Alexis Tsipras : Emmanuel Macron a payé son « arrogance politique »

L’ancien Premier ministre Alexis Tsipras estime que le président Emmanuel Macron a payé un lourd tribut pour avoir négligé la société française et ses besoins lors d’un entretien exclusif à EURACTIV France et au réseau EURACTIV.

/ Euractiv France / EURACTIV.com
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Selon l’ancien Premier ministre grec, le désaveu du président français qui s’est exprimé dans les urnes lors des dernières élections législatives n’est que le premier d’une série à laquelle d’autres gouvernements européens seront amenés à être confrontés. [EURACTIV]

L’ancien Premier ministre et principal leader de l’opposition grecque Alexis Tsipras estime que le président Emmanuel Macron a payé un lourd tribut pour avoir négligé la société française et ses besoins lors d’un entretien exclusif à EURACTIV France et au réseau EURACTIV.

«  M. Macron a insisté sur une politique économique néolibérale qui a creusé les inégalités. Il a également fait preuve d’arrogance politique en considérant que, précisément parce que ses principaux adversaires politiques viennent des soi-disant extrêmes du spectre politique, il ne sera pas mis en difficulté  », a jugé M. Tsipras.

Selon l’ancien Premier ministre grec, le désaveu du président français qui s’est exprimé dans les urnes lors des dernières élections législatives n’est que le premier d’une série à laquelle d’autres gouvernements européens seront amenés à être confrontés.

«  Cela est dû aux choix politiques, aux choix néolibéraux, aux choix économiques mais aussi à la crise de l’augmentation des prix, aux effets de la guerre en Ukraine dans une large mesure  », a-t-il affirmé. Selon lui, le président français a «  eu de la chance  » de remporter l’élection présidentielle car «  elle était relativement précoce  ».

«  Je pense que nous verrons plusieurs gouvernements qui, malgré les prédictions et la foi qu’ils peuvent avoir en leur capacité à gouverner pour toujours, enregistreront des résultats électoraux très surprenants », a-t-il déclaré.

Jean-Luc Mélenchon ou l’espoir de la gauche

Interrogé sur Jean-Luc Mélenchon, l’ancien Premier ministre grec s’est réjoui des résultats de la NUPES malgré les frictions passées avec le leader Insoumis. En effet, M. Mélenchon avait appelé à exclure le leader grec de la famille de la gauche européenne après l’adoption d’un plan d’austérité peu après son élection en 2015 et malgré ses promesses de campagne.

Par ailleurs, bien que Syriza, le parti de M. Tsipras, soit affilié à la Gauche européenne où siègent les députés insoumis, l’ancien Premier ministre grec participe également en tant qu’observateur aux rassemblements du Parti socialiste européen (PSE).

«  M. Mélenchon est une personnalité spéciale et forte et j’ai été en désaccord avec lui sur des questions clés  », a-t-il expliqué, avant d’ajouter que le dirigeant Insoumis a, selon lui, «  réussi quelque chose d’important que je dois lui accorder : il a réussi à créer une très large coalition allant de la gauche de la gauche à la social-démocratie. Et je pense que cela crée de l’espoir  ».

«  Il est important qu’il y ait une opposition de gauche forte qui exige du président Emmanuel Macron une politique plus ciblée socialement, qui cessera de creuser les inégalités mais cherchera comment les atténuer », a-t-il conclu.

Désaccord turc

M. Tsipras a également exprimé son inquiétude quant au fait que le rôle de la Turquie sur la scène internationale est, selon lui, revalorisé.

«  La Turquie, qui occupe illégalement la partie nord de Chypre depuis 48 ans, veut servir de médiateur pour la paix en Ukraine et est revalorisée aux yeux de l’Occident et de l’Orient  ».

Faisant référence à la nouvelle escalade dans les relations gréco-turques, il a indiqué que le président turc Recep Tayyip Erdoğan souhaitait détourner l’attention de la crise économique sans précédent que traverse son pays et souhaite donc que ses réalisations en matière de politique étrangère l’emportent sur les considérations économiques.

M. Tsipras a également relevé qu’il s’opposait à l’accord de défense conclu par la France et la Grèce en octobre dernier, car il ne couvrait pas les droits de souveraineté de la Grèce, mais uniquement son territoire.

L’accord militaire prévoyait une clause de défense mutuelle qui inclut les territoires des deux pays, mais pas les zones économiques exclusives (ZEE), avait alors indiqué le ministère français de la Défense à EURACTIV.

«  On voit donc qu’il y a là une lacune. En même temps, la Grèce a largement payé cet accord de plusieurs milliards d’euros pour l’achat de Rafale et de frégates […] juste après que la France avec l’Italie a vendu des systèmes de défense aérienne et des systèmes anti-aériens à la Turquie. C’est un problème  », a déclaré M. Tsipras.

Il a ajouté qu’il ne demandait pas aux autres partenaires de l’UE de devenir des ennemis de la Turquie, mais «  au moins de donner des garanties de sécurité très claires à la Grèce contre la délinquance et les provocations turques. Et cela ne concerne évidemment pas que la France, cela concerne l’UE dans son ensemble  ».

[Edité par Davide Basso & Théo Bourgery]