Accord UE-Mercosur : la France votera contre, et les autres pays européens ?
Un vote prévu ce vendredi 9 janvier déterminera si les États membres de l’UE partisans de l’accord UE-Mercosur peuvent obtenir une majorité en faveur de celui-ci.
Les États membres de l’UE doivent se prononcer sur l’accord commercial controversé entre l’Union européenne et les pays du Mercosur ce vendredi, et le vote pourrait être l’un des plus déterminants de ces dernières années.
Chypre, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE, a officiellement inscrit le vote de l’accord à l’ordre du jour de ce vendredi 9 janvier par procédure écrite. Si l’issue du vote est favorable, la Commission européenne pourrait signer l’accord du Mercosur dès la semaine prochaine au Paraguay, probablement après mercredi 14 janvier.
Pour que l’accord soit adopté, il doit obtenir le soutien d’au moins 15 des 27 États membres de l’UE, représentant 65 % de la population du bloc. Ci-dessous, un rappel des positions nationales qui détermineront le résultat de ce vote historique.
C’est compliqué : Italie
L’Italie détient la clé pour atteindre la majorité. Rome a longtemps souligné les avantages de l’accord, mais ces derniers mois, elle a également appelé à des garanties plus solides pour les agriculteurs. La position finale de l’Italie reste incertaine, même si un vote favorable semble de plus en plus probable.
Les responsables examinent toujours les garanties présentées cette semaine par la Commission européenne, a déclaré jeudi le ministre italien de l’Agriculture Francesco Lollobrigida au journal Il Sole 24 Ore. Il manque encore un accord sur des clauses de sauvegarde plus strictes, a-t-il indiqué, qui seront discutées lors d’une réunion des ambassadeurs avant qu’ils ne se prononcent sur l’accord général.
Un grand non : Irlande, Pologne, Hongrie, France
Le gouvernement centriste irlandais a mis fin jeudi à des semaines de spéculations sur sa position en s’opposant officiellement à l’accord. Le Premier ministre Micheál Martin a salué les garanties supplémentaires, mais a averti qu’elles ne protégeraient pas entièrement les agriculteurs locaux contre la concurrence déloyale.
La Pologne a été l’un des opposants les plus virulents. Le président Karol Nawrocki a récemment qualifié l’accord de « catastrophe » et a insisté pour constituer une minorité de blocage au Conseil.
La Hongrie s’est également opposée de manière constante au Mercosur et a confirmé jeudi qu’elle voterait contre. « Bruxelles ignore une fois de plus les intérêts de nos agriculteurs », a fustigé le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó.
Sans surprise non plus, la France votera contre l’accord, a rappelé jeudi le président Emmanuel Macron. Paris a conditionné son soutien à des garanties plus solides pour les agriculteurs et à une plus grande réciprocité. Bien que la Commission ait cherché à répondre à ces préoccupations, la France reste sceptique. Jeudi 8 janvier, Emmanuel Macron a évoqué un traité « d’un autre âge ».
Au contraire, l’accord est devenu un test de la capacité de Paris à tenir tête à Bruxelles. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les partis d’extrême droite sont prêts à tirer parti de la ratification de l’accord.
Le camp pro-Mercosur : l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne et les pays nordiques
Il n’est guère surprenant que l’Espagne et le Portugal aient été parmi les plus fervents partisans de la conclusion de l’accord commercial, compte tenu de leurs liens politiques et culturels étroits avec les pays du Mercosur. Le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, a fait valoir que la conclusion de l’accord était une évidence après 25 ans de négociations. « Si le Mercosur était nécessaire en soi, il l’est encore plus aujourd’hui », expliquait-il mercredi.
L’Allemagne a également fait pression de manière constante en faveur de l’accord commercial et est largement considérée comme l’un des pays qui en tirera le plus grand bénéfice. L’accord est particulièrement intéressant pour les constructeurs automobiles allemands, qui sont actuellement confrontés à des droits de douane élevés dans les pays du Mercosur.
Les pays nordiques de l’UE – le Danemark, la Finlande et la Suède – soutiennent également depuis longtemps cet accord, reflétant ainsi leur tradition favorable au commerce. Désormais libérée de son rôle de présidence du Conseil, Copenhague fait pression pour que l’accord soit ratifié. « De nouvelles opportunités de libre-échange sont nécessaires lorsque d’autres veulent ériger des barrières tarifaires… notamment pour une petite économie ouverte comme celle du Danemark », a insisté le ministre danois de l’Agriculture, Jacob Jensen.
La politique intérieure s’en mêle : Autriche, Belgique, Pays-Bas
Les Pays-Bas ont pris leur temps pour se prononcer. Bien qu’ils soient de fervents défenseurs du libre-échange et un important exportateur de produits agroalimentaires, l’accord avec le Mercosur s’est avéré politiquement sensible pour le parti agricole BBB, qui fait partie du gouvernement intérimaire actuel. En novembre, le cabinet a confirmé son soutien à l’accord, et le parlement nouvellement formé a approuvé la décision quelques semaines plus tard.
Sur le papier, l’Autriche est tenue de se prononcer contre le Mercosur. En vertu de la législation autrichienne, le gouvernement doit obtenir l’approbation du Parlement avant de signer tout accord commercial. En 2019, le Parlement autrichien a voté à la quasi-unanimité contre l’accord UE-Mercosur, invoquant des préoccupations environnementales et des risques pour les agriculteurs.
La Belgique s’abstiendra en raison de divisions internes, la Flandre soutenant l’accord et la Wallonie s’y opposant.