Accueil des réfugiés : les États membres de l’UE sont les principaux bénéficiaires de l’aide au développement
Des statistiques publiées par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) révèlent que les États membres de l’UE sont devenus les principaux bénéficiaires de leur propre aide au développement.
Des statistiques publiées mercredi (12 avril) par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) révèlent que les États membres de l’UE sont devenus les principaux bénéficiaires de leur propre aide au développement.
Les vingt États membres de l’UE qui sont membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE ont annoncé une aide publique au développement (APD) de 87 milliards d’euros, soit une augmentation de près de 19 % par rapport à 2021. Cela représente 0,57 % de leur ratio APD/revenu national brut, soit le niveau le plus proche de l’objectif de 0,7 % convenu par les Nations unies en 1970 jamais enregistré.
Cependant, seuls quatre États membres, à savoir la Suède, le Luxembourg, le Danemark et l’Allemagne, ont atteint l’objectif de 0,7 %.
Toutefois, la majeure partie de l’augmentation est due à l’accueil de réfugiés dans les pays donateurs, pour un coût de 25 milliards d’euros, soit 14,4 % du total de l’APD, qui a par ailleurs considérablement augmenté à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Par exemple, plus de 15 milliards d’euros d’APD ont été alloués à des activités nationales pour répondre à l’afflux de réfugiés ukrainiens.
Ces montants, qui placent les donateurs de l’UE en tant que bénéficiaires de leur propre aide, ne constituent pas une grande surprise. En effet, plus de 8 millions d’Ukrainiens se sont réfugiés dans l’UE depuis le début de l’invasion russe en février 2022, et les règles de l’OCDE permettent de comptabiliser les coûts liés aux réfugiés présents sur le territoire d’un pays comme de l’aide au développement.
Dévalorisation de l’aide au développement
Certains affirment cependant que ces règles risquent de dévaloriser l’aide au développement.
« La décision de continuer à déclarer les coûts nationaux comme de l’APD nuit à son objectif et diminue la crédibilité de l’UE en tant que partenaire fiable. Il n’est pas encore trop tard pour […] exclure les coûts liés aux réfugiés des chiffres finaux », a déclaré Celia Cranfield, responsable du plaidoyer à CONCORD, la Confédération européenne des ONG d’urgence et de développement.
Certains États, tels que la Slovaquie, le Luxembourg et la Belgique, excluent déjà partiellement les coûts nationaux liés aux réfugiés de leurs rapports.
La Commission indépendante sur l’impact de l’aide (Independent Commission for Aid Impact), l’organisme de surveillance du Royaume-Uni, a pour sa part révélé que le gouvernement britannique dépensait environ un tiers du budget de l’aide, soit 3,7 milliards de livres sterling, sur son territoire — principalement dans des hôtels pour les réfugiés — ce qui représente une augmentation de 487 % depuis 2020. Cela représente plus que ce que le Royaume-Uni a dépensé pour l’aide bilatérale en Afrique et en Asie réunies, et cette tendance peut être observée dans une grande partie de l’UE également.
Les nouveaux chiffres montrent que le Royaume-Uni « dépense chez lui cinq fois plus que ce qu’il dépense en Afrique », a reconnu un fonctionnaire britannique.
La Suède a également annoncé des coupes importantes dans son budget d’aide et une réduction de 25 % de son financement des agences des Nations unies. L’Allemagne a elle aussi procédé à des réductions importantes de ses dépenses, dont la cause est souvent attribuée à une lassitude des donateurs.
« La lassitude des donateurs est un choix politique et une erreur », estime l’administrateur du programme de développement de l’ONU, Achim Steiner, qui s’est entretenu avec EURACTIV le mois dernier.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]