Agricultures française et allemande : le point sur les chiffres
La France reste le premier producteur européen. Mais, dans certains domaines, elle perd des parts de marché au profit de son partenaire allemand.
La France reste le premier producteur européen. Mais, dans certains domaines, elle perd des parts de marché au profit de son partenaire allemand.
Depuis son arrivée à la tête de la FNSEA, Xavier Beulin ne cesse de le répéter : la France doit regagner la première place de l’agriculture européenne. Un discours qui rejoint celui du ministre, Bruno Le Maire, qui voit certes en l’Allemagne un allié pour défendre la politique agricole commune, mais aussi un concurrent qui ne cesse de grapiller des parts de marché à la France.
Données générales
La France compte 375 000 exploitations agricoles, d’une cinquantaine d’hectares chacune en moyenne. L’Allemagne recense 231 000 exploitations, d’une taille moyenne de 45,7 hectares.
Ces exploitations occupent 26,5 millions d’hectares cultivables en France, et 16 millions en Allemagne.
En 2009, les aides publiques, en provenance de la PAC, s’élevaient à 9,8 milliards d’euros pour la France et 6,9 milliards pour l’Allemagne.
En tout, ces exploitations représentent 744 000 unités de travail annuel (UTA), contre 519 000 en Allemagne. Une UTA correspond au travail d’une personne à plein temps pendant une année entière.
La production agricole française s’élève à 63,8 milliards d’euros (soit 18,9% de la part européenne) contre 42,8 milliards pour la production allemande (12,7%).
La part du secteur dans le produit intérieur brut (PIB) varie du simple au double dans les deux pays. L’agriculture occupe 0,6% du PIB allemand, contre 1,4% en France.
En 2009, l’évolution des revenus des agriculteurs français a connu une baisse de 19%, par rapport à l’année précédente. Pour les paysans allemands, cette réduction est limitée à 11,6%. La différence est encore plus flagrante en 2008, puisque ce chiffre s’établissait à -10,8% en France, contre -2,5% en Allemagne.
En 2010-2011, les salaires des agriculteurs allemands devraient renouer avec les hauts niveaux des années 2007-2008, et tourner autour de 31 500 euros par travailleur et par an, espère le principal syndicat, le DBV. En France, le chiffre donné par l’Insee pour 2010 s’élève à 31 000 euros par personne.
Concernant l’import-export des produits agro-alimentaires, les deux pays connaissent des différences, selon les chiffres de 2007. Alors que le montant des importations allemandes s’élève à 70,3 milliards de dollars, il se limite à 44,5 milliards, en France. En revanche, les deux pays sont proches en ce qui concerne l’export : 57,5 milliards pour l’Allemagne et 58,8 milliards pour la France.
Dans les deux pays, les prix de l’alimentation ont évolué à la hausse, entre 2007 et 2008. En Allemagne, ce chiffre s’établit à 5,3%, en France à 5,1%.
Le coût du travail agricole est difficile à évaluer, de manière synthétique, tant les différences sont importantes entre les filières, ou entre l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire. La CFDT estime par exemple que dans le secteur agricole, les patrons allemands payent leurs salariés 9,50 euros, contre 9 euros en France. Mais, autre exemple, les salariés des abattoirs allemands peuvent émarger à 7,5 euros par heure, contre 18,5 euros en France.
En Europe, l’Allemagne a pris la tête de la compétition européenne dans deux filières : le lait et le porc. En 2009, environ 28 milliards de litres de lait ont ainsi été collectés Outre-Rhin, contre 23 milliards en France. Mais alors que ce chiffre stagne en France depuis cinq ans, dans le même temps, l’Allemagne grapille, petit à petit, des parts de marchés. Concernant les fromages, la part de marché mondiale de la France est passé de 17,4% en 2004 contre 14,4% en 2009, contre une légère hausse de 16,2 à 16,7% pour l’Allemagne.
Même évolution pour la viande porcine. Entre 2004 et 2008, la part de marché mondiale de l’Allemagne dans ce secteur progresse ainsi de 10,2 à 17,1% alors que celle de la France passe de 5,8% à 4,7%.
Eléments d’analyses
Comment interpréter ces chiffres? Et lorsque c’est le cas, comment expliquer que les écarts se creusent entre la France et l’Allemagne? «L’Allemagne est un pays très hétérogène sur le plan agricole», affirme l’économiste Vincent Chatellier, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).
«Les moyennes cachent de très grandes disparités», analyse-t-il. Il rappelle que si l’agriculture française est fortement structurée par les différences entre plaines et montagnes, l’Allemagne se découpe plutôt en deux parties : Est et Ouest.
«L’Allemagne est en train de développer certaines filières, comme la viande porcine, grâce à une stratégie industrielle assez fonceuse», juge-t-il. Il explique que le secteur de l’abattage de ce type de viande, en Allemagne, croît plus vite que l’élevage de porcs dans le pays. «Cela veut dire que les abattoirs allemands font venir des porcs en provenance des pays du Nord. Ils ont une vraie compétence technique.»
Parmi les avantages allemands, le chercheur cite une «proximité logistique avec le consommateur». «Il est plus simple de vendre du lait lorsqu’on est en Allemagne que dans le Finistère», dit-il.
Potentiel agricole
Autre avantage : «Ils ont su se servir de l’environnement comme d’un atout, et pas comme d’une contrainte.» Outre-Rhin, 4000 exploitations ont ainsi recours à la méthanisation, alors que cette pratique est très peu développée en France. Et le pays est leader mondial du secteur photovoltaïque.
«Les Allemands sont en ordre de bataille pour exporter, poursuit-il. Ils ont pris conscience de leur potentiel agricole et ils l’ont développé.»
«La réunification a créé le pays le plus peuplé de l’Union européenne et a permis l’extériorisation des performances d’une agriculture de grandes exploitations modernisées situées dans la partie orientale, venant directement concurrencer les performances des meilleures exploitations françaises», écrit de son côté le délégué interministériel aux industries agro-alimentaires, Philippe Rouault, dans un rapport publié en octobre.
«Les agriculteurs allemands bénéficient également d’avantages fiscaux liés aux mécanismes de la TVA. Ils peuvent opter pour un dispositif forfaitaire pour une période de cinq ans. Celui-ci permet aux agriculteurs allemands de ne pas reverser le trop-perçu de TVA dans le cadre des opérations de vente et d’achat», expliquait-il dans un entretien accordé à EURACTIV.fr fin novembre.


