Appel au boycott de la Coupe du monde au Qatar

EXCLUSIF / Des ONG demandent à la communauté internationale de ne pas se rendre à la Coupe du monde de 2022 au Qatar. À moins que le membre de l’OPEP ne réforme son droit du travail. 

EURACTIV.com
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EXCLUSIF / Des ONG demandent à la communauté internationale de ne pas se rendre à la Coupe du monde de 2022 au Qatar. À moins que le membre de l’OPEP ne réforme son droit du travail. 

Près de 21 millions de personnes dans le monde sont victimes de travail forcé, selon l'Organisation internationale du travail. Les résultats du Qatar dans ce domaine sont particulièrement médiocres.

 

De plus en plus d'éléments tendent à montrer que le secteur de la construction a recours au travail forcé pour la mise en place des infrastructures pour la Coupe du monde de 2022, a expliqué Aidan McQuade, le directeur d'Anti-Slavery International, à EURACTIV.

 

« Si cette situation se confirmait, je pense que ce serait une très mauvaise chose », a-t-il déclaré.

 

« Ce serait vraiment dommage et honteux si nous étions sur le point de participer à la Coupe du monde mise sur pied par le biais de l'esclavage. »

 

En avril, le Comité suprême Qatar 2022 a annoncé qu'elle avait conçu une « charte des travailleurs » afin de protéger les droits du travail. La population ou les syndicats n'ont cependant pas pu avoir accès aux détails. La Confédération syndicale internationale (CSI) s'est d'ailleurs déclarée « très déçue ».

 

« Sans de véritables protections juridiques et droits des syndicats, le nombre de morts parmi les travailleurs lors de la construction des stades de la Coupe du monde sera plus élevé que le nombre de joueurs présents », a estimé la secrétaire générale de la CSI, Sharon Burrow.

 

Selon des statistiques du gouvernement qatari, environ 1,2 million de travailleurs migrants constituaient 94 % de la main d'œuvre. Un million de nouveaux travailleurs étrangers devraient se rendre au Qatar au cours des dix prochaines années en vue de construire 12 nouveaux stades, de nouveaux réseaux de trains et de métros, des hôtels ainsi qu’une toute nouvelle ville qui pourrait héberger 200 000 personnes. Le coût total s'élèverait à plus de 75 milliards d'euros.

 

La population locale ne représente que 12 % des personnes présentes dans le pays. L'année dernière, le nombre d’habitants a augmenté de 5 % en raison de l'afflux de travailleurs étrangers dans le secteur de la construction en pleine expansion, a révélé Human Rights Watch.

 

Des sondages d'opinion réalisés pour l'université du Qatar laissent penser que seule la moitié des cols bleus étrangers avaient signé un contrat avant d'arriver dans le pays. Un quart des ouvriers en possession d'un contrat de travail n'ont pas reçu leurs salaires.

 

Sur le plan légal, les employeurs doivent fournir un emploi, un permis de travail, un logement et souvent de la nourriture aux travailleurs. Ces derniers ne peuvent pas changer d'emploi, quitter le pays, louer une maison ou ouvrir un compte bancaire sans l'accord de l'employeur.

 

 

Formes modernes d'esclavage

 

Ces conditions pourraient facilement correspondre à la définition de « nouvelles formes d'esclavage » de l'Unesco, surtout quand il s’agit de travailleurs domestiques. Bon nombre d'entre eux ont été dupés par des trafiquants d'êtres humains de pays asiatiques, comme le Bangladesh, l'Inde et le Népal.

 

« Il y a 200 ans, les gens utilisaient le fouet pour retenir les esclaves. À l'heure actuelle, ils confisquent leurs documents d'identité », a affirmé M. McQuade.

 

Anti-Slavery International propose une méthode à plusieurs facettes pour gérer ce problème :

 

  • un nouveau système de l’ONU pour identifier et mesurer la quantité de travailleurs forcés dans différents pays ;
  • la dénonciation des plus mauvais élèves ;
  • un enseignement ciblé sur les personnes les plus vulnérables aux trafiquants d'êtres humains, surtout les femmes asiatiques et les enfants africains ;
  • des avancées en matière de l'État de droit en Asie du Sud-Est ;
  • l'intégration de la question dans les règles européennes.

Thème marginal

 

« L'esclavage est resté un thème marginal dans le domaine de l'aide, du commerce et de la diplomatie pendant des siècles et a donc pu prospérer dans de nombreuses régions du monde, que ce soit dans les pays pauvres ou riches », a constaté le président d'Anti-Slavery International.

 

« L'esclavage n'a pas été abordé dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement pour l'après-2015, c'est pour dire à quel point ce sujet n'est pas pris en compte par les décideurs politiques les plus influents », a-t-il ajouté.

 

Les défenseurs des droits de l'Homme dénoncent le fait que l'UE octroie toujours des conditions commerciales privilégiées à l'Ouzbékistan en dépits d’appels au boycott du coton dans l'État en raison de l'exploitation d'un million de travailleurs forcés.

 

Alors que l'Europe s'est engagée dans le printemps arabe, elle reste indifférente envers le travail forcé au Moyen-Orient. James Lynch, porte-parole d'Amnesty International, a trouvé une raison à cette différence d'approches.

 

« C'est bizarre que des pays occidentaux qui favorisent le commerce dans le Golfe évoquent le droit des travailleurs migrants alors qu’ils pourraient être employés par des Occidentaux. Il faut en parler », a-t-il confié à EURACTIV.