Anne Laperrouze : «Il faut un système commun de surveillance des réseaux»
Anne Laperrouze, eurodéputée (MoDem) et rapporteur de la deuxième analyse stratégique de l’UE sur l’énergie, revient, pour EURACTIV.fr, sur les enjeux de l’ouverture d’un centre commun de coordination technique entre RTE et son homologue belge Elia. Et fait le point sur les négociations en trilogue sur le troisième paquet énergie.
Anne Laperrouze, eurodéputée (MoDem) et rapporteur de la deuxième analyse stratégique de l’UE sur l’énergie, revient, pour EURACTIV.fr, sur les enjeux de l’ouverture d’un centre commun de coordination technique entre RTE et son homologue belge Elia. Et fait le point sur les négociations en trilogue sur le troisième paquet énergie.
En quoi le centre commun de coordination technique, Coreso, créé par le gestionnaire de réseau de transport français d’électricité, RTE et son homologue belge Elia, participe-t-il à la création d’une Europe de l’énergie?
L’intérêt de ce projet est qu’il fait émerger un marché régional entre la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Allemagne. Avoir un système de surveillance des différents réseaux de chaque secteur géographique est important.
Quoiqu’il en soit, Coreso va contribuer à prévoir la charge des réseaux à J-1, et aider à éviter les black-outs.
Ce centre est né de l’association de deux gestionnaires de réseaux de transport (GRT). Le fait de ne commencer qu’à deux n’est-il pas le signe qu’il est très difficile de s’organiser à plus nombreux?
Non. Au contraire. Ce système va faciliter les échanges d’informations. Et les Anglais et les Allemands ont également annoncé leur intention d’y entrer.
Par ailleurs, beaucoup craignent qu’il y ait une discrimination d’accès aux réseaux pour les énergies renouvelables. Or, ce système va permettre de les y intégrer de manière plus programmée et plus précise.
Dans l’esprit de RTE et d’Elia, ce centre est mis en place en prévision du troisième paquet sur la libéralisation du marché énergétique…
Oui. Cet exemple précis contredit des critiques traditionnelles à l’encontre des gestionnaires de réseaux intégrés à des opérateurs historiques, comme c’est le cas pour RTE avec EDF. Or, le fait que RTE ait ouvert ce centre montre bien que ce GRT est vraiment déjà indépendant et ne favorise pas un producteur particulier.
L’insuffisante indépendance d’un GRT vis-à-vis d’un opérateur historique est un présupposé que beaucoup, à la Commission et au Parlement, ont en tête. C’est d’ailleurs pour cela que les députés européens ont voté pour la séparation patrimoniale. Mais je trouve que ce n’est pas une façon logique d’appréhender la situation.
La mise en place de Coreso va-t-elle vous aider dans les négociations qui ont lieu en ce moment, en trilogue, au sujet du troisième paquet?
Oui, car cela montre que les GRT savent s’associer. De toutes les façons, ils ont déjà anticipé le paquet avec la mise en place récente d’un groupe de gestionnaires de réseaux européens, ENTSO-E. Ils doivent notamment travailler ensemble sur des aspects techniques.
La négociation est-elle difficile en ce moment?
Il y a cinq textes à examiner. C’est un dossier complexe qui mèle tout à la fois des aspects commerciaux et financiers, mais aussi des contraintes techniques. Les négociations avancent avance petit à petit. Hier [mercredi 18 février], en trilogue, nous avons par exemple progressé sur le rôle des régulateurs. Globalement, nous sommes parvenus à confirmer le renforcement du rôle du régulateur, ainsi que son indépendance.
En revanche, nous avons buté sur la question du financement des régulateurs nationaux. Nous demandons qu’ils gèrent leur budget de manière indépendante, en étant financés par le marché. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas puisque les régulateurs sont financés par les États membres.
Concernant la «pauvreté énergétique», le compromis n’est pas tout à fait finalisé. Et surtout, nous n’avons pas encore vraiment abordé la question de la séparation patrimoniale, sur laquelle nous devrons nous pencher rapidement. La prochaine réunion a lieu le 3 ou le 4 mars.
Quelles conclusions tirez-vous du Conseil énergie, qui a eu lieu le 19 février à Bruxelles, et qui a examiné la deuxième analyse stratégique de l’énergie, pour laquelle vous étiez rapporteur au Parlement?
Visiblement, les ministres européens de l’Energie ont repris les recommandations du Parlement, qui préconisaient le renforcement de la sécurité d’approvisionnement, ainsi que des plans d’actions sur les énergies fossiles, afin de mener à bien les négociations avec les pays tiers, dont la Russie. Si ces plans sont réellement appliqués, la politique de l’énergie en Europe aura vraiment fait un grand pas.
Par ailleurs, nous avions demandé que l’objectif d’amélioration de 20% de l’efficacité énergétique, qui figure dans le paquet énergie-climat, devienne contraignant. Or sur cette question, le Conseil n’est toujours pas clair…
Même si nous venons de déposer des amendements pour renforcer l’aspect contraignant de la proposition de la Commission européenne. J’espère que les États nous suivront. C’est notamment important dans le cadre des plans de relance nationaux, car très porteur d’emplois.