Adhésion islandaise : État des lieux un an après la crise
La crise économique a poussé la République d’Islande, jusque-là farouchement indépendante, dans les bras de l’Union. Si la candidature du pays a été bien accueillie par l’ensemble des États membres, l’issue du processus semble aujourd’hui plus qu’incertaine.
La crise économique a poussé la République d’Islande, jusque-là farouchement indépendante, dans les bras de l’Union. Si la candidature du pays a été bien accueillie par l’ensemble des États membres, l’issue du processus semble aujourd’hui plus qu’incertaine.
Il y a un an, au plus fort de la crise, les Islandais se prononçaient d’une seule voix en faveur de l’entrée dans l’Union. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 50% à être favorable à l’adhésion, d’après les sondages les plus récents.
Jusque-là habituée à la prospérité et plutôt fière de son modèle, l’Islande n’a pas eu d’autre choix, pour faire face au retournement brutal de la conjoncture, que de se précipiter vers l’Union. Faillite bancaire, chute de la couronne, surendettement : la crise a mis fin à la success-story islandaise.
Pour autant, « l’Islande européenne ne va pas de soi », explique Michel Sallé, spécialiste du pays et administrateur de l’association France-Islande.
Le gouvernement espère ouvrir les négociations au plus vite
Pour l’Islande, tout a été très vite après le début de la crise. Le 28 mai 2009, le nouveau gouvernement islandais, issu des élections anticipées d’avril, dépose un projet de loi relatif à une possible demande d’adhésion. Après de vifs débats au Parlement, le pays pose officiellement sa candidature auprès de l’UE le 16 juillet.
A peine 11 jours après, le Conseil européen a donné son feu vert en transmettant le dossier pour étude à la Commission européenne, conformément à la procédure.
«Il est important que l’Islande n’adopte pas la philosophie de Karl Marx mais plutôt celle de John Fitzegerald Kennedy », a déclaré l’ancien commissaire à l’Elargissement Olli Rehn, en visite à Reykjavik le 8 septembre dernier. Il a alors remis aux autorités islandaises un document de près de 3000 questions.
La mobilisation inédite de l’administration a permis au pays de rendre sa copie – quelques 8872 pages – avec un mois d’avance sur le calendrier, à la mi-octobre. Le gouvernement espère en fait obtenir le statut de candidat officiel lors du prochain Conseil européen des 10 et 11 décembre. Mais pour l’heure, la Commission élabore ses recommandations.
« L’adhésion se fera au mieux en 2012 », confie le député UMP des Bouches-du-Rhône Roland Blum interrogé par EURACTIV.fr, faisant référence aux précautions à prendre vis-à-vis des autres pays candidats et au temps nécessaire à la procédure. Selon le député, qui s’est rendu en Islande en octobre dernier pour le compte de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, « un tel calendrier est trop ambitieux ». Il est plus probable que le Conseil européen se prononce sur cette candidature en mars 2010. Une fois les négociations ouvertes, les quelques points litigieux parmi les 35 chapitres pourraient aussi ralentir le processus. Un retard de «18 mois dans le meilleur des cas, sinon deux ans, peut-être deux ans et demi ».
Le traité d’adhésion devra ensuite être ratifié par chacun des États membres, et, enfin, validé par référendum en Islande. Cette ultime étape est loin d’être gagnée d’avance.
Les fluctuations de l’opinion
Le pays, qui a largement profité de la globalisation financière, ne voulait pas entendre parler d’Europe jusqu’à peu. Puis, très durement éprouvé par la crise, l’Union est apparue comme l’unique planche de salut.
« Maintenant, je pense que les Islandais entament une nouvelle phase, celle du désenchantement », commente le député.
A l’origine de ce revirement, l’affaire Icesave, vécue comme un véritable psychodrame par les Islandais. Littéralement contrainte par le Royaume-Uni et les Pays-Bas à rembourser l’ensemble des épargnants étrangers ayant confié leurs économies à sa principale banque en faillite, l’Islande s’est sentie humiliée. Gels d’avoirs, lois anti-terroristes, les réactions des gouvernements européens ont été brutales à son égard. La plupart des organismes internationaux (FMI, BEI) ont également bloqué les crédits en attendant le règlement du conflit, un véritable «chantage » selon le pays.
Les citoyens en veulent à l’Union. « En fait, un amalgame évident s’est fait dans l’esprit des Islandais. Parce que l’accord finalement conclu avec les Britanniques est intervenu en Islande au même moment que les débats sur une éventuelle adhésion», explique Michel Sallé. « Il faut dire que de nombreux partis, populistes, écologistes et autres, ont largement instrumentalisé la question européenne », commente quant à lui Roland Blum.
Petite communauté de 320 000 habitants, les Islandais se sont toujours posés une question centrale concernant leurs relations avec l’Europe : leurs intérêts seront-ils mieux protégés dans l’Union ou aux bords de l’Union ? Jusque-là, le pays a toujours préféré faire cavalier seul.
« Pourtant, le partage des valeurs européennes ne fait aucun doute », indique Michel Sallé, « d’ailleurs 75% de la législation en vigueur s’applique déjà en Islande. Le vrai problème, c’est la peur de se dissoudre. Les Islandais ont beaucoup de mal à se représenter ce que deviendrait leur communauté dans l’Union », explique l’expert.
Quels scénarios possibles ?
« Un 50/50 mou ». Michel Sallé estime que l’opinion islandaise, au-delà de la conjoncture, est scindée en deux. « S’il fallait trancher, le plus probable serait quand même un scénario à la norvégienne », ajoute-t-il, plutôt pessimiste. Préférant une coopération sans intégration, la population norvégienne a dit « non » au traité d’adhésion deux fois par referendum, alors qu’elle fait aussi partie de l’AELE et de l’espace Schengen.
Si le peuple s’oppose, ce sera tout simplement la poursuite du statu quo. Mais l’Islande peut-elle indéfiniment rester en marge de l’Union ? C’est peu probable. «Les Islandais pour la plupart sentent bien, confusément, qu’ils devront tôt ou tard entrer dans l’Union, bien que ça leur fasse peur », affirme Michel Sallé.
Autre hypothèse, les Islandais attendent leurs voisins norvégiens pour adhérer. N’oublions pas que les premiers rapprochements avec l’Europe se sont faits par le biais de l’espace nordique.
D’après l’expert, « les seuls vraiment intéressés par l’entrée de l’Islande sont les pays nordiques déjà présents dans l’Union. Ils poussent car ils voudraient reconstituer une sorte de Conseil nordique interne à l’union, avec la Norvège, l’Islande et éventuellement les Pays baltes. Ils souhaitent contrebalancer l’élargissement à l’Est qu’ils ne voient pas forcément d’un bon œil ».
Quels arguments pourraient donc faire basculer le cœur des Islandais ? « Ils sont orgueilleux, fiers de leur réussite, notamment technologique », confie l’expert. Selon lui, si l’Union décidait de valoriser fortement les atouts islandais, le pays franchirait peut-être enfin le pas.