Accord sur l’Irlande du Nord : le cadre de Windsor a peu de chances d’être modifié de manière significative

Le secrétaire d’État britannique pour l’Irlande du Nord devrait partager les détails de l’accord visant à restaurer le partage du pouvoir en Irlande du Nord ce mercredi (31 janvier), bien que cet accord n’apporte pas de changements majeurs au cadre de Windsor convenu l’an dernier.

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British Secretary of State for Northern Ireland briefs the press over power sharing in Northern Ireland
Le secrétaire d’État Chris Heaton-Harris a confié à Euractiv qu’il « publiera les détails des propositions […] faites pour assurer la place de l’Irlande du Nord dans le marché intérieur britannique et pour renforcer l’Union » mercredi (31 janvier). [EPA-EFE/ANDY RAIN]

Le secrétaire d’État britannique pour l’Irlande du Nord devrait partager les détails de l’accord visant à restaurer le partage du pouvoir en Irlande du Nord ce mercredi (31 janvier), bien que cet accord n’apporte pas de changements majeurs au cadre de Windsor convenu l’an dernier entre Londres et Bruxelles.

Le secrétaire d’État Chris Heaton-Harris a confié à Euractiv mardi soir (30 janvier) qu’il « publiera les détails des propositions […] faites pour assurer la place de l’Irlande du Nord dans le marché intérieur britannique et pour renforcer l’Union » ce mercredi.

L’accord, annoncé tôt dans la matinée de mardi, a mis fin à près de deux ans de paralysie au sein de l’Assemblée d’Irlande du Nord.

Le Parti unioniste démocrate (DUP) et son chef, Jeffrey Donaldson, avaient empêché la formation de l’Assemblée nord-irlandaise parce qu’ils n’étaient pas satisfaits des termes du Protocole sur l’Irlande du Nord et du cadre de Windsor — deux accords qui régissaient la circulation des marchandises entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, qui est restée dans le marché unique de l’UE à la suite du Brexit.

Le principal grief du DUP était que ces accords, qui établissaient différents niveaux de contrôles frontaliers pour les marchandises circulant entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, donnaient le sentiment que l’Irlande du Nord n’était pas sur un pied d’égalité avec le reste du Royaume-Uni.

Pas de changements significatifs

Lors d’une conférence de presse lundi soir (29 janvier), M. Donaldson a évoqué le contenu de l’accord.

« Je pense que ce paquet préserve la place de l’Irlande du Nord dans l’Union et qu’il nous permettra de retrouver notre place au sein du marché intérieur britannique. Il supprimera les contrôles pour les marchandises circulant à l’intérieur du Royaume-Uni et restant en Irlande du Nord, et mettra fin à l’application automatique par l’Irlande du Nord des futures lois de l’UE », a-t-il indiqué.

Toutefois, les experts soulignent que le paquet ne modifiera pas de manière significative les conditions actuelles du cadre de Windsor.

« Je ne peux pas imaginer qu’il y ait des différences significatives [par rapport au cadre de Windsor] parce que l’UE ne l’acceptera pas », a indiqué à Euractiv Peter McLoughlin, expert en politique nord-irlandaise et maître de conférences à l’Université Queen’s de Belfast.

M. McLoughlin a déclaré que tout changement substantiel pourrait contrarier Bruxelles ou bafouer l’accord du Vendredi saint (Good Friday Agreement), ce qui déplairait aux nationalistes et au parti nord-irlandais Sinn Féin, vainqueurs des élections de 2022 avec le DUP.

Les détails de l’accord ne sont toutefois pas encore clairs, et M. McLoughlin a indiqué que les déclarations qui seraient faites par M. Donaldson et le DUP dans les prochains jours pourraient ne pas apporter beaucoup de clarté.

« Il se peut que nous constations la teneur de l’accord par les actions du gouvernement britannique au cours des prochains jours », a-t-il ajouté.

Outre la législation visant à réduire les contrôles sur les marchandises traversant la mer d’Irlande, M. McLoughlin s’attend à ce que la législation adoptée par Westminster réaffirme symboliquement l’engagement de la Grande-Bretagne envers son union avec l’Irlande du Nord.

Un accord critiqué

Le but de M. Donaldson sera de présenter les changements qui auront été apportés comme « significatifs », a déclaré M. McLoughlin. « Ce qui sera difficile, c’est si les unionistes et les détracteurs de l’accord pensent que cela ne suffira pas », a-t-il ajouté.

L’opposition du DUP a également critiqué l’accord. Le Parti social-démocrate et travailliste (SDLP) a publié une déclaration saluant la nouvelle, mais critiquant le boycott qui menace la structure politique mise en place par l’accord du Vendredi saint et porte préjudice aux citoyens nord-irlandais.

« Des années de paralysie ont gravement nui aux services publics, à la situation des travailleurs du secteur public, à la santé des personnes qui attendent un traitement hospitalier dans des délais déraisonnables et, en fin de compte, à la confiance du public dans le processus politique », a déclaré Colum Eastwood, député du SDLP.

M. McLoughlin a ajouté qu’aucun accord n’est susceptible d’être conclu facilement. « Le Brexit [allait] forcément causer de grandes perturbations », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas de politique commerciale idéale autre que le retour dans l’UE. À moins de revenir en arrière, il y aura toujours des frictions et des problèmes. »

[Édité Anne-Sophie Gayet]