Aide à la Grèce : pourquoi ils ont voté "non"
Derrière le consensus affiché sur le plan d’aide à la Grèce voté le 3 mai 2010, quelques députés français ont voté contre la mise en œuvre de ce mécanisme. EURACTIV.fr revient sur les raisons qui ont motivé leur choix.
Derrière le consensus affiché sur le plan d’aide à la Grèce voté le 3 mai 2010, quelques députés français ont voté contre la mise en œuvre de ce mécanisme. EURACTIV.fr revient sur les raisons qui ont motivé leur choix.
Dans la nuit du 3 au 4 mai, si l’UMP et le PS ont unanimement voté en faveur du plan d’aide à la Grèce, quelques rares députés ont pourtant voté non à ce plan. Parmi eux, les membres du Parti communiste français et du Parti de Gauche, et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République). Mais si le refus est identique, les motivations divergent.
Pour Nicolas Dupont-Aignan, député de Debout la république, « ce plan va coûter une fortune au contribuable et n’aidera pas la Grèce ». « C’est un transfert financier pour les banques, qui va enfoncer un peu plus la Grèce dans ses difficultés », estime-t-il.
La seule solution envisagée par le député souverainiste, c’est la sortie d’Athènes de la zone euro, qui seule « permettra à la Grèce de rembourser sa dette ». « Regardez ce qu’il se passe en Angleterre, c’est la dévaluation de la livre qui lui permet de repartir et de rembourser sa dette » ajoute-t-il. Le problème, selon lui, n’est pas la dette, mais la « capacité de remboursement ». « Or il n’y a pas d’exemple, dans l’histoire économique, d’un pays qui mène un plan de rigueur et qui ne dévalue pas en même temps », juge-t-il.
Quant au plan d’aide, « ce n’est pas un prêt, c’est un don », précise-t-il . « La Grèce sera dans une récession sans fin à cause des critères qu’on lui impose. Dans un an ou deux, il faudra rééchelonner la dette et elle devra sortir de l’euro. »
« On lui file de l’argent dans un tonneau avec un trou au fond. Pour s’en sortir, il faut qu’elle puisse vendre ses produits à l’extérieur. Il ne faut pas donner du poisson à la Grèce, il faut lui apprendre à pêcher », conclut-il.
Pour le député communiste Jean-Pierre Brard, parler de « plan d’aide » est déjà un parti pris. Ce vote vient, selon lui, « en aide aux banquiers et aux marchands d’armes ». Il rappelle que la Grèce, eu égard à sa population, a le budget militaire le plus important de l’Union européenne, représentant 4,5% de son PIB. « Les industriels de l’armement français et allemands craignent de ne plus être payés », précise-t-il. Selon le député, la Grèce représenterait une part de 13% de l’industrie allemande d’armement.
Pour le député communiste, « on est en train de passer la corde au cou du peuple grec » avec ce plan d’aide « qui n’en est pas un ». « L’aide à la Grèce rapportera 160 millions d’euros à la France, 240 millions à l’Allemagne et près de 700 millions à l’ensemble des pays prêteurs », souligne-t-il. Jean-Pierre Brard a manifesté son intention de montrer sa solidarité à la Grèce en participant à une réunion de soutien du Front de gauche organisée la semaine du 10 mai à Athènes.
Lors du vote à l’Assemblée nationale, droite et gauche s’était accordés sur le plan d’aide à la Grèce. La ministre de l’économie Christine Lagarde s’est d’ailleurs félicité de ce vote, estimant que venir en aide à la Grèce est « un impératif moral, de solidarité, et un impératif économique [qui] dépassent les clivages gauche-droite ». François Hollande, l’ancien secrétaire du parti socialiste, était sur la même ligne. S’exprimant au sujet de ce vote, il a déclaré : « Je ne soutiens pas le gouvernement, je soutiens la Grèce et je soutiens l’euro. Nous ne sommes pas là dans un débat droite-gauche, nous sommes là dans un débat européen et un débat de principe. »