Accès aux soins de santé : une fracture subsiste entre les régions d'Europe

Le groupe de réflexion Globsec a publié jeudi 24 octobre son classement annuel de l’état de préparation des pays européens en matière de santé, révélant que d’importantes disparités subsistent entre les États d’Europe centrale et orientale et ceux d’Europe occidentale.

EURACTIV.com
Pharmacy sign in Paris, France
Comme c’est souvent le cas, les différences en matière d’investissement sont considérées comme un facteur clé expliquant cette fracture. Selon le rapport, les États d’Europe centrale et de l’est consacrent à la santé un budget inférieur de 50 % à celui de leurs homologues d’Europe de l’Ouest, et ce malgré les augmentations dues à la pandémie. Cet écart atteint même 60 % si l’on compare avec les cinq États les mieux classés. [Getty Images/Davis McCardle]

Le groupe de réflexion Globsec a publié jeudi 24 octobre son classement annuel de l’état de préparation des pays européens en matière de santé, révélant que d’importantes disparités subsistent entre les États d’Europe centrale et orientale et ceux d’Europe occidentale, principalement en raison d’un manque de financement.

La Norvège occupe la première place du classement des pays les plus aptes à relever les grands défis sanitaires, avec un score de 73,1 points sur 100. Elle est suivie de près par les Pays-Bas (72,3), la Suède (71,1), l’Allemagne (70,9) et le Danemark (70,6).

À l’inverse, la Bulgarie arrive en dernière position avec un score de 42,5, derrière la Pologne (45,4), la Lettonie (46), la Roumanie (46,1), la Slovaquie (46,4) et la Lituanie (49,1). Trois autres États membres de l’Union européenne (UE) se situent également en dessous de la moyenne de l’UE, qui s’élève à 54,7 points, soit nettement moins que les scores les plus élevés.

Comme c’est souvent le cas, les différences en matière d’investissement sont considérées comme un facteur clé expliquant cette fracture. Selon le rapport, les États d’Europe centrale et de l’Est consacrent à la santé un budget de 50 % inférieur à celui de leurs homologues d’Europe de l’Ouest, et ce malgré les hausses de financement dues à la pandémie. Cet écart atteint jusqu’à 60 % comparé aux cinq États les mieux classés.

« Ce sous-financement se traduit par des équipements obsolètes, du matériel médical insuffisant et des infrastructures manquant de personnel », explique l’auteur principal du rapport, Martin Smatana, expert en santé et membre associé de Globsec, en charge du programme Économie et Affaires.

Un fossé entre les zones rurales et urbaines

Au-delà des disparités globales, les fractures apparaissent également à l’intérieur des États. Le rapport met en évidence des différences significatives dans la qualité et l’accès aux services de santé entre les zones urbaines et rurales.

Selon le rapport, les zones rurales sont encore souvent mal desservies, ce qui se traduit par des « hôpitaux surchargés », de « longs délais d’attente » et un accès limité aux soins spécialisés, ainsi qu’un manque d’appareils spécialisés, tels que les scanners et les IRM, en particulier en Hongrie et en Roumanie.

« En l’absence d’infrastructures adéquates, les patients attendent plus longtemps avant de recevoir des soins essentiels, en particulier dans les zones rurales », explique Martin Smatana, qui plaide en faveur d’investissements ciblés pour pallier ce manque.

Pénurie de main-d’œuvre

Outre les investissements, le rapport met également en évidence les pénuries de main-d’œuvre dans le secteur de la santé. Selon Globsec, cette situation est en partie attribuée à des facteurs démographiques, dont le vieillissement de la population qui accroît la demande de soins et, de manière corollaire, le départ à la retraite du personnel de santé.

À titre de comparaison, la Norvège compte 2,4 fois plus de personnel infirmier et de médecins pour 1 000 habitants que la moyenne des États d’Europe centrale et occidentale. De plus, ces professionnels de la santé exercent un plus grand nombre d’activités cliniques liées à la santé publique et aux services de soins à domicile.

Pour 1 000 habitants, les Norvégiens disposent d’un peu plus de 20 médecins et de personnel infirmier, alors que ce chiffre ne dépasse pas dix, ou à peine, dans plusieurs États, comme la Lettonie et la Grèce — dont le système de santé peine encore à se remettre de la crise économique et des mesures d’austérité — ou encore la Pologne, la Hongrie et la Roumanie.

[Édité par Anna Martino]