Allemagne : l’énième flottement d’Olaf Scholz sur le dossier ukrainien

Les dernières tergiversations du chancelier allemand Olaf Scholz sur les fonds promis à l’Ukraine soulignent l’indécision qui a caractérisé son gouvernement dans la gestion de la guerre en Ukraine et du réarmement de l’Allemagne depuis presque trois ans.

/ EURACTIV.com
Scholz Campaigns In North Rhine-Westphalia
Le chancelier allemand et membre des sociaux-démocrates allemands (SPD) Olaf Scholz s'adresse aux médias lors d'une étape de la campagne électorale du SPD le 13 janvier 2025 à Lünen, en Allemagne. [Sascha Schuermann/Getty Images]

BERLIN — Les dernières tergiversations du chancelier allemand Olaf Scholz sur les fonds promis à l’Ukraine soulignent l’indécision qui a caractérisé son gouvernement dans la gestion de l’Ukraine et du réarmement de l’Allemagne depuis que la Russie a commencé son invasion totale il y a maintenant presque trois ans.

Le 13 janvier, Olaf Scholz a renoncé à son projet d’augmenter de 3 milliards d’euros le budget de l’aide militaire allemande à l’Ukraine, qui s’élève à 4 milliards d’euros.

« J’avais suggéré d’étendre [l’aide à l’Ukraine] à un moment donné, mais si vous le faites, vous devez également indiquer d’où vient l’argent », a déclaré le chancelier allemand lors d’un événement à Bielefeld, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie.

« Je suis contre l’idée de prélever de l’argent sur les retraites. Je m’oppose à ce que nous fassions cela en réduisant les dépenses des municipalités. Je suis contre le fait d’investir moins d’argent dans les routes », a-t-il expliqué.

Ce n’est pas la première fois que le chancelier change de discours. En novembre, il a limogé son ministre des Finances, Christian Lindner, en partie parce que ce dernier s’opposait à son projet de financer le complément d’aide militaire par des emprunts supplémentaires.

La décision de renvoyer Christian Lindner a finalement sabordé la coalition gouvernementale déjà en difficulté, composée du Parti social-démocrate (SDP) de centre gauche d’Olaf Scholz, du Parti libéral-démocrate (FDP) et conservateur sur le plan fiscal de Christian Lindner, ainsi que des Verts.

Le pays organisera donc des élections fédérales le 23 février, et l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de centre droit se tient prête à détrôner le SPD et les Verts.

Pourtant, après avoir joué son avenir politique sur la question, Olaf Scholz n’est même pas sûr de vouloir dépenser l’argent.

Extorsion

Christian Lindner avait déjà qualifié la « manœuvre » d’Olaf Scholz sur le rehaussement du plafond de la dette d’« extorsion de fonds ». Le fait qu’il retarde maintenant l’aide montre que l’Ukraine ne fait pas partie des priorités du chancelier, selon le président du FDP.

Les Verts ne sont pas satisfaits non plus. « La raison pour laquelle la chancellerie a complètement changé d’avis et ne voit soudainement plus la nécessité [d’augmenter l’aide à l’Ukraine] dépasse l’entendement de toute personne raisonnable », a réagi Agnieskza Burgger, députée des Verts.

Cela fait presque trois ans qu’Olaf Scholz promet de donner un coup de fouet aux forces de défense atrophiées de son pays, tout en fournissant une aide militaire substantielle à la guerre de défense menée par l’Ukraine contre l’invasion russe.

En effet, la guerre en Ukraine a transformé la politique de sécurité pacifiste de l’Allemagne — un virage politique historique baptisé « Zeitenwende » (« tournant ») par Olaf Scholz, qui a donné lieu à un fonds d’investissement public pour la défense d’une valeur de 100 milliards d’euros, que le frein à l’endettement inscrit dans sa constitution a rendu difficile sur la durée.

Le réarmement allemand, qui a donc débuté avec un fonds de 100 milliards d’euros, s’est tellement étiolé qu’il faudrait au pays jusqu’à un siècle pour reconstituer les stocks militaires qu’il possédait il y a 20 ans, selon le think tank Kiel Institute.

Entre-temps, le gouvernement tergiverse sur la question de l’envoi de casques aux forces armées ukrainiennes, craignant que cela aille trop loin.

Sahra Wagenknecht fait pression

L’une des raisons de l’hésitation d’Olaf Scholz pourrait être la pression électorale exercée dans l’est de l’Allemagne par l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), un nouveau parti nationaliste populiste de gauche qui pourrait récupérer les voix des partisans traditionnels du SPD, méfiants à l’égard du réarmement allemand.

Sahra Wagenknecht, fondatrice charismatique du parti, a rompu avec le parti de gauche Die Linke en raison de son approche du laissez-faire en matière d’immigration. Elle a grandi dans la République démocratique allemande (RDA) communiste et parle avec nostalgie de l’ancien régime est-allemand.

De même, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) risque de perdre des voix au profit de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti d’extrême droite qui souhaite des relations plus amicales avec la Russie, notamment le rétablissement du gazoduc controversé Nord Stream qui approvisionnait jusqu’à récemment l’Allemagne en gaz russe.

Les sondages placent actuellement l’AfD en deuxième position, derrière la CDU.

Pas de blocage, promet Boris Pistorius

Pour l’instant, l’Allemagne reste le plus grand soutien militaire de l’Ukraine en Europe, mais le fait qu’Olaf Scholz oscille entre un soutien sans faille et un refus de répondre aux demandes de Kiev a souvent déçu son alliée.

« Toute contribution supplémentaire serait la bienvenue », a déclaré lundi le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, à la chaîne publique allemande ARD.

La pression que la Russie exerce sur l’Ukraine par des attaques quotidiennes, avec des centaines de drones et des dizaines de missiles, est intense. Selon Andriy Sybiha, les fonds supplémentaires pourraient être utilisés pour « créer un parapluie de défense aérienne au-dessus de l’Ukraine ».

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, qui est arrivé à Kiev mardi pour des entretiens, s’est empressé de défendre le chancelier allemand. Il n’y a pas de blocage, mais simplement une « décision politique » à prendre, a-t-il affirmé.

« Nous avons préparé un nouveau programme d’aide à l’Ukraine au sein du ministère de la Défense », a-t-il annoncé. « Dès que toutes les questions auront été clarifiées, je m’attends à ce qu’une décision correspondante soit prise. »

[Édité par Anna Martino]