Pour le commissaire à la santé, le dossier glyphosate est clos
Vivement critiqué par les socialistes européens sur la réautorisation du glyphosate, Vytenis Andriukaitis estime que les opinions politiques ne peuvent pas l’emporter sur le quasi-consensus scientifique.
Vivement critiqué par les socialistes européens sur la réautorisation du glyphosate, Vytenis Andriukaitis estime que les opinions politiques ne peuvent pas l’emporter sur le quasi-consensus scientifique.
Le 14 mai, la Commission européenne a décidé de rouvrir le débat sur le renouvèlement de l’autorisation de vente du glyphosate avec les États membres, en proposant un renouvèlement de dix ans.
La question des glyphosate n’est pas un « dossier de routine », a indiqué Anca Paduraru, porte-parole de l’exécutif sur les questions de santé, et cette proposition constitue donc un « point de départ » pour les discussions. La question de la durée du renouvèlement, par exemple, repose en réalité entre les mains du Conseil.
La proposition n’a pas tardé à déclencher des réactions des eurodéputés socialistes, qui trouvent que la Commission n’agit pas de manière transparente.
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Le 15 mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a conclu que les preuves scientifiques existantes ne permettaient pas de conclura au caractère cancérigène, mutagène ou dangereux pour la reproduction du pesticide. L’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, était déjà parvenue à la même conclusion.
Les instances de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont quant à elles divisées. En 2016, l’OMS a jugé que le glyphosate ne « posait probablement pas de risque cancérigène pour les humains exposés via leur nourriture », alors que son Centre international de recherche sur le cancer (IARC) avait évalué la substance comme « probablement cancérigène » l’année précédente.
Transparence des recherches
Le groupe des Socialistes & Démocrates (S&D) du Parlement européen a publié un communiqué très critique sur la décision de la Commission, condamnant la réautorisation de vente du glyphosate pour dix ans. Son communiqué de presse dénonce le manque de transparence flagrant du processus de classification des produits chimiques.
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« La classification du glyphosate, substance herbicide active la plus utilisée au monde, est largement fondée sur des preuves scientifiques non publiées, fournies par l’industrie ou par des revues supposément indépendantes, mais financées par l’industrie », soulignent les socialistes.
Eric Andrieu, porte-parole du groupe sur les questions agricoles, estime que la Commission doit revoir le dossier. « Si nous devons tenir compte des intérêts de l’agriculture, les révélations apportées par le scandale Monsanto et les contentieux en cours aux États-Unis changent la situation en ce qui concerne le glyphosate. Or, il faut éclaircir tout ceci avant qu’il puisse être question d’un renouvellement de l’autorisation de ce produit potentiellement carcinogène, susceptible d’affecter plus de 500 millions d’Européens », insiste-t-il.
Une opinion partagée par l’eurodéputé Verts Bart Staes, qui estime que l’EFSA doit absolument rendre ses recherches publiques, afin qu’elles puissent être examinées par tous.
« 182 études ont été utilisées pour convaincre le public que le glyphosate ne cause pas de cancer », explique-t-il. « Mais 82 de ces études ne sont pas disponibles au public et sont protégées par des entreprises et l’EFSA. Il s’agit de recherches menées par l’industrie elle-même sur la base de tests en laboratoires. »
Étant donné des conclusions scientifiques contradictoires sur le sujet, Eric Andrieu indique que le groupe S&D n’approuve pas la décision de la Commission, qui « témoigne d’un manque total de respect des initiatives citoyennes européennes », instrument pourtant instauré pour renforcer la confiance des Européens dans leurs institutions. Une initiative citoyenne exigeant l’interdiction du glyphosate a en effet récolté par moins de 750 000 signatures.
Le S&D compte donc tenter de convaincre l’exécutif européen d’organiser une évaluation plus transparente. « Si la Commission européenne ne nous donne pas une réponse satisfaisante, les Socialistes & Démocrates demanderont la création d’une commission d’enquête parlementaire ou d’une commission spéciale », a annoncé Kathleen Van Brempt.
Où s’arrête la science et commence la politique ?
Contacté par Euractiv, Vytenis Andriukaitis, commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire, a souligné que la politique ne devrait pas dépasser la science. « Je dois être humble, je ne suis pas un spécialiste scientifique, mais il me semble que les opinions politiques ne peuvent pas peser plus lourdement que les opinions scientifiques largement partagées» , a-t-il déclaré.
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« En tant que docteur, je m’appuie sur la science. Je continuerai donc à fonder mes décisions sur la science et l’État de droit », a-t-il conclu.