda. Selon les médias polonais, aucune réforme majeure ne devrait recevoir son aval.
« Nous pouvons oublier la réforme du parquet, du système judiciaire et les engagements clés que nous avons pris avant les élections de 2023. Il n’y aura pas de nominations d’ambassadeurs. Tout changement de personnel militaire devra être approuvé par [Karol] Nawrocki. Même les questions mineures pourraient se heurter à une résistance », a averti un haut responsable de la coalition.
« Le PiS a assigné un seul objectif à [Karol] Nawrocki : renverser le gouvernement Tusk. Et il s’y emploiera », explique Mirosław Oczkoś, expert en marketing politique, à Euractiv Pologne.
Pour l’instant, Donald Tusk se montre disposé à travailler avec le nouveau président. « Conformément à la Constitution et à notre conscience, nous coopérerons avec le nouveau chef de l’État chaque fois que cela sera nécessaire et possible », a-t-il assuré.
Il a reconnu qu’« il est difficile de prévoir quelle sera la position du nouveau président » et a ajouté que si Karol Nawrocki se montrait disposé à coopérer, ce serait « une surprise bienvenue ».
Dans le cas contraire, le gouvernement ira de l’avant et « agira, même avec un président qui fait obstruction à tout changement positif », a-t-il déclaré.
Des élections anticipées ?
Ces derniers jours, la victoire de Karol Nawrocki a alimenté les spéculations sur de possibles élections législatives anticipées.
Pour couper court aux rumeurs, Donald Tusk a exclu cette option dès la semaine dernière. « Il n’y aura pas d’élections législatives anticipées. Les élections auront lieu comme prévu, dans deux ans et demi », a déclaré le Premier ministre le 26 mai.
« Nous avons beaucoup de travail à accomplir et je suis convaincu que nous obtiendrons non seulement un mandat pour les deux ans et demi à venir, mais aussi pour l’ensemble du mandat de quatre ans », a-t-il ajouté.
De plus, les petits membres de la coalition — le parti centriste Pologne 2050 (Renew), le PSL (centre-droit) et la gauche — pourraient être réticents à soutenir des élections anticipées.
« Ils n’ont pas vraiment le choix : soit l’accord actuel, soit une coalition avec le PiS. Et si des élections anticipées étaient organisées, ils pourraient même ne pas franchir le seuil des 5 % », observe l’expert Mirosław Oczkoś.
Cela ne les empêchera pas pour autant d’essayer de tirer parti de la situation politique. Une réunion de crise des dirigeants de la coalition s’est d’ailleurs tenue lundi 2 juin.
« À mon avis, l’accord de coalition doit être renégocié », a estimé Szymon Hołownia, leader de Pologne 2050 et président du parlement.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]