A Strasbourg, Nicolas Sarkozy revêt ses habits de président du Conseil européen

Premier exercice en tant que président du Conseil européen, Nicolas Sarkozy a été reçu au Parlement réuni en plénière pour un débat sur les priorités de la Présidence française de l’UE. Applaudi par quasiment tout l’hémicycle, le président a tout de même été sévèrement critiqué pour ses prises de position sur l’immigration, le paquet climat ou encore l’Europe sociale.

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Premier exercice en tant que président du Conseil européen, Nicolas Sarkozy a été reçu au Parlement réuni en plénière pour un débat sur les priorités de la Présidence française de l’UE. Applaudi par quasiment tout l’hémicycle, le président a tout de même été sévèrement critiqué pour ses prises de position sur l’immigration, le paquet climat ou encore l’Europe sociale.

Contexte :

La posture a changé. L’attitude de Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen, jeudi 10 juillet, n’avait rien à voir avec celle de sa précédente prestation, au mois de novembre. Comme si le président français, qui a répété que sa responsabilité était grande pour « sortir l’Europe de la crise », avait revêtu ses habits de président du Conseil de l’UE.

Sans notes, pendant près de 45 minutes, Nicolas Sarkozy ne s’est pas exprimé à la tribune réservée aux chefs d’État en visite au Parlement, mais dans les rangs du Conseil entouré de sa garde rapprochée (Brice Hortefeux, Bernard Kouchner et son conseiller diplomatique, Jean-David Levitte).

Il est revenu sur les priorités de la Présidence française de l’UE, mais également sur les sujets qui fâchent, comme la crise traversée par l’Europe depuis le non irlandais, l’élargissement de l’UE, l’Europe sociale, ou encore sa venue à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.

Enjeux :

L’Europe en crise

« L’Europe qui souffre », « rassurer les citoyens inquiets », « refuser l’immobilisme »… Nicolas Sarkozy a entamé sa première allocution de Président de l’UE en martelant que l’Europe était en crise. Une prise de position saluée par le président du groupe d’extrême gauche, Francis Wurtz. « Pour une fois, la Présidence de l’UE ne dit pas que l’Europe va bien et doit continuer ainsi, mais qu’elle va mal et que les choses doivent changer ».

Un problème institutionnel

« Nous avons un problème institutionnel », a martelé le chef de l’État français. Répétant que le traité de Lisbonne était le meilleur des compromis, Nicolas Sarkozy a précisé qu’il se rendrait le 21 juillet prochain en Irlande  et que la Présidence française de l’UE proposerait par la suite « une méthode » pour sortir de la crise, soit au mois d’octobre, soit en décembre.

Un calendrier serré pour obliger les Irlandais à se repositionner sur le traité bien avant les élections européennes de 2009. « C’est soit Lisbonne, soit Nice, il n’y aura pas de nouveau traité », a affirmé le président français. Le traité de Lisbonne prévoit des règles différentes sur le nombre de parlementaires et la structure de la Commission européenne, qui doit être renouvelée mi-2009.

Pas d’élargissement sans évolution des institutions

Malgré les critiques qui fusent dans les pays de l’Est de l’Europe, comme la Pologne ou la République tchèque (EURACTIV.fr 10/07/08), Nicolas Sarkozy a de nouveau martelé que l’UE ne pouvait pas s’élargir avant de se doter de nouvelles institutions. « Nous ne pouvons pas recommencer les mêmes erreurs [qu’en 2004] », a-t-il affirmé. « Si nous restons à Nice, c’est l’Europe des 27 », a-t-il ajouté.

Le paquet énergie-climat : priorité des priorités

Présentant pour la énième fois les priorités de la Présidence française de l’UE, Nicolas Sarkozy s’est plus particulièrement arrêté sur la nécessité d’un accord sur le paquet énergie-climat (lire le dossier d’EURACTIV.fr). Dans la perspective des négociations internationales, il a indiqué qu’il était « essentiel que l’UE adopte ce paquet ». Un point a été particulièrement mis en avant par le chef de l’État, celui de la compétitivité des entreprises. Taxe carbone, quotas d’émission de Co2 gratuits, la solution n’est pas tranchée aujourd’hui, mais, selon Nicolas Sarkozy, l’Europe ne peut pas imposer des règles à ses entreprises si les pays qui exportent en Europe n’ont pas les mêmes contraintes. Un sujet qui est loin de faire l’unanimité au sein des 27. (EURACTIV.fr 04/07/08)

Quant aux autres priorités, peu de changements par rapport au discours du mois de novembre dernier. (Lire le dossier d’EURACTIV.fr)

Répondant à l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, qui s’est plaint de l’absence de co-décision sur toutes les questions migratoires, Nicolas Sarkozy s’est engagé à associer politiquement le Parlement européen aux discussions sur le pacte européen de l’immigration, même si les eurodéputés ne sont sollicités que pour un avis consultatif dans ce domaine, selon les règles de Nice. Au sujet de la politique agricole commune, il a également indiqué qu’il ne pensait pas « qu’il soit raisonnable de demander à l’Europe de diminuer sa production », alors que la population croit et que les prix augmentent.

L’Europe sociale en question

Première priorité européenne pour les femmes et deuxième pour les hommes, selon un sondage réalisé par l’Institut CSA pour la Fondation Robert Schuman au mois de juin, l’emploi et le social ont fait l’objet de controverse au Parlement européen jeudi 11 juillet. « Il y a une contradiction entre la pensée unique selon laquelle l’Europe ne peut pas se mêler de tout, et les mêmes qui reprochent à l’Europe de ne rien faire pour le social », s’est exclamé le président français.

Un point de vue que ne partagent pas les eurodéputés socialistes. « C’est une erreur de considérer ce problème comme une affaire individuelle. L’Europe sociale ne veut pas dire créer une administration européenne ou des aides aux familles européennes », a souligné le président du groupe PSE, Martin Schulz. «Nous n’acceptons pas d’entendre dire que le social ne fait pas partie des compétences de l’UE », a renchéri Daniel Cohn-Bendit.

Jeux Olympiques de Pékin

Attaqué par l’eurodéputé Verts sur sa venue à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, Nicolas Sarkozy a répondu qu’aucun État membre de l’UE ne lui avait opposé de désaccord, avant d’ajouter qu’il ne pensait pas que l’on pouvait « boycotter un quart de l’humanité ». « Je veux y aller et je veux parler des droits de l’homme et les défendre. »

Positions :

Applaudie par l’ensemble de l’hémicycle, la prestation du président français semble avoir remporté l’adhésion d’une grande majorité des parlementaires présents. Au moins dans la forme.

Saluant la volonté politique de la France pour sa Présidence de l’UE, le président du groupe PPE-DE, le Français Joseph Daul, a indiqué que son groupe souhaitait « sortir du débat institutionnel » et a souligné la nécessité de renforcer l’Europe de la défense. Un élément qui figure parmi les priorités de la PFUE.

« Pour son premier discours de Président du Conseil à Strasbourg, Nicolas Sarkozy a impressionné l’auditoire et soulevé les applaudissements sur tous les bancs du Parlement européen par un grand discours d’énergie européenne », a salué l’eurodéputé Alain Lamassoure (PPE-DE).

« L’urgence d’une Europe pragmatique, sachant résoudre les problèmes d’une manière pratique, est plus forte que jamais », a lancé le président de l’ALDE, Graham Watson. Revenant sur les difficultés posées à la Présidence par le non irlandais au traité de Lisbonne, Graham Watson estime qu’il faut réformer la PAC en évitant tout protectionnisme. Soulignant la nécessité de stimuler la croissance dans les pays d’origine, Graham Watson a indiqué que « si c’était peut-être beaucoup demander à la PFUE que de libérer les marchés, la France pouvait jouer un rôle pionnier ».

S’il a indiqué que l’Europe sociale aurait pu être la cinquième priorité de la France, le président des socialistes européens, Martin Schulz estime que Nicolas Sarkozy a raison de dire que les pays ne peuvent pas régler le problème [du paquet énergie climat] seuls. « Nous le ferons avec vous, mais ne faites pas cavalier seul », a-t-il mis en garde. Au sujet du traité de Lisbonne, les socialistes européens ont approuvé la volonté de la France de tout mettre en œuvre pour trouver une solution. « Mais laissez Bernard Kouchner à Paris, ses contributions n’ont pas beaucoup aidé jusqu’à présent », a déclaré Martin Schulz.  

« Votre volontarisme européen, votre ambition pour l’Europe est un défi. C’est une chose que nous partageons », s’est exclamé le co-président du groupe des Verts, Daniel Cohn-Bendit. Avant de critiquer violemment Nicolas Sarkozy. «Si c’est accepter le paquet climat et deux secondes après se mettre à genoux devant les industries automobiles allemandes, ce n’est pas possible», a-t-il déclaré. Allusion au récent alignement de la France au coté de l’Allemagne sur la réglementation sur les émissions des véhicules neufs. (EURACTIV.fr 10/06/08)

« Quelles conclusions tirez-vous sur cette apparente lucidité que l’Europe doit changer? », s’est interrogé le président du groupe d’extrême gauche (GUE), Francis Wurtz. « Vous faîtes pression sur le peuple irlandais pour l’obliger à se dédire et vous avez appuyé la directive de la honte [ndlr : la directive retour]» a critiqué Francis Wurtz.

Philippe de Villiers (Groupe indépendance et démocratie), a de son côté demandé au président Sarkozy de déclarer que le traité de Lisbonne était « mort ». Des propos plus où moins repris par Jean-Marie Le Pen (Non inscrit), selon lequel le non irlandais a rendu le traité « caduque ».