« Amenez-moi devant la Cour de justice de l'UE » : Kövesi défend ses « excellents procureurs »

La procureure générale européenne s'est heurtée à un climat hostile en Grèce, les responsables gouvernementaux ayant été scandalisés par les enquêtes menées sur des affaires de corruption

EURACTIV.com
La procureure générale européenne Laura Kövesi s'exprimant lors du Forum économique de Delphes, en Grèce.

GRÈCE, Delphes – Toute contestation par le gouvernement grec de la nomination de procureurs locaux doit d’abord être portée devant la Cour de justice de l’Union européenne, a averti Laura Kövesi, procureure générale européenne, à l’adresse d’Athènes.

S’exprimant jeudi, Kövesi a averti le gouvernement grec qu’il n’avait pas le pouvoir de contester sa décision de renouveler les mandats de ses procureurs locaux, qui ont mis en examen de hauts responsables gouvernementaux dans le cadre d’une série de scandales liés aux subventions de l’UE.

Kövesi a défendu ces « excellents procureurs » lors d’une intervention au Forum économique de Delphes, en Grèce. Elle a indiqué que le gouvernement grec devrait porter tout désaccord devant la Cour de justice de l’Union européenne à Luxembourg. « C’est la Cour qui nous dira qui a raison dans cette affaire. »

Kövesi a été confrontée à un climat hostile en Grèce après avoir essuyé les critiques de responsables gouvernementaux au sujet d’affaires de corruption actuellement sous enquête. Des responsables politiques du parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, l’ont publiquement accusée de se livrer à des manœuvres politiques, tandis qu’elle a reçu un soutien massif de la part du pouvoir judiciaire du pays.

Deux affaires de corruption majeures traitées par Kövesi ont ébranlé la scène politique grecque.

Mercredi, l’immunité parlementaire a été levée pour 13 députés de Nouvelle Démocratie à la demande du Parquet européen (EPPO), dans le cadre d’une enquête sur un scandale de subventions agricoles lié à l’OPEKEPE – l’agence nationale chargée de la distribution des fonds agricoles de l’UE.

Par ailleurs, une autre affaire concernant un accident ferroviaire survenu à Tempi, qui a coûté la vie à 57 personnes, est en cours. Cet accident a été mis en relation avec la non-application d’un contrat de sécurité ferroviaire financé par l’UE. Dans cette affaire, Kövesi a critiqué Athènes, soulignant que les ministres qui seraient impliqués ne peuvent être poursuivis en raison de protections constitutionnelles.

Saisir la Cour de justice de l’UE 

Un nouveau différend institutionnel a désormais surgi concernant le renouvellement des mandats des procureurs délégués européens de Grèce.

« Qui a intérêt à ce que le mandat des procureurs qui ont travaillé sur l’affaire Tempi et l’OPEKEPE ne soit pas renouvelé ? », a demandé Kövesi.

Le Parquet européen a décidé de prolonger les mandats de ses procureurs grecs. Cependant, le gouvernement fait valoir qu’en vertu de la Constitution grecque, une telle décision nécessite l’approbation de la Cour suprême, dont les postes de direction sont pourvus par le gouvernement.

« Les politiciens veulent détourner l’attention »

Kövesi a également souligné la charge de travail importante du bureau du Parquet européen à Athènes, qui fonctionne avec des ressources limitées. Bien qu’elle n’ait pas confirmé si d’autres affaires de corruption étaient imminentes, elle a laissé entendre qu’il fallait s’attendre à de nouvelles procédures judiciaires liées au scandale des subventions agricoles.

Les médias locaux ont également rapporté que d’autres affaires de fraude présumée liées au Fonds de relance de l’UE font actuellement l’objet d’une enquête.

Répondant aux critiques formulées à son encontre par des responsables politiques grecs, Kövesi a « catégoriquement nié » toute malversation et a laissé entendre que certains tentaient de détourner l’attention du public des scandales en minimisant leur propre implication.

« Personne au monde ne me convaincra que la corruption, l’abus de pouvoir, la fraude ou le trafic d’influence font partie des attributions des politiciens – en Grèce ou ailleurs dans l’UE. »

(bw, ow)