Accord sur le renflouement de la Grèce à l'issue de discussions marathon
Après plus de 13 heures de discussions houleuses à Bruxelles, les ministres des finances de la zone euro ont approuvé un second renflouement pour la Grèce surendettée ce matin (21 février). Cette aide devrait permettre au pays de répondre à ses besoins financiers immédiats, mais a peu de chance de relancer l'économie grecque déjà anéantie.
Après plus de 13 heures de discussions houleuses à Bruxelles, les ministres des finances de la zone euro ont approuvé un second renflouement pour la Grèce surendettée ce matin (21 février). Cette aide devrait permettre au pays de répondre à ses besoins financiers immédiats, mais a peu de chance de relancer l'économie grecque déjà anéantie.
A l'issue de négociations qui ont duré toute la nuit, des fonctionnaires de la zone euro ont affirmé que les ministres étaient parvenus à finaliser des mesures visant à ramener la dette grecque à 120,5 % de son produit intérieur brut d'ici 2020. Cet objectif est légèrement plus élevé que les 120 % prévus initialement, lorsque les négociateurs représentant le secteur privé avaient accepté des pertes plus importantes.
Cet accord portant sur un plan de sauvetage de 130 milliards d'euros, sujet à des conditions strictes, permettra de tirer un trait sur des mois d'incertitudes qui ont secoué l'union monétaire. Il devrait également permettre à la Grèce d'éviter la faillite.
« Nous avons abouti à un accord de grande ampleur sur le nouveau programme d'aide à la Grèce et l'implication du secteur privé qui devrait mener à une réduction significative de la dette grecque et ouvrir la voie à un volume sans précédent de nouveaux financements […] pour assurer l'avenir de la Grèce au sein de la zone euro », a déclaré lors d'une conférence de presse Jean-Claude Juncker, le Luxembourgeois qui préside l'Eurogroupe des ministres des finances.
Voir la couverture d'EUX.TV à ce sujet :
http://www.euractiv.com/video/eurozone-agrees-greek-bailout-deal-306900
Une présence permanente de la troïka en Grèce
Ce programme est assorti de conditions strictes. La Commission européenne est en effet invitée à « renforcer significativement son groupe de travail sur la Grèce » et disposer d'une « présence permanente sur le terrain » pour surveiller la bonne mise en oeuvre du plan de sauvetage.
Un « compte séparé » sera également créé pour permettre de mieux suivre et contrôler les fonds destinés à rembourser la dette grecque, peut-on lire dans un communiqué publié à l'issue de la réunion.
Un programme grec sujet aux accidents
Des experts de l'Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international (la troïka) ont affirmé dans un rapport que la Grèce aurait eu besoin d'une aide plus importante pour ramener le volume de sa dette à l'objectif officiel, étant donné que l'état de son économie ne fait qu'empirer.
Si Athènes ne met pas en oeuvre les réformes économiques et ne réduit pas ses dépenses comme prévu, sa dette pourrait atteindre 160 % de son PIB d'ici 2020, peut-on encore lire dans ce rapport.
« Etant donnés les risques, le programme grec pourrait demeurer sujet aux accidents, avec des questions soulevées quant à sa soutenabilité », ont expliqué les experts dans ce rapport confidentiel de neuf pages qui souligne que les problèmes de la Grèce sont loin d'être résolus.
Accord avec le secteur privé
Cet accord permettra à Athènes d'opérer un échange d'obligations avec le secteur privé pour réduire et restructurer son immense dette. Cette initiative devrait permettre au pays de se stabiliser quelque peu et de rester au sein de la zone euro.
Environ 100 milliards d'euros de dette seront effacés lorsque les banques et les compagnies d'assurances échangeront les obligations qu'elles détiennent aujourd'hui contre des titres à plus longue échéance assortis d'un coupon inférieur. Personne ne sait toutefois combien ils seront à l'accepter.
Les créanciers privés de la Grèce essuieront une perte de 53,5 % de la valeur nominale de leurs obligations. Ils avaient précédemment accepté une décote nominale de 50 %, ce qui équivalait à une perte d'environ 70 % sur la valeur nette de la dette.
« Etant donné l'accord équilibré conclu avec les créanciers […] et le fait que ce paquet permettrait à la dette grecque d'être plus soutenables, nous nous attendons à un taux élevé de participation », a déclaré M. Juncker.
Manque de financement
Le rapport sur la soutenabilité de la dette remis aux ministres la semaine dernière a révélé que sans mesures supplémentaires, la dette grecque risquait de ne descendre qu'à 129 % du PIB d'ici 2020.
Le FMI avait affirmé que si le ratio dette/PIB n'atteignait pas les 120 %, il ne pourrait pas participer au financement du renflouement, ce qui aurait mis tout le programme en péril.
Pour combler ce manque de financement, les banques centrales de la zone euro mettront également la main à la poche.
Dans un communiqué, l'Eurogroupe a déclaré que la BCE ferait passer les profits qu'elle a encaissés grâce à l'achat d'obligations grecques ces deux dernières années dans le cadre de son programme d'urgence aux banques centrales nationales, afin que leur gouvernement puisse les transférer à Athènes pour accroître la soutenabilité de la dette publique grecque.
La BCE a dépensé environ 38 milliards d'euros pour acheter des titres de dette grecque qui valent aujourd'hui environ 50 milliards d'euros.
Quels que soient les termes de l'accord, les économistes affirment qu'il ne fera que repousser le défaut de paiement de quelques mois. Il pourrait falloir une décennie avant que l'économie retombe sur ses pieds, une perspective qui a poussé des milliers de Grecs à défiler dans les rues dimanche pour protester contre les mesures d'austérité.
Des doutes sur l'engagement
De nombreux sceptiques se demandent si le nouveau gouvernement grec respectera à la lettre les dispositions d'un programme très impopulaire après les élections d'avril prochain. Ils affirment en outre qu'Athènes pourrait à nouveau prendre du retard dans la mise en oeuvre des mesures. Les créanciers pourraient alors se retirer une fois que la zone euro disposerait de pare-feu financiers plus solides.
Bien que l'Allemagne et d'autres pays craignent que la Grèce ne puisse pas respecter ses engagements, dont les 3,3 milliards d'euros de réduction des dépenses et d'augmentation des impôts, la menace d'un défaut de paiement chaotique ayant des répercussions sur les autres pays de la zone euro a fait pencher la balance en faveur de la conclusion d'un accord, malgré des négociations plus que tortueuses.
Le premier ministre grec, Lucas Papademos, la présidente du FMI, Christine Lagarde, et le président de la BCE, Mario Draghi, ont participé aux discussions à Bruxelles.
L'échange d'obligations des créanciers privés devrait commencer le 8 mars et se terminer trois jours plus tard, ont déclaré les autorités grecques dimanche. Cela implique que le remboursement de 14,5 milliards d'obligations arrivant à échéance le 20 mars pourrait être honoré, ce qui permettrait à la Grèce d'éviter le défaut de paiement.
« C'est un résultat qui peut se justifier et créer les conditions préalables du retour de la Grèce sur la voie soutenable de la santé économique si l'accord sur l'échange d'obligations avec les créanciers privés est couronné de succès », a déclaré à la presse le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble.
Un renflouement qui ne règlera pas tout
La grande majorité des fonds du programme de 130 milliards d'euros sera utilisée pour financer l'échange d'obligations et assurer la stabilité du système bancaire grec : quelque 30 milliards d'euros seront utilisés pour « amadouer » le secteur privé et 23 milliards d'euros seront dépensés pour recapitaliser les banques grecques.
Environ 35 milliards d'euros supplémentaires permettront à la Grèce de financer le rachat des obligations. Très peu de fonds seront directement alloués au sauvetage de l'économie grecque à proprement parler.
Personne ne prétend que ce programme mettra un terme aux problèmes du pays. Des chiffres publiés la semaine dernière ont montré que son économie s'était contractée de 7 % en rythme annuel au dernier trimestre de 2011. Cette contraction est pire que prévu et les réductions des dépenses planifiées pour 2012 risquent d'empirer les choses.
La troïka, qui est chargée de surveiller les progrès de la Grèce en termes de réformes, réalise des analyses trimestrielles et pourrait donc un jour décréter qu'Athènes ne respecte pas ses engagements.