Agriculture : l'Ukraine se prépare à la fin des avantages commerciaux accordés par l'UE

Le secteur agroalimentaire ukrainien s’apprête à encaisser un choc économique majeur. À partir du 5 juin, l’UE prévoit de rétablir les mesures commerciales en vigueur avant l’invasion russe de 2022, mettant ainsi fin aux exemptions temporaires de droits de douane et de quotas.

EURACTIV.com
The Head Of The EU Commission Ursula von der Leyen Visits Kyiv
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. [Getty Images/Global Images Ukraine]

Le secteur agroalimentaire ukrainien s’apprête à encaisser un choc économique majeur. À partir du 5 juin, l’Union européenne prévoit de rétablir les mesures commerciales en vigueur avant l’invasion russe de 2022, mettant ainsi fin aux exemptions temporaires de droits de douane et de quotas.

Bruxelles se prépare à revenir, à partir du 5 juin, sur les mesures commerciales autonomes appliquées aux importations agricoles ukrainiennes en soutien à l’Ukraine face à l’invasion russe.

La Commission européenne entend revenir aux contingents tarifaires prévus dans l’accord de libre-échange complet et approfondi (DCFTA) signé en 2017 avec Kiev. Ces quotas, qui limiteront les exportations ukrainiennes de produits comme la volaille, les œufs et le maïs, seront appliqués de manière proratisée pour ne couvrir que la période de juin à décembre, soit 7/12e des volumes annuels.

La Commission avait espéré remplacer les mesures commerciales temporaires par un accord à long terme avant juin, mais a admis qu’elle travaillait plutôt sur des « mesures transitoires ».

Cette décision intervient dans un contexte politique sensible, notamment en Pologne, où des élections sont prévues fin mai. Les importations agricoles ukrainiennes ont, ces dernières années, provoqué la colère des agriculteurs européens, particulièrement dans les pays voisins de l’Ukraine.

Du côté ukrainien, le secteur agroalimentaire tire la sonnette d’alarme. Il estime les pertes potentielles à 3 à 3,5 milliards d’euros par an si les quotas sont rétablis.

« C’est un atterrissage brutal et cruel pour nos exportations », a confié une source ukrainienne à Euractiv, comparant la politique européenne à « des méthodes de [Donald] Trump dans un gant de velours ».

Cette décision ne fait pas non plus l’unanimité du côté des agriculteurs européens.

Dans une lettre commune adressée à la Commission européenne, les principaux lobbies agricoles de l’UE — Copa, Cogeca, ainsi que les représentants des filières volaille, œufs, sucre, éthanol et maïs — ont dénoncé la proposition. Selon eux, l’introduction de contingents transitoires ou d’ajustements techniques comme la proratisation reviendrait à « diluer de manière inacceptable le cadre protecteur » de l’accord commercial.

La Commission refuse de tourner le dos à l’Ukraine

S’exprimant lors d’un débat au Parlement européen mercredi 14 mai après-midi, l’eurodéputée suédoise Renew et législatrice principale sur les relations commerciales avec l’Ukraine, Karin Karlsbro, a accusé la Commission de proposer une hausse drastique des droits de douane « tout droit sortie du livre de jeu de Donald Trump ». « Le lobby agricole à Bruxelles dicte nos relations avec l’Ukraine », a-t-elle ajouté.

Bernd Lange, président de la commission du Commerce international (INTA), a indiqué son intention d’écrire au commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, pour l’exhorter à entamer sans délai des négociations avec Kiev. « Il existe une position claire et unifiée du Parlement », a-t-il affirmé.

Face aux critiques, la Commission européenne a défendu sa position.

« Nous ne voulons pas punir l’Ukraine », a déclaré Leon Delvaux, un haut fonctionnaire de la direction générale du commerce (DG TRADE). Il a également insisté sur le fait que les mesures transitoires visent à éviter une rupture brutale des échanges commerciaux.

Enfin, il a contesté les chiffres avancés par Kiev, estimant que l’impact réel des mesures temporaires est plus proche de 1,5 milliard d’euros que des 3,5 milliards évoqués par le secteur agroalimentaire ukrainien.

Les États membres de l’UE doivent se réunir à huis clos la semaine prochaine pour se prononcer sur ces mesures au cours d’une réunion de comitologie avec la Commission.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]