Angela Merkel : L'Europe traverse sa pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale
La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré hier (14 novembre) que l'Europe pourrait vivre ses heures les plus difficiles depuis la Seconde Guerre mondiale, alors que les nouveaux dirigeants italien et grec s'attèlent à la formation d'un gouvernement et tentent de limiter les dégâts causés par la crise de la dette dans la zone euro.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré hier (14 novembre) que l'Europe pourrait vivre ses heures les plus difficiles depuis la Seconde Guerre mondiale, alors que les nouveaux dirigeants italien et grec s'attèlent à la formation d'un gouvernement et tentent de limiter les dégâts causés par la crise de la dette dans la zone euro.
Mme Merkel a mis en exergue la situation de la zone euro pour tenter de rallier au gouvernement son parti conservateur, lors d'un congrès qui s'est déroulé à Leipzig.
« L’Europe traverse l'une de ses pires crises, peut-être la pire, depuis la Seconde Guerre mondiale », a-t-elle déclaré devant le Parti chrétien-démocrate (CDU), affirmant ensuite que l'échec de l'euro signifierait l'échec de l'Europe. Elle s'est engagée à tout faire pour éviter cette situation.
Dans ce discours d'une heure, la chancelière a appelé à une union politique européenne renforcée, mais elle n'a proposé aucune nouvelle solution à la crise qui s'est soldée par le sauvetage de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal et suscite des craintes quant à la survie des 17 Etats de la zone euro.
Les gouvernements de l'Union européenne ont jusqu'au sommet du 9 décembre pour définir les grandes lignes d'une stratégie plus audacieuse et plus convaincante incluant un système de soutien financier important et transparent.
Les perspectives restent toutefois incertaines, car le gouvernement allemand, la Bundesbank et certains partisans de la ligne dure au sein de la Banque centrale européenne (BCE) ont bloqué des options politiques clés. Il s'agit notamment des projets d'émettre des obligations communes à la zone euro, de mutualiser les dettes, d'autoriser la BCE à émettre de l'argent pour lutter contre la crise, ou de lui attribuer un rôle de prêteur de dernier recours de façon directe ou via le Fonds de sauvetage de la zone euro.
Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré à Reuters que l'Allemagne souhaitait voir l'Europe proposer des modifications du traité de Lisbonne d'ici la fin 2012, afin d'établir les fondements de l'élaboration d'un politique budgétaire commune au sein de la zone euro.
Il a reconnu que certains pays non membres de la zone pourraient s'opposer à cette idée, mais qu'ils ne devraient pas empêcher les 17 pays membres d'aller de l'avant.
« Le plus important est de trouver un accord rapide sur les fondements d'une union budgétaire », a-t-il affirmé.
Drame à l'italienne
Lors de ce weekend riche en émotions, le président italien a demandé à Mario Monti, un ancien commissaire européen, de former un gouvernement pour rétablir la confiance des marchés en une économie dont la dette est bien trop élevée être sauvée par la zone euro.
Les Italiens ont célébré la démission du milliardaire Silvio Berlusconi qui a été au cœur de multiples scandales, avec des bouteilles de Champagne, des danses, des chants, et un orchestre improvisé a joué le chœur Hallelujah du Messie de Handel près du palais présidentiel.
La BCE a à plusieurs reprises acheté des obligations des gouvernements de la zone euro en difficulté, dans le but de stabiliser les marchés. Les chiffres publiés lundi ont cependant démontré que la Banque avait réduit de moitié ses achats d'obligations hebdomadaires lorsque la crise du gouvernement italien a atteint des sommets la semaine dernière, laissant entendre qu'elle ne soutiendrait plus M. Berlusconi.
Après une semaine tumultueuse et alors que les coûts d'emprunt de l'Italie ont atteint des niveaux similaires à ceux qui avaient forcé l'Irlande et la Grèce à faire appel à un sauvetage international, les marchés ont eu une réaction positive lundi. Le cours des bourses et des marchés obligataires a remonté.
Mais comme pour prouver la fragilité de cette confiance retrouvée, la tendance s'est renversée après l'émission d'obligations italiennes et la publication de chiffres indiquant une chute de 2 % de la production industrielle dans la zone euro en septembre, faisant peser la menace d'une récession.
M. Monti a mené des discussions avec les partis politiques lundi, avant de convoquer séparément les syndicats et les employeurs mardi, dans le but de former un gouvernement vraisemblablement restreint composé d'experts extérieurs au parlement.
Il a pris ses fonctions après le weekend tumultueux qui a vu le parlement italien adopter le paquet de réformes économiques proposé par les dirigeants européens, ouvrant la voie à la démission de M. Berlusconi.
« M. Monti a parlé d'un programme important qui demanderait de nombreux sacrifices », a affirmé un législateur de l'un des nombreux groupuscules parlementaires impliqués dans les négociations, Francesco Nucara, à l'issue de sa réunion avec le premier ministre désigné.
Lors d'une conférence de presse, M. Monti a insisté sur la nécessité que les partis politiques comprennent l'ampleur de la crise, et sur le fait qu'il souhaitait rester en poste jusqu'aux prochaines élections prévues en 2013, et non pas uniquement pendant la mise en oeuvre des réformes.
« Pas de solution miracle »
Les marchés boursiers mondiaux et l'euro ont baissé en raison d'un manque de confiance en la capacité des nouveaux dirigeants italien et grec à prendre des mesures difficiles mais nécessaires pour résoudre la crise de la dette.
Mark McCormick, spécialiste monétaire chez Brown Brothers Harriman à New York, a qualifié la formation des gouvernements d'unité nationale italien et grec de « réponse politique nécessaire pour éviter l'effondrement », mais il a ajouté qu'il n'existait sans doute pas de solution miracle.
Bien que les problèmes de l'Italie et le départ longtemps attendu de son extravagant premier ministre aient éclipsé de la scène médiatique la chute de l'économie grecque, bien plus modeste, le FMI et les dirigeants européens comptent sur M. Papademos pour mettre en oeuvre les réformes radicales qui devraient permettre au pays d'éviter la faillite.
M. Papademos est le successeur de George Papandreou, dont la proposition d'organiser un référendum sur le sauvetage du pays a poussé les dirigeants européens à intensifier la menace d'une sortie de la Grèce de la zone euro.
Le nouveau premier ministre, qui a supervisé l'entrée de la Grèce dans la zone euro en 2002, doit remporter un vote de confiance avant la réunion des ministres de la zone euro à Bruxelles jeudi prochain.
Au début du débat qui a eu lieu en amont du vote devant ou non lui accorder la confiance du parlement, il a déclaré à l'assemblée que les politiques nécessaires pour assurer le versement de l'aide internationale avaient aggravé la récession, mais que la Grèce n'avait pas d'autre choix que de rester dans la zone euro.
Les réformes, y compris l'élargissement de la base d'imposition et la lutte contre la fraude fiscale latente, pourraient atténuer le problème, a-t-il déclaré.
L'ampleur de la tâche herculéenne qui lui incombe a été illustrée par le refus du dirigeant du parti Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, de voter en faveur des mesures d'austérité. La décision prise avec les créditeurs étrangers de réduire les dépenses et d'augmenter les impôts devrait être revue en faveur de la croissance économique.
« Je soutiens l'objectif de réduction des dépenses du gouvernement […] afin de réduire la dette, d'éradiquer le déficit, et d'engager des changements structurels. Je n'approuve pas les mesures qui nuisent à la croissance », a-t-il déclaré aux députés du parti.
Les inspecteurs des créditeurs internationaux de la Grèce, la « troïka », devaient rencontrer le gouvernement de M. Papademos à l'issue du vote de confiance, mais il n'est à présent pas certain que cette rencontre ait lieu.