Allemagne : le dernier producteur de panneaux solaires du pays veut se délocaliser
Meyer Burger, le dernier fabricant de modules photovoltaïques en Allemagne, a annoncé son intention de se délocaliser aux États-Unis, alimentant ainsi le débat politique sur le soutien public à long terme pour assurer la survie de l’industrie européenne.
Meyer Burger, le dernier fabricant de modules photovoltaïques en Allemagne, l’un des derniers d’Europe, a annoncé son intention de se délocaliser aux États-Unis, alimentant ainsi le débat politique sur le soutien public à long terme pour assurer la survie de l’industrie européenne.
Les projets du ministre de l’Économie et du Climat Robert Habeck visant à inciter les fabricants de modules photovoltaïques à revenir sur le sol allemand en leur offrant de généreuses subventions publiques est dans l’impasse.
Au sein de la coalition gouvernementale déjà fracturée, le Parti-libéral démocrate (FDP) bloque les plans visant à accorder une « prime de résilience » aux fabricants potentiels, dans un contexte de crise budgétaire causée par une décision de la plus haute juridiction allemande le mois dernier, qui a creusé un trou de 60 milliards d’euros dans les finances du pays.
Maintenant, le producteur suisse de modules Meyer Burger menace de se délocaliser entièrement aux États-Unis, ce qui mettrait 500 emplois en danger.
Suite à des pertes d’environ 133 millions d’euros en 2023, « l’entreprise se prépare à fermer la production de modules en Allemagne », a annoncé Meyer Burger dans un communiqué mercredi (17 janvier).
Actuellement, la majorité des panneaux solaires sont fabriqués en Chine, mais l’Allemagne abrite encore certaines parties de la chaîne de valeur. Le polysilicium, par exemple, est produit par l’entreprise chimique acker en Saxe.
Ce matériau de base utilisé dans la production de panneaux photovoltaïques subit divers traitements avant que des entreprises comme Meyer Burger n’assemblent les modules sur leur site de production, également situé en Saxe.
Cette région, surnommée la « Silicon Saxony », est le Länder où se trouvent également la plupart des sites de production de puces électroniques d’Allemagne.
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Le « Made in Germany »
Il est donc tout naturel que la Saxe s’inquiète des projets de délocalisation de Meyer Burger.
« Cette annonce est un signal d’alarme », a déclaré le ministre de l’Énergie du Länder, Wolfram Günther. « Nous avons à présent besoin d’une décision rapide en faveur de la protection de ce segment de marché national sur base de critères de résilience. »
Il souhaite qu’une part du marché allemand soit réservée aux modules « made in Germany ».
Meyer Burger, qui revendique une position de champion technologique dans la fabrication de panneaux solaires à haut rendement — bien que certains médias suggèrent le contraire — a attribué ses difficultés à la concurrence étrangère déloyale, comme le dumping.
« Tant que les législateurs n’assureront pas une concurrence loyale, en dépit de ce qu’ils ont annoncé, nous préparerons la restructuration [de l’entreprise] en Allemagne », a déclaré Gunter Erfurt, PDG de Meyer Burger.
Cette menace de fermeture, qui est en réalité loin d’être la première de l’entreprise, ravive de vieilles craintes en Allemagne, qui a déjà perdu une grande partie de son industrie naissante des panneaux solaires au profit de la concurrence chinoise à la fin des années 2000.
L’annonce de Meyer Burger intervient alors que le gouvernement allemand s’efforce d’apporter un soutien public suffisant pour maintenir la production au niveau national.
« Nous sommes en discussions avec Meyer Burger et nous sommes très conscients de la situation difficile dans laquelle se trouvent cette entreprise et l’industrie photovoltaïque en Allemagne », a déclaré mercredi un porte-parole du gouvernement fédéral.
L’entreprise a fixé une date limite à « la deuxième moitié de février 2024 » et a appelé à des « mesures de résilience » pour garantir la production en Allemagne.
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Le règlement pour une industrie « zéro net »
Cette annonce est également un coup dur pour l’UE, qui tente tant bien que mal de relancer son industrie en déclin, et les déboires de l’Allemagne en matière de production de panneaux solaires photovoltaïques coïncident avec le débat sur le règlement pour une industrie « zéro net » (NZIA) de l’UE.
La loi proposée vise à soutenir la production en Europe de technologies considérées comme essentielles pour atteindre la neutralité climatique, telles que les panneaux solaires, les turbines éoliennes et les pompes à chaleur.
Les négociations en vue de l’adoption de la loi sont actuellement en phase finale, après que les États membres de l’UE et le Parlement européen — les co-législateurs — ont adopté leurs positions respectives.
Dans le cadre de ces discussions, Berlin soutient l’introduction « d’appels d’offres de résilience dans le secteur photovoltaïque afin de renforcer la production en Europe grâce à des critères de résilience dans le cadre des appels d’offres pour les énergies renouvelables », a expliqué un porte-parole du ministère de l’Économie à Euractiv.
« Notre objectif est de produire une part significative des technologies de transformation nécessaires en Allemagne et en Europe », a poursuivi le porte-parole.
Le ministre de l’Économie et les sociaux-démocrates (SPD) qui dirigent également le gouvernement, sont plutôt favorables aux subventions de « résilience » pour maintenir l’industrie sur le sol européen, tandis que les libéraux (FDP) s’y opposent.
Konrad Stockmeier, député du FDP s’exprimant pour le parti sur les questions d’énergie, a déclaré que ces subventions rendaient « la transition énergétique plus coûteuse, aux dépens du contribuable ». Son argument est le suivant : pourquoi construire soi-même quand on peut importer des produits bon marché de Chine ou d’Inde ?
Fin 2023, Simone Peter, présidente de la Fédération allemande des énergies renouvelables (BEE) déclarait que pour « renforcer la résilience de notre approvisionnement énergétique, il est essentiel de renforcer nos propres capacités de production ou de reconstruire celles qui ont été perdues ».
Pour l’industrie photovoltaïque, cela signifie des « engagements financiers clairs » pour « contrecarrer » les projets « des États-Unis et des offensives asiatiques et pour construire un segment de résilience », a-t-elle souligné.
Un paquet destiné à aider l’industrie solaire est actuellement débattu au parlement fédéral allemand. Les discussions devraient se terminer le 21 février, selon des documents internes consultés par Euractiv.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]