Absence du rendement thermique dans le livre vert pour 2030
Des défenseurs de l’environnement sont furieux, car les objectifs climatiques du livre vert de l’UE pour 2030 ne tiennent pratiquement pas compte du rôle potentiel du rendement thermique dans la réduction des émissions de carbone.
Des défenseurs de l’environnement sont furieux, car les objectifs climatiques du livre vert de l’UE pour 2030 ne tiennent pratiquement pas compte du rôle potentiel du rendement thermique dans la réduction des émissions de carbone.
Le chauffage représente quelque 45 % de la consommation d'énergie finale du continent et les pertes dues à l’inefficacité sont immenses.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime que l’excédent de chaleur des centrales électriques au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui regroupe les 34 pays les plus avancés, s'élève à près de 40 exajoules par an, soit 10 fois la consommation d'énergie finale des Vingt-Sept.
Le livre vert ne fait cependant que trois allusions succinctes à la déperdition de chaleur.
« Il existe un potentiel immense d'utilisation de la chaleur résiduelle pour la production d'électricité ou l’alimentation des réseaux de chauffage urbains », a déclaré à EURACTIV Arnaud Duvielguerbigny, le responsable des politiques chez Cogen Europe. « Une meilleure identification du problème est pourtant absente du livre vert. »
L’allusion la plus détaillée au chauffage et au refroidissement apparaît dans un passage livre vert sur la directive relative à la performance énergétique des bâtiments. « Les retards et le caractère incomplet de certaines mesures nationales de transposition de cette directive risquent d’affaiblir la nécessaire contribution du secteur des bâtiments à la réduction des émissions de GES et à la réduction de la consommation d'énergie», peut-on lire dans ce document.
Aucune solution particulière n’est toutefois proposée dans le texte et il omet les pertes de chaleur de l'industrie, bien que ces dernières soient apparemment équivalentes à celle de générées par la consommation domestique.
« Une grande quantité d'énergie est consommée par les industries de transformation et la demande de chaleur ne passera évidemment pas à l'électricité », a déclaré M. Duvielguerbigny. Il a ajouté : « Ce n'est pas rentable aujourd'hui et cela ne le sera probablement pas dans un avenir proche. »
Le penchant de la Commission pour l'électricité
La Commission a choisi d’axé ses objectifs pour 2050 sur les marchés de l'électricité et de l'énergie et non du chauffage et du refroidissement, a affirmé M. Duvielguerbigny. L'exécutif européen aurait ainsi manqué l'occasion de mettre le doigt sur de futures économies d'énergie potentielles.
Une série de technologies de conversion thermique peuvent être utilisées pour capter la déperdition de chaleur et de la détourner des conduits de cheminées, par lesquelles elle pénètre dans l'atmosphère. L'objectif serait de l'orienter vers des réseaux de chauffages urbains existants ou potentiels. Ce procédé est connu sous le nom de production combinée de chaleur et d'électricité (PCCE) ou cogénération.
La disparition de la question de l'horizon politique de l'UE pourrait déranger le Parlement européen. Les eurodéputés ont adopté le mois dernier un rapport éloquent sur la feuille de route de l'UE pour l'énergie à l'horizon 2050.
Les législateurs ont invité la Commission à « à financer davantage les infrastructures énergétiques locales, comme le chauffage et le refroidissement urbains […] qui offrent des solutions efficaces émettant peu voire pas de carbone et qui remplaceront l'importation et l'échange ou le transport d'énergie à l'échelle européenne. »
Les importations européennes de carburant fossile représentent actuellement entre 350 et 400 milliards d'euros par, selon certaines estimations.
Dans le rapport Energy Technology Perspectives de 2012, l'AIE indique que « le chauffage et le refroidissement restent des domaines négligés de la politique énergétique et de la technologie, mais leur décarbonisation constitue un élément essentiel d'une économie faible en carbone ».
Energy Efficiency Watch
Peu de défenseurs de l'efficacité en matière de chauffage appellent à des objectifs contraignants sur la déperdition de chaleur. Des mesures de ce type pourraient toutefois être réclamées dans d'autres domaines, dans le sillage de la création de l’Energy Efficiency Watch (EEW), un nouveau projet de suivi des progrès des États membres en matière de respect des obligations d'économies d'énergie.
Selon les résultats d'une enquête approfondie de l'EEW réalisée auprès de 700 experts nationaux sur la mise en œuvre des premiers plans nationaux d'action en matière d'efficacité énergétique (PNAEE), dans les pays où les objectifs climatiques de l'UE ne sont pas contraignants, il existe une « disparité énorme » entre les volontés politiques de réaliser des économies d'énergie à l'échelle nationale.
Certains États membres « s’en tiennent au strict minimum requis par les directives européennes, et ce n'est même pas toujours le cas », peut-on lire dans le rapport.
Certains experts interrogés craignent que l'efficacité énergétique n'ait pas attiré l'attention des décideurs de haut niveau, surtout en cette période de grave crise politique. Bon nombre d’entre eux « ont souligné le rôle essentiel de la législation de l'UE dans l'établissement de politiques nationales sur l'efficacité énergétique », précise le rapport.
« Ils indiquent que sans directive européenne, peu d'actions, voire aucune action, n'auraient été menées dans leur pays. »
Toutefois, la première priorité des militants qui luttent contre la déperdition de chaleur devrait être la collecte de données afin d’aboutir à une masse critique d'informations qui pourrait susciter la prise de mesures, a déclaré M. Duvielguerbigny.
Il a cependant ajouté qu'il était déçu que le livre vert ne mentionne pas la déperdition de chaleur dans les discussions relatives aux objectifs sous-sectoriels.
« C'est évidemment quelque chose dont nous devrions tenir compte », a-t-il indiqué. « Nous devrions réfléchir aux obligations nécessaires et réévaluer clairement les liens entre toutes les politiques du domaine de l'énergie et du climat. »