Adhésion à Schengen : la Bulgarie menace les Pays-Bas et l’Autriche de mesures de rétorsion

La Bulgarie menace d’adopter des mesures de rétorsion si les Pays-Bas et l’Autriche continuent d’opposer leur veto à son adhésion à l’espace Schengen, a déclaré le Premier ministre bulgare lundi, avant d’ajouter que « le bon sens pourrait l’emporter » d’ici le vote sur la question.

EURACTIV Bulgarie
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Les Pays-Bas ont annoncé qu’ils étaient prêts à soutenir l’adhésion de la Croatie et de la Roumanie, mais pas celle de la Bulgarie. L’Autriche, quant à elle, rejette à la fois la Bulgarie et la Roumanie. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/giurgiu-romania-july-1-2021-land-2094631129" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock/Mircea Moira</a>]

La Bulgarie menace d’adopter des mesures de rétorsion si les Pays-Bas et l’Autriche continuent d’opposer leur veto à son adhésion à l’espace Schengen. C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre bulgare, Galab Donev, lundi (5 décembre), avant d’ajouter que « le bon sens pourrait l’emporter » dans les jours qui restent avant le vote décisif sur la question.

Selon les dernières missions d’experts de la Commission européenne, la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie sont toutes prêtes à rejoindre l’espace Schengen. Toutefois, les Pays-Bas et l’Autriche s’opposent fermement à leur adhésion.

Tandis que les Pays-Bas s’opposent davantage à l’adhésion de la Bulgarie, l’Autriche s’oppose quant à elle davantage à l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie.

M. Donev n’a pas précisé quelles pourraient être les mesures de rétorsion de la Bulgarie, mais a déclaré : « Nous espérons que nous n’aurons pas à le faire ».

Selon des informations officieuses en provenance de Sofia, à moins que les Pays-Bas ne retirent leur veto, la Bulgarie devrait d’abord bloquer la candidature de Hans Leijtens à la tête de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières.

« La Bulgarie n’a pas renoncé à Schengen. Nous avons encore trois jours », a déclaré le Premier ministre bulgare lundi.

Le ministre bulgare de la Justice, Krum Zarkov, a confié à EURACTIV Bulgarie que cette fois, la menace de la Bulgarie est bien réelle, et qu’elle a pour objectif de faire réagir les États membres de l’UE.

Le ministre bulgare de l’Intérieur, Ivan Demerdzhiev, a fait remarquer qu’il y a encore un espoir que l’Autriche change de position, car ses représentants ont participé au dernier contrôle d’experts aux frontières bulgares.

« Les principales objections des Pays-Bas ne sont pas liées à la protection des frontières, mais à la mise en œuvre du mécanisme de coopération et de vérification, qui a été abandonné pour la Bulgarie en 2019. Les Pays-Bas attendent un rapport, qu’ils ne peuvent pas recevoir. Une telle position vide de leur sens les règles sur lesquelles l’UE est fondée », estime M. Demerdzhiev.

Les Pays-Bas ont annoncé qu’ils étaient prêts à soutenir l’adhésion de la Croatie et de la Roumanie, mais pas celle de la Bulgarie. L’Autriche, quant à elle, rejette à la fois la Bulgarie et la Roumanie.

Les autorités bulgares affirment que les positions du Premier ministre néerlandais Mark Rutte et du chancelier autrichien Karl Nehammer sont dictées par des considérations de politique intérieure plutôt que par de réels manquements dans la mise en œuvre des règles de l’espace Schengen par la Bulgarie.

« On soupçonne une attitude de deux poids deux mesures, en particulier de la part des Pays-Bas », a ajouté le M. Donev.

Le Conseil « Justice et Affaires intérieures » de l’UE doit se prononcer sur deux décisions distinctes concernant Schengen ce jeudi (8 décembre). Les ministres voteront d’abord pour l’admission de la Bulgarie et de la Roumanie, et ils voteront ensuite séparément pour la Croatie. Dans les deux cas, l’unanimité est requise pour qu’une décision soit approuvée.

La Croatie devrait être acceptée au sein de la zone de libre circulation, mais les choses pourraient être plus compliquées pour la Bulgarie et la Roumanie.

Durant le week-end, le président bulgare Rumen Radev a qualifié la position des Pays-Bas de « cynique » et la suggestion de son ministre de la Justice, Krum Zarkov, d’« inadmissible ». En outre, le procureur général Ivan Geshev a demandé aux Pays-Bas de fournir la preuve que la frontière bulgare peut être franchie « avec un billet de 50 euros », ce qui avait été avancé par M. Rutte.

Mardi (6 décembre), la ministre autrichienne des Affaires étrangères Karoline Edtstadler a confirmé que l’Autriche opposera son veto à l’admission de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace de libre circulation de l’UE.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]