Accords historiques entre l'Italie et la Libye sur la production de gaz et l'immigration

Des accords historiques ont été signés entre l’Italie et la Libye dans les domaines de la production de gaz et le contrôle des flux migratoires. « Le secteur de l’énergie n’a pas connu d’investissement de cette ampleur depuis plus d’un quart de siècle », selon le producteur gazier libyen.

EURACTIV Italie
Italian Prime Minister Giorgia Meloni visits Libya
Mme Meloni s’est rendue en Libye pour y rencontrer le Premier ministre du gouvernement d’unité nationale libyen, Abdul Hamid Dbeibah, et le président du Conseil présidentiel, Mohammed Yunis Ahmed Al-Menfi. [EPA-EFE/FILIPPO ATTILI]

Des accords historiques ont été signés entre l’Italie et la Libye dans les domaines de la production de gaz et le contrôle des flux migratoires. « Le secteur de l’énergie n’a pas connu d’investissement de cette ampleur depuis plus d’un quart de siècle », selon le producteur gazier libyen.

Mme Meloni s’est rendue en Libye pour y rencontrer le Premier ministre du gouvernement d’unité nationale libyen, Abdul Hamid Dbeibah, et le président du Conseil présidentiel, Mohammed Yunis Ahmed Al-Menfi. La visite à Tripoli fait suite à celle effectuée à Alger il y a quelques jours et pourrait être suivie d’une autre en Tunisie. Elle s’inscrit dans le cadre du plan gouvernemental visant à faire de l’Italie une capitale énergétique en Europe — le « plan Mattei ».

« L’accord d’aujourd’hui permettra de réaliser d’importants investissements dans le secteur de l’énergie en Libye, contribuant ainsi au développement et à la création d’emplois dans le pays et renforçant la position d’Eni en tant que premier opérateur en Libye », a déclaré M. Descalzi.

M. Descalzi et Farhat Bengdara, le PDG de la compagnie pétrolière libyenne National Oil Corporation (NOC), ont signé un accord visant à lancer le développement des installations « A&E ». Il s’agit d’un projet stratégique qui a pour but d’augmenter la production de gaz afin d’approvisionner le marché intérieur libyen et d’assurer les exportations vers l’Europe. Eni opère en Libye depuis 1959 où elle est le principal producteur de gaz avec 80 % de la production nationale.

L’investissement total est d’environ 8 milliards de dollars, le plus important réalisé par Eni au cours des 25 dernières années. L’accord porte sur deux gisements offshore au large de la côte ouest dont les réserves sont estimées à 6 trillions de pieds cubes. La production de gaz commencera en 2026 et, à raison de 850 millions de pieds cubes par jour, pourra se poursuivre pendant 25 ans.

« Le secteur de l’énergie n’a pas connu d’investissement de cette ampleur depuis plus d’un quart de siècle », a déclaré M. Bengdara, PDG de la NOC, à Bloomberg. 

Le projet prévoit également la construction d’une installation de piégeage et de stockage du dioxyde de carbone qui permettra de réduire l’empreinte carbone globale, conformément à la stratégie de décarbonation de l’UE et d’Eni.

La Libye occupe la cinquième place dans le classement des pays d’Afrique possédant les plus grandes réserves de gaz, derrière le Nigeria, l’Algérie, le Mozambique et l’Égypte. Le gazoduc GreenStream, long de 520 km, est en service depuis 2004. Il relie la Libye à l’Italie et, plus précisément, de Mellitah à Gela, en Sicile.

La question de l’immigration

La lutte contre l’immigration clandestine reste l’un des chevaux de bataille du gouvernement italien de droite. C’est dans cette perspective que la Première ministre italienne souhaite renforcer la coopération avec les pays d’Afrique du Nord afin de réguler les flux migratoires.

Il convient de « trouver des solutions structurelles et vérifiables » pour limiter l’immigration clandestine, y compris « en collaboration avec l’agence des Nations unies présente sur le terrain », a déclaré Mme Meloni. Ces propos interviennent dans un contexte de hausse des départs illégaux par voie maritime depuis la Libye, entretenus par les trafiquants d’êtres humains.

À cet effet, le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani et le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi ont signé des accords de coopération avec leurs homologues libyens.

Le premier devait « renforcer les capacités et la coopération avec les autorités libyennes en ce qui concerne les services de garde-côtes », tandis que le second jetait les bases d’une « force opérationnelle conjointe » chargée des flux migratoires, de la lutte contre le terrorisme et de la lutte contre les stupéfiants.

Mme Meloni a présenté l’Italie comme un partenaire susceptible de contribuer « rapidement » à la croissance de la Libye et à l’organisation d’élections régulières. Celles-ci permettraient notamment de stabiliser le pays qui est toujours divisé en deux gouvernements, plus d’un an après le report des élections.

L’autre exécutif libyen, non reconnu par la communauté internationale, est dirigé par Fathi Bashagha. La région de la Cyrénaïque, stratégique à plusieurs niveaux, est quant à elle sous le contrôle du général Khalifa Haftar, protagoniste de la guerre civile qui a éclaté en 2014 après la chute de Mouammar Kadhafi.

Bien que Mme Meloni n’ait fait qu’une escale à Tripoli, l’accord signé avec la NOC représente également un rapprochement de l’Italie avec M. Haftar, qui est très proche du PDG de la NOC.

Un « large compromis politique national peut aider à débloquer l’impasse actuelle », a déclaré Mme Meloni. L’Italie « fera son possible pour assurer une plus grande unité d’intention de la part de la communauté internationale sur le dossier libyen et pour éviter le risque que certaines influences ne viennent déstabiliser la situation au lieu de la favoriser », a-t-elle précisé.

Le changement d’approche proposé a pour objectif d’aider « les pays africains à se développer et à s’enrichir » et ne se veut pas « prédateur », a souligné la Première ministre. Celle-ci avait utilisé il y a peu ce même terme pour décrire l’attitude du gouvernement français du président Emmanuel Macron.