Airbus et Boeing en compétition sur le marché vert de l’aviation
Les superpuissances aéronautiques Airbus et Boeing livrent bataille afin de dominer le marché transcontinental de l’aviation. Elles jurent de se surpasser l’une l’autre en construisant des avions plus silencieux avec un meilleur rendement énergétique. Un reportage d’EURACTIV depuis le Salon international de l’aéronautique et de l’espace à Paris.
Les superpuissances aéronautiques Airbus et Boeing livrent bataille afin de dominer le marché transcontinental de l’aviation. Elles jurent de se surpasser l’une l’autre en construisant des avions plus silencieux avec un meilleur rendement énergétique. Un reportage d’EURACTIV depuis le Salon international de l’aéronautique et de l’espace à Paris.
Les deux rivaux américains et européens sont confrontés à une concurrence mondiale dans le secteur des avions moyen-courriers, mais à une compétition quasi inexistante dans le domaine des avions long-courriers ou de ceux qui parcourent des distances de 10 000 kilomètres ou plus, les plus rentables et constamment demandés.
Alors que les prix du kérosène représentent la moitié des coûts d'exploitation des compagnies aériennes, le rendement énergétique constitue un argument de vente déterminant. Lors du Salon international de l'aéronautique et de l'espace à Paris cette semaine, chaque compagnie a tenté de surpasser l'autre en qualifiant ses derniers produits de plus verts, plus silencieux et moins coûteux à exploiter.
L'américain Boeing a dévoilé mardi (18 juin) son nouvel avion long-courrier, le 787-10, la dernière version de la série Dreamliner 787 commercialisée à partir de 2011.
« Le Dreamliner 787-10 sera l'avion de ligne le plus économe en carburant de l'histoire », a déclaré Raymond L. Conner, le directeur général de la division Aviation Commerciale de Boeing, lors de la présentation du modèle au Salon du Bourget. « Le 787-10 consomme 25 % de moins que les avions actuels de la même taille et est plus de 10 % supérieur à toutes les offres de la concurrence à l'avenir. »
Selon le président-directeur général de l'entreprise, W. James McNerney Jr., Boeing a déjà reçu 102 commandes pour ce modèle qui sera livré à partir de 2018.
La compagnie européenne Airbus s'est vantée des performances environnementales similaires pour sa série A350 XWB. Il a déclaré que les métaux plus légers et les moteurs avancés de cette série permettront de créer l'avion le plus économe en carburant de l'histoire. Selon Airbus, l'A350 XWB, qui signifie « eXtra Wide Body » ou fuselage extra-large, proposera un habitacle plus spacieux aux 270 passagers du plus petit modèle de la série et aux 440 voyageurs de la version supérieure.
La compagnie européenne a pris une longueur d'avance lors de la biennale à Paris grâce aux vols d'essai de l'A350 vendredi (14 juin). Elle aurait reçu 613 commandes pour son nouvel avion.
« L'A350 XWB est fantastique et impressionnant », a déclaré John Leahy, le directeur commercial d'Airbus, dans un communiqué à l'issue du vol d'essai à Toulouse, en France. Avez-vous vu comme il est silencieux ? Nous allons ériger de nouveaux standards avec l'A350XWB, pas seulement en terme de confort et de performance, mais également au niveau environnemental. »
Airbus et Boeing ont prévu que la demande en avions doublerait au cours des 20 prochaines années, car le nombre de passagers s'accroît et les compagnies aériennes tentent de tirer profit de moteurs moins énergivores et de conceptions aérodynamiques qui réduisent la consommation de carburant. Boeing a enregistré au total 1 338 commandes en 2012, contre 914 pour Airbus.
La lutte contre des prix du carburant plus élevés
La concurrence s'intensifie dans le secteur de l'aviation pour des avions plus économes en carburant et plus silencieux.
La consommation de carburant représente la moitié des coûts d'exploitation. Les prix du kérosène ont chuté jusqu'à 180 dollars (134,4 euros) le baril en juin 2008 et ont légèrement augmenté cette année pour atteindre 121 dollars (90,38 euros) à la fermeture vendredi, soit 2,6 % de plus que la semaine dernière et 6,5 % de plus qu'il y a un.
Les coûts en Europe sont plus élevés et atteignaient 123 dollars (92 euros) par baril à la fermeture la semaine dernière, soit 7,2 % de plus qu'en 2012. Les prix élevés ont affecté la rentabilité des compagnies malgré les améliorations récentes des perspectives financières pour le secteur.
Les transporteurs aériens sont également incités à réduire les émissions de leurs appareils. Le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS) est entré en vigueur pour les compagnies aériennes en 2012. Il ne s'appliquait auparavant qu'aux industries et aux entreprises énergétiques en s'appuyant sur une approche fondée sur le marché afin de réduire les émissions de carbone.
La Commission européenne a suspendu l'application de cette législation aux vols internationaux à destination ou en provenance d'aéroports de l'UE dans l'attente de négociations au sein de l'Organisation de l'aviation civile internationale, l'institution basée à Montréal qui fixe les normes mondiales pour les transporteurs aériens. Même si l'UE inverse le cours de l'ETS, les négociations devraient déboucher sur un accord international relatif à la réduction des émissions mondiales.
Airbus et Boeing ne se livrent pas simplement bataille sur le rendement énergétique. Les entreprises indiquent que leurs nouvelles générations d'avions offrent un meilleur confort aux passagers et des agencements de l'espace plus souples pour les compagnies aériennes qui les achètent.
Ces modèles comprennent des mises à jour du Boeing 747 et 777 et de nouvelles versions du Dreamliner. Airbus affirme la même chose à propos du plus grand avion de transport de passagers du monde, l'A380, le nouvel A350 et un A320 rénové (le Néo).
Des problèmes en vol
Les grandes ambitions entrent souvent en contradiction avec les réalités du marché et de la production. L'A380, un avion de ligne civil à double pont qui a effectué son premier vol commercial en octobre 2007, a subi des revers en 2011 et en 2012 en raison de quelques cas de pannes de moteurs et de fissures dans les ailes.
En janvier 2013, le Dreamliner 787 a été cloué au sol pendant trois mois en raison de batteries défectueuses. Deux 787 volaient en Europe à l'époque avec la compagnie Polish Airlines. Quelque 119 ont été commandés dans l'UE.
Les deux superpuissances aéronautiques affrontent également la concurrence de l'autre côté du monde dans le secteur des avions moyen-courriers sur les trajectoires au sein de l’Europe.
La compagnie russe United Aircraft Corporation a présenté son avion de ligne moyen-courrier MC-21, qui devrait être opérationnel d'ici 2017. L’entreprise se concentrera tout d'abord sur les marchés d’Asie et des anciennes républiques soviétiques. Selon des représentants de la compagnie qui existe depuis sept ans, le MC-21 consommerait 15 % de carburant en moins que les avions comparables pilotés à l'heure actuelle.
Le constructeur chinois Commercial Aircraft Corporation of China, qui a lancé ses opérations en 2008, envisage de fabriquer le C919, le premier avion de ligne nationale à couloir unique du pays. Bombardier, un fabricant canadien d'avions, et le brésilien Embraer ont introduit des avions moyen-courriers afin de compléter leur flotte traditionnelle d'avions régionaux qui transportent généralement 100 passagers ou moins.
Cette nouvelle concurrence pourrait causer des problèmes à Airbus et Boeing, surtout dans le marché en plein essor des avions à couloir unique, dominé par l'Airbus 320 et le Boeing 737. Les deux compagnies ont en outre déjà raté leur échéance pour la production de nouveaux modèles.