Allemagne : abandon du nucléaire, progression du charbon et du gaz

Une bataille s'annonce sur l'avenir du secteur énergétique allemand suite à la décision du pays de fermer ses 17 réacteurs nucléaires à l'horizon 2022.

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Une bataille s'annonce sur l'avenir du secteur énergétique allemand suite à la décision du pays de fermer ses 17 réacteurs nucléaires à l'horizon 2022.

Cette décision fait suite à une vague de manifestations antinucléaires en réaction à la catastrophe de Fukushima au Japon.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que la consommation énergétique serait réduite de 10 % d'ici 2020 et que les énergies renouvelables, comme l'éolien et le solaire, seraient davantage utilisées.

Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a toutefois vu dans cette annonce une opportunité pour les centrales à charbon polluantes de son pays.

« Pour la Pologne, c'est une bonne chose », a-t-il déclaré. « Cela signifie que l'énergie obtenue à partir du charbon est à nouveau au programme ».

Les négociants en énergie européens affirment que l'Allemagne compense déjà son manque d'énergie en important du lignite polonais et de l'énergie nucléaire française.

Selon le commissaire à l'énergie, Günther Oettinger, d'autres secteurs de l'énergie pourraient bientôt être impliqués.

« Nous avons besoin de plus de gaz », a-t-il déclaré cette semaine (30 mai). « Suite à la décision de Berlin, le gaz deviendra un moteur de croissance ».

M. Tusk semble du même avis : « Si les réserves de gaz de schistes [de la Pologne] s'avèrent suffisantes pour une extraction à grande échelle, nous pourrions nous mettre aux centrales électriques au gaz », a-t-il expliqué.

Les projections sur le prix du gaz en Grande-Bretagne ont atteint leur niveau le plus élevé en six semaines suite à l'annonce hier (31 mai) du projet de l'Allemagne d'abandonner le nucléaire.

Les négociants en énergie prévoient des centrales au gaz plus flexibles vouées à compenser les manques d'énergies dus aux énergies renouvelables intermittentes.

Des sources à Bruxelles ont expliqué à EURACTIV que même si la Pologne souhaitait exporter davantage de carburants fossiles, Berlin ne disposait pas encore d'un plan d'ensemble et qu'il était par conséquent trop tôt pour faire des prévisions.

« De manière générale, nous avons besoin de nouvelles centrales électriques, de préférence au gaz, mais sans doute aussi au charbon, et elles devront être construites dans un laps de temps assez réduit », a déclaré un diplomate à EURACTIV.

« C'est pour cette raison qu'une loi pour accélérer les procédures (« Planning Acceleration Law ») ouvrira la voie à de nouvelles centrales électriques traditionnelles, qui compenseront le manque d'énergie nucléaire aussi vite que possible », a-t-il ajouté, soulignant qu'il s'agirait d'un immense défi.

Toutefois, les militants affirment que des « différences de tons » de longue date entre les ministères allemands de l'environnement et des finances ont été accentuées par la pression exercée par les entreprises énergétiques.

Jan Haverkamp de Greenpeace a cité une entreprise en exemple. « Ils génèrent moins de 4 % de leur électricité à partir des énergies renouvelables », a-t-il déclaré.

« Ils ont misé sur le mauvais cheval au cours des quinze dernières années et sont très proches du ministère des finances. Je ne suis donc pas surpris d'entendre que le ministère de l'environnement n'est pas du même avis, dans la mesure où il est plus indépendant ».

Greenpeace souhaite depuis longtemps un abandon progressif du nucléaire en Allemagne, qui, selon eux, pourrait être mis en place d'ici 2015 sans mettre en péril l'approvisionnement énergétique et sans augmenter les émissions de CO2.

Toutefois, la nature potentiellement dangereuse pour l'environnement des carburants qui remplaceraient le nucléaire appelle à la réflexion. Ce sujet a d'ailleurs été abordé un peu partout en Europe hier.

Le ministre suédois de l'environnement, Andreas Carlgren, a déclaré à l'agence de presse TT que la décision de Berlin était « irréaliste ». « Comment pouvons-nous relever le double défi de réduire la dépendance à l'énergie nucléaire et les émissions de CO2 ? », a-t-il demandé.

Un diplomate japonais, s'exprimant à titre personnel, a soulevé un autre problème : « L'Allemagne aurait dû prendre davantage de temps pour envisager tous les aspects de la sécurité énergétique avant de prendre une décision », a-t-il déclaré à EURACTIV.