Allemagne : les solutions face à la crise budgétaire se heurtent aux critiques
Le gouvernement allemand a été fortement critiqué pour avoir annoncé un mélange de coupes budgétaires et hausses d’impôts afin de combler un trou des finances publiques de quelque 60 milliards d’euros.
Le gouvernement allemand a été fortement critiqué pour avoir annoncé un mélange de coupes budgétaires et hausses d’impôts afin de combler un trou des finances publiques de quelque 60 milliards d’euros.
Le chancelier social-démocrate Olaf Scholz, le vice-chancelier vert Robert Habeck et le ministre des Finances libéral Christian Lindner ont annoncé mercredi (13 décembre) des coupes budgétaires d’un montant total de 45 milliards d’euros afin de financer un trou budgétaire d’environ 60 milliards d’euros.
Mi-novembre, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a jugé inconstitutionnelle la décision prise par le parlement en 2022 de réaffecter 60 milliards d’euros provenant de la dette non utilisée contractée lors de la crise de la Covid en 2021 à un nouveau fonds pour le climat et la transformation de l’économie.
Comme une partie de cette somme sera remplacée par de l’argent provenant du budget ordinaire, il faut en outre trouver 17 milliards d’euros pour rééquilibrer ce budget ordinaire pour l’année 2024. Le gouvernement veut mettre sur pied un certain nombre de réductions de dépenses publiques et l’augmentation des taxes sur l’énergie.
« L’accord du gouvernement fédéral sur le budget 2024 est un compromis bancal par le biais duquel le gouvernement fédéral ne fait que reporter les problèmes à plus tard », a déclaré Marcel Fratscher, directeur de l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW), dans un communiqué.
« L’accord signifie que l’État manquera en permanence de 60 milliards d’euros pour la protection du climat et la transition écologique », a-t-il ajouté.
Dans le cadre de l’accord, les chefs du gouvernement de coalition ont accepté d’augmenter le prix du carbone pour le chauffage et les carburants routiers de 30 euros à 45 euros par tonne de CO2 en 2024, ce qui augmentera les prix de l’essence et du diesel de 4 à 5 centimes par litre, selon le club automobile allemand ADAC.
« L’augmentation plus rapide du prix du CO2 se fera aux dépens des citoyens », a déclaré M. Fratscher.
« En contrepartie, le gouvernement allemand est toujours redevable de la prime climatique, avec laquelle le prix du CO2 doit être reversé aux citoyens », a-t-il ajouté.
Les prix de l’électricité augmenteront également d’environ 3 centimes par kilowattheure (kWh) à la suite de l’accord, étant donné qu’une subvention prévue pour soulager les clients des coûts du réseau ne sera plus financée.
L’association industrielle allemande BDI a critiqué l’augmentation des prix de l’électricité, déclarant que celle-ci « n’aide absolument pas la compétitivité mondiale [de l’Allemagne], mais au contraire la rend encore plus difficile ».
« L’énergie deviendra plus chère pour nous tous », a déclaré Siegfried Russwurm, président de la BDI, ajoutant que cela touchera les consommateurs privés comme les entreprises.
« La coalition en feu tricolore laissera derrière elle un désastre économique et social », a écrit Dennis Radtke, eurodéputé du parti d’opposition conservateur l’Union chrétienne-démocrate (Parti Populaire Européen/PPE), sur X.
L’accord comprend également une réduction des rabais fiscaux sur le diesel agricole et les véhicules, ce qui a suscité de vives critiques au sein même du gouvernement.
« J’ai toujours mis en garde contre un fardeau disproportionné pour notre agriculture. Si la subvention sur le diesel agricole et le crédit d’impôt sur les véhicules à moteur sont retirés, je crains le pire », a déclaré le ministre de l’Agriculture, Cem Özdemir, dans un communiqué.