Agriculture : le dialogue stratégique de l’UE à mi-parcours, mais les conclusions semblent encore lointaines

L’initiative de la présidente de la Commission européenne pour réduire la polarisation dans le secteur agricole devrait aboutir à des résultats concrets d’ici septembre. Cependant, selon des sources au fait des discussions, il semble que les participants sont encore loin de parvenir à des accords précis.

Euractiv.com
Strategic dialogue on the future of agriculture at the European Commission in Brussels
Actuellement, ce « dialogue stratégique » est à mi-parcours, avec pour ambition de conclure les discussions durant l’été et de présenter un plan d’action pour le secteur avant septembre. [EPA/Olivier Matthys]

L’initiative de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour réduire la polarisation dans le secteur agricole devrait aboutir à des résultats concrets d’ici septembre. Cependant, selon des sources au fait des discussions, il semble que les participants au dialogue stratégique sur l’agriculture sont encore loin de parvenir à des accords précis.

Depuis janvier, 29 acteurs du secteur alimentaire se réunissent pour débattre de l’avenir du système agricole et alimentaire de l’UE. Cette initiative, lancée en septembre dernier par Mme von der Leyen, vise à favoriser plus de dialogue et moins de polarisation au sujet de l’agriculture.

Actuellement, ce « dialogue stratégique » est à mi-parcours, et l’ambition initiale est de conclure les discussions durant l’été et de présenter un plan d’action pour le secteur avant septembre.

Toutefois, une source au fait des discussions a révélé à Euractiv : « Nous ne sommes pas encore près de définir des accords ». Elle a ajouté que les parties commençaient tout juste à discuter en profondeur des quatre sujets centraux que sont la croissance économique, la durabilité, l’innovation et l’ensemble de la chaîne de valeur.

La quatrième plénière des participants se tiendra en juin.

Jusqu’à présent, ces derniers ont convenu de références « très générales » aux difficultés auxquelles font face les agriculteurs et à la nécessité de prendre en compte la durabilité environnementale, a déclaré la source.

Les discussions sont présidées par le professeur Peter Strohschneider — ancien président de la commission sur l’avenir de l’agriculture du gouvernement allemand — qui a rendu visite au collège des commissaires mercredi (22 mai), afin de les informer de l’avancement des discussions et de recueillir des informations pour l’initiative.

La recherche d’un consensus

Selon cette même source, l’approche de M. Strohschneider dans les discussions est que « rien n’est convenu tant que tout n’est pas convenu ».

Si cette approche peut avoir un effet positif en obligeant les parties à être ouvertes et actives dans les discussions, elle présente aussi des inconvénients.

« Jusqu’à la toute dernière minute, chaque partie peut opposer son veto [à une conclusion] », affirme la source, ajoutant qu’avec cette politique, « il est difficile de voir où nous allons aboutir ».

Une autre source proche du dossier a également souligné le potentiel de la tentative de consensus de M. Strohschneider pour favoriser la compréhension entre les parties prenantes.

Cependant, elle met en garde contre le risque de finalement se « retrouver avec un accord peu convaincant ».

Les ministres de l’UE se tournent vers l’avenir

Pendant ce temps, le Conseil de l’UE se penche activement sur ses propres conclusions sur l’avenir de l’agriculture, qui seront présentées lors d’une réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE les 24 et 25 juin.

En collaboration avec les délégations nationales, la présidence belge du Conseil travaille sur la vision des ministres nationaux pour le secteur. Le projet de texte, consulté par Euractiv, enjoint l’exécutif de l’UE à développer une stratégie alimentaire qui garantisse une alimentation « suffisante, sûre et durable » au sein de l’Union.

D’après le projet, les ministres souhaitent faire de l’agriculture l’une des priorités de l’agenda stratégique de l’UE pour la prochaine législature (2024-2029).

Le texte préconise un équilibre entre autonomie et ouverture au commerce international pour le secteur alimentaire de l’UE, en approuvant le concept d’« autonomie stratégique ouverte » et en appelant à des normes de réciprocité dans les accords commerciaux « lorsqu’elles sont pertinentes et compatibles » avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les ministres reconnaissent également que « la préservation des écosystèmes est essentielle pour garantir la sécurité alimentaire ».

Par ailleurs, le document souligne les nombreuses préoccupations des agriculteurs exprimées lors des récentes manifestations, ainsi que leurs efforts pour améliorer « la durabilité de la production alimentaire », tout en faisant face à des défis tels que le changement climatique et la guerre en Ukraine.

Le projet de texte demande aussi à la Commission européenne de procéder à une évaluation « approfondie » de la charge administrative que représentent les règles de l’Union pour les agriculteurs — l’une des principales inquiétudes exprimées lors des rassemblements d’agriculteurs à travers l’Union — et reconnaît le rôle des administrations nationales dans la simplification des procédures.

« Les États membres sont les premiers points de contact pour les agriculteurs et sont responsables de la gestion et de la distribution des fonds de l’UE », peut-on lire dans le projet.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]