Allemagne : la nomination du nouveau ministre de la Défense crée la surprise

Boris Pistorius, ministre de l’Intérieur de Basse-Saxe, a été nommé à la tête du ministère allemand de la Défense. Ce choix constitue une véritable surprise, M. Pistorius étant relativement peu connu en Allemagne.

EURACTIV Allemagne
Boris Pistorius to become Germany’s new Defense Minister
« [Boris] Pistorius est un responsable politique chevronné, qui possède une expérience administrative, qui s’occupe depuis des années de politiques de sécurité et qui, grâce à ses compétences, son assurance et son grand cœur, est la personne idéale pour diriger la Bundeswehr à ce moment charnière », a déclaré Olaf Scholz. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Boris Pistorius, ministre de l’Intérieur de Basse-Saxe, a été nommé à la tête du ministère allemand de la Défense mardi (17 janvier). Ce choix constitue une véritable surprise, M. Pistorius étant relativement peu connu en Allemagne.

Cette semaine, le social-démocrate de 62 ans sera déjà confronté à un dossier épineux : les négociations sur les livraisons de chars de combat lourds à l’Ukraine.

La ministre de la Défense sortante, Christine Lambrecht, a démissionné lundi (16 janvier), alors que le gouvernement allemand était confronté à une pression croissante pour permettre à ses alliés d’envoyer des chars Leopard de fabrication allemande en Ukraine. Un timing qui laisse à désirer, puisque cette semaine pourrait bien être décisive pour les projets occidentaux visant à envoyer davantage d’armes en Ukraine.

Mme Lambrecht a également été critiquée en raison du retard accusé dans le projet de réforme de l’armée nationale allemande, la Bundeswehr, que le chancelier Olaf Scholz a pourtant déclarée prioritaire. Ce retard a notamment été causé par le fait que sa proposition a été considérée comme manquant de substance.

« [Boris] Pistorius est un responsable politique chevronné, qui possède une expérience administrative, qui s’occupe depuis des années de politiques de sécurité et qui, grâce à ses compétences, son assurance et son grand cœur, est la personne idéale pour diriger la Bundeswehr à ce moment charnière », a déclaré M. Scholz mardi en annonçant la nomination du nouveau ministre.

« Un choix surprenant »

De nombreux observateurs ont été surpris par le choix annoncé par M. Scholz, M. Pistorius  étant relativement peu connu en Allemagne.

Avant sa nomination, les noms de plusieurs autres personnes qui auraient pu reprendre le poste avaient circulé. Parmi les candidats potentiels, on évoquait par exemple le directeur de la chancellerie fédérale Wolfgang Schmidt, le chef du Parti social-démocrate (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD) Lars Klingbeil, le ministre du Travail Hubertus Heil, ou encore la commissaire à la Défense du Bundestag (l’assemblée parlementaire fédérale), Eva Högl.

Depuis 2013, M. Pistorius est chargé de la sécurité intérieure, de la cybercriminalité, des questions migratoires et des sports au sein du gouvernement du Land de Basse-Saxe, un État fédéré dirigé par le Parti social-démocrate (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD).

Le nouveau ministre s’était notamment opposé à Saskia Esken, alors cheffe du SPD, au sujet des allégations de racisme au sein des forces de sécurité allemandes, les défendant contre ce qu’il avait appelé « une supposition injustifiée ».

Au niveau fédéral, il n’a gagné en visibilité qu’après s’être présenté à la présidence du SPD en 2019, une démarche qui s’est finalement soldée par un échec.

Une position encore inconnue en matière de défense

M. Pistorius est considéré comme un partisan de la ligne dure en matière de politique de sécurité intérieure et a fait la une des journaux en raison des mesures prises contre les fondamentalistes islamiques dans son Land. Cependant, sa position sur le plan de la défense n’est guère connue, car il n’a que peu d’expérience dans ce domaine.

« M. Pistorius est un choix surprenant », a confié au média allemand t-online la présidente de la commission de la Défense du Bundestag, Marie-Agnes Strack-Zimmermann, membre du Parti libéral-démocrate (Freie Demokratische Partei, FDP).

« Il n’obtiendra pas de période de grâce vu la situation internationale dramatique et l’état actuel de la Bundeswehr », a-t-elle ajouté.

L’Allemagne se trouve à un moment charnière pour sa politique de défense. En réponse à la guerre d’agression de la Russie, M. Scholz a annoncé un changement de paradigme dans la politique de sécurité allemande, appelé Zeitenwende (le « tournant »). Berlin prévoit par ailleurs un budget de 100 milliards d’euros pour remettre sur les rails la Bundeswehr, qui a été longtemps négligée.

Cependant, le ministère de la Défense retarde les réformes plus fondamentales des forces armées allemandes. En outre, l’opposition a critiqué le choix de M. Scholz, déclarant que M. Pistorius risquait de ne pas être à la hauteur en raison de son manque d’expérience.

Le vice-président de l’Union chrétienne-démocrate (Christlich Demokratische Union Deutschlands, CDU), le conservateur Johann Wadephul, a confié à l’agence de presse dpa que « le chancelier montre qu’il ne prend pas son propre Zeitenwende au sérieux » avec un tel choix.

« Encore une fois, l’expertise et l’expérience concernant la Bundeswehr ne jouent pas de rôle » dans la nomination, a-t-il ajouté.

Discussions sur la livraison de chars à l’Ukraine

Les négociations tenues le 20 février à Ramstein avec le Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine sur la livraison éventuelle de chars de combat à Kiev constitueront une première épreuve pour M. Pistorius.

Olaf Scholz n’a pas encore pris de décision concernant la livraison de chars de combat à Kiev, malgré la pression croissante exercée par les alliés sur Berlin. Vendredi dernier (13 janvier), il a toutefois déclaré lors d’une conférence de presse que toutes les décisions ne seront effectuées qu’en coordination « avec nos amis et alliés ».

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, devrait se rendre à Berlin jeudi (19 janvier) pour négocier le renforcement du soutien militaire à l’Ukraine. Il devrait également assister à la réunion du Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine de vendredi.

Le parcours de Christione Lambrecht

La ministre de la Défense sortante avait déjà fait l’objet de vives critiques avant son entrée en fonction comme ministre de la Défense en décembre 2021. En effet, Mme Lambrecht était accusée de ne pas avoir l’expérience nécessaire en matière de défense.

Un mois après son entrée en fonction, elle avait fait la une des journaux après avoir refusé de livrer des armes à l’Ukraine et avoir plutôt proposé d’envoyer 5 000 casques, ce que le maire de Kiev, Wladimir Klitschko, avait qualifié de « blague ».

Cette affaire n’était que la première d’une longue série d’erreurs commises par le ministère allemand de la Défense. Quelques mois plus tard, il a été révélé que son fils avait voyagé avec elle à bord d’un hélicoptère de la Bundeswehr, ce qui a fait chuter sa cote de popularité.

Selon un sondage publié au début du mois, environ 77 % des Allemands souhaitaient sa démission — soit le soutien le plus faible jamais enregistré pour un ministre de la Défense.

Mme Lambrecht a accusé les médias d’être à l’origine de sa mauvaise image. « L’attention que les médias ont portée pendant des mois à ma personne ne permet guère de publier des informations factuelles ni de parler des soldats, de la Bundeswehr et des décisions de politique de sécurité qui sont dans l’intérêt des citoyens d’Allemagne », a indiqué Mme Lambrecht dans sa déclaration de démission.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]