À Rome, Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen annoncent 1,2 milliard d’euros d’investissements en Afrique

La Première ministre italienne et la présidente de la Commission européenne ont dévoilé un ensemble d’accords représentant 1,2 milliard d’euros d’investissements en Afrique.

/ EURACTIV Italie
Mattei Plan summit in Rome
Ursula von der Leyen et Giorgia Meloni à Rome. [EPA-EFE/GIUSEPPE LAMI]

L’Italie et l’Union européenne veulent renforcer leurs partenariats avec l’Afrique. Vendredi 20 juin, à Rome, la Première ministre italienne Giorgia Meloni et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont dévoilé un ensemble d’accords représentant 1,2 milliard d’euros d’investissements. Ces fonds seront alloués à des projets dans les secteurs des infrastructures ferroviaires, de la connectivité numérique et de l’agriculture résiliente au changement climatique.

« Nous pensons que l’Afrique est le continent où notre avenir est le plus en jeu. Les Italiens et les Européens sont appelés à faire la différence, et nous en sommes capables », a affirmé Giorgia Meloni lors du sommet qu’elle co-présidait avec Ursula von der Leyen.

Elle a présenté le sommet comme un tournant pour le plan Mattei. Lancé par le gouvernement de Giorgia Meloni en novembre 2023, ce plan vise à mobiliser au moins 4 milliards d’euros de financements italiens sur cinq à sept ans, en s’inspirant de la vision du fondateur de l’entreprise pétrolière Eni, Enrico Mattei. Ce dernier prônait, dans l’après-guerre, des partenariats énergétiques avec l’Afrique perçus comme plus équitables et non exploitants. Le gouvernement Meloni affirme vouloir prolonger cet héritage en proposant une alternative aux modèles de développement extractifs.

L’UE repense ses investissements en Afrique

Le sommet de Rome a également été l’occasion de rapprocher le Plan Mattei de la stratégie Global Gateway de l’Union européenne — un programme de 300 milliards d’euros visant à renforcer les infrastructures mondiales, dont la moitié est destinée à l’Afrique.

« [À l’heure où] d’autres pays réduisent leurs financements, nous pensons que c’est une erreur. Investir en Afrique est dans l’intérêt de tous. Et les annonces d’aujourd’hui prouvent que notre approche fonctionne », a souligné Ursula von der Leyen.

Parmi les principaux accords annoncés figure un soutien massif au corridor de Lobito : une ligne ferroviaire de 830 kilomètres reliant l’Angola et la Zambie, via la République démocratique du Congo, avec des extensions prévues jusqu’à la côte tanzanienne. L’UE s’est engagée à y consacrer près d’un milliard d’euros, dont 77 millions d’euros de subventions directes à l’Angola.

Autre projet phare : l’extension du câble sous-marin Blue Raman — qui doit relier l’Inde à l’Europe via le golfe Persique et Djibouti — jusqu’en Somalie, au Kenya et en Tanzanie.

Enfin, Giorgia Meloni a annoncé une initiative européenne d’allègement de la dette. Ce programme vise à convertir, au cours des dix prochaines années, la totalité de la dette des pays les moins avancés, et à réduire de 50 % celle des pays à revenu intermédiaire inférieur.

De vieilles critiques

Malgré ce flot d’annonces, les organisations de la société civile restent prudentes. Elles dénoncent le manque de financements réellement nouveaux et une faible concertation avec les partenaires africains — un point déjà souligné l’an dernier par le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki.

Ils soulignent également le déséquilibre perçu dans les priorités du plan. Bien que présenté comme un partenariat, le plan Mattei est considéré par beaucoup comme un outil visant à promouvoir les intérêts stratégiques de l’Italie — notamment en matière de lutte contre les migrations, de sécurité énergétique et de renforcement de la sécurité sanitaire — plutôt que de favoriser un partenariat véritablement équitable.

Les groupes environnementaux et les réseaux de la société civile africaine ont exprimé leur inquiétude quant au fait que le plan donne la priorité aux combustibles fossiles — en particulier au gaz et aux biocarburants — plutôt qu’aux énergies renouvelables.

La coalition Don’t Gas Africa, qui représente plus de 80 organisations africaines, a dénoncé le plan comme étant « néocolonial » et exclusif, invoquant l’absence de consultation des communautés locales et l’absence de soutien à une transition énergétique juste.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]